• Le Mali, un navire à la dérive

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    Une série de faits divers récents met en lumière la crise politique et sociale d’un Mali dont les habitants ont perdu confiance en l’élite dirigeante.

     

    Il se passe quelque chose au Mali qui, comme on le dit de manière informelle, ne sent pas bon.

    Rien ne présage d’une explosion sociale ou d’une situation insurrectionnelle mais un enchaînement de faits divers perturbants révèle des malaises et tensions qu’il serait extrêmement imprudent de négliger.

     

    Récemment, une rumeur affligeante de stupidité s’est emparée de la toile : Le guide spirituel de la puissante association religieuse Ancardine aurait encaissé cent millions FCFA (152 379,02 euros) en 2013 pour appeler à voter pour le candidat Soumaila Cissé.  Cette information serait qualifiée de discussion de « grin » comptoir si elle ne venait pas du député Mahamadou Hawa Gassama, et confirmée par un certain Gakou, le seul témoin de la transaction cité par les deux parties. 

     

    Cherif Ousmane Madani Haidara ne reconnait pas les faits, cependant les sorties contradictoires de ses soutiens ont fini par convaincre les Maliens que le  « guide » n’est pas si « clean » qu’il ne le prétend.

     

    Depuis plus d’une semaine, il est vilipendé  sur les réseaux sociaux et les radios du Pays. Cependant, Ancardine est un rempart contre la montée de l’islam radical au Mali, si elle tombe, l’islam rigoureux en profitera pour prendre le contrôle de la foi dans le sud du Mali. 

     

    En 2012, pendant la destruction des mausolées de Tombouctou, Cherif Ousmane Haidara etait le seul à condamner la destruction du patrimoine culturel au nom de l’islam.

      

    A l’instar des organisations de la société civile, les partis de l’opposition avaient envisagés de manifester à Bamako pour diverses raisons dans les jours à venir. 

    Sous prétexte de l’état d’urgence en vigueur au Mali depuis 2 ans, le gouverneur de Bamako a publié un arrêté interdisant tout regroupement « politique et associatif »  dans la capitale.  Cette interdiction intervient au terme d’un mois de septembre/octobre exceptionnel où l’on a vu tous les Maliens crier au recul de la démocratie. D’abord les journalistes contre les arrestations arbitraires, ensuite les organisations des droits de l’homme contre la loi d’entente (d’impunité) nationale, les partis politiques contre le prolongement du mandat des députés, sans compter les différentes grèves des corps intermédiaires  etc. Un défi évident aux autorités Maliennes.

     

    Malgré les annonces du gouvernement et les quelques rares initiatives d’apaisement, les Maliens  sont désenchantés et supportent de moins en moins de se voir mal-gouvernés.

     

    Les élus et les ministres donnent l’image d’élites déboussolées se contentant d’observer le réel sans agir. Les problèmes s’accumulent et l’on attend que le Président Ibrahm Boubacar keita  (IBK) fasse un discours à la nation pour que les élus et le gouvernement daignent enfin prêter une oreille attentive aux doléances de la population.

     

    le Mali ne peut laisser la communauté internationale indifférente.

    Elle doit bien sûr l’aider mais comment assister un pays où la classe politique ne semble pas vouloir exercer ses responsabilités ?

    La question de fond est politique et concerne les Maliens au premier chef.

    Il nous revient de nous s’en emparer et au plus vite.

    Personne ne pourra le faire pour nous, surtout pas un haut fonctionnaire Français ou ONUSIEN , quelle que soit la taille de son chéquier.

    Il y a des problèmes que seule la politique sait résoudre.

     

    Séga DIARRAH

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  • Découpage administratif au Mali : déshabiller Fousseyni pour habiller Lassana

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    Au Mali la question des régions et de leur nombre  suscite des débats à tous les niveaux.

     Michel Debré, l’artisan de la 5ième république Française écrivait dans son livre qui le rendit célèbre (La mort de l’Etat républicain 1947) que tout le problème d’un découpage administratif réside dans son efficacité, laquelle dépend très directement de l’étendue des collectivités territoriales.

    A l’époque l’assemblée constituante avait découpé la France en 83 départements en fonction du temps nécessaire pour se rendre à cheval d’un chef lieu de la circonscription à un autre.  Méfiant à l’égard d’un nombre élevé de régions, Debré  préconisait un redécoupage en 47 grands départements tout en réduisant le nombre des régions. 

    Si la nécessité de création de nouvelles régions et cercles par l’ancien président Malien Amadou Toumani Touré (ATT) à l’occasion du 46ème anniversaire de l’accession du Mali à l’indépendance avait pour objectif de mieux « rapprocher l’administration des administrés » et corriger certains dysfonctionnements dont la nécessité est difficilement contestable, on notera que dans le contexte actuel, des régions nombreuses présentent tellement de risques qu’il est important de se poser la question sur l’urgence de cette reforme.

     

    En effet,  Michel Debré évoquait en 1947 la possibilité d’une montée des autonomismes, voire de tendances séparatistes avec un nombre élevé de régions: dans l’hypothèse où seraient créées des régions significatives et où renaîtraient par conséquent « les petits parlements de Bretagne, Languedoc ou d’Alsace, la grande qualité de la France, son unité indiscutée, risque(rait) d’être atteinte sans retour ».

     

    Si elle instituait des collectivités suffisamment vastes et puissantes, la régionalisation pourrait selon lui entraîner le glissement progressif vers une fédéralisation – alors que le risque serait nul avec des départements mêmes élargis, et faible avec des régions de petite taille. 

     

    Dans la pratique, il serait plus efficace de créer de nouveaux cercles afin de « rapprocher l’administration des administrés ».

     

    Cependant, si Michel Debré éprouve alors une telle crainte, c’est au vu de la situation politique générale de la France de l’époque à savoir celle d’un État républicain moribond, exténué par une instabilité politique, et par conséquent incapable d’empêcher d’éventuelles dérives. En revanche, il reconnait que le problème ne se poserait plus «  à l’intérieur d’une constitution présidentielle » – ni a fortiori, d’une « monarchie républicaine », comme celle qu’il contribuera à établir quelques années plus tard, avec la constitution de la Ve république Française.

    La question qu’on doit se poser est de savoir si le Mali d’aujourd’hui est menacé et vie une instabilité politique ou est plutôt une monarchie républicaine ?  

    Et en définitive, Debré conseille de renforcer la décentralisation en augmentant  éventuellement le nombre de département (Cercles) et penses que   le seul véritable obstacle à une telle réforme est celui qu’il fustigeait déjà du temps de Vincent Auriol : c’est celui qui résulte de l’immobilisme, du « conservatisme » des élites locales, de la crainte « de déranger un certain nombre d’habitudes ou d’intérêts » particuliers. Et le cas échéant, de la timidité d’un pouvoir qui n’ose pas imposer ses propres projets, même lorsqu’ils sont manifestement conformes au bien commun.

    En réalité  le redécoupage administratif proposé par ATT n’était pas une innovation. Il s’agit juste d’ériger des cercles en région c’est à dire  déshabiller Fousseyni pour habiller Lassana.

     

    Aucun rapport avec une véritable décentralisation qui vise un développement harmonieux du territoire. Les regroupements, parce qu’ils sont uniquement administratifs ,(communes ,cercles…) créeront de nouvelles féodalités .

     

    Le fédéralisme n’est pas possible au Mali car Il est contraire à notre histoire , notre culture, nos mentalités…

    La nation Malienne s’est construite sur toujours plus de centralisation que nous avions hérité de la colonisation.
    Revenir en arrière comme à la période des empires, c’est diviser les Maliens.

     

    Séga Diarrah

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  • Le Jeune Malien

     

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    le chômage, le coût de la connexion internet, le prix de l’i Phone Xr, rien ne va dans le monde que nos « parents » nous laissent.

    Ou plutôt qu’ils ne sont pas près de nous laisser, c’est bien l’une des données du problème. Si les jeunes Maliens sont vieux, c’est parce que les vieux sont jeunes .

     

    Quand la vieillesse arrive à 80 ans, la jeunesse peut bien se poursuivre jusqu’à 40 ans.

     

    Et comme elle commence aussi de plus en plus tôt, le résultat, c’est que la jeunesse dure longtemps.

    Résultat : l’avenir, pour un trentenaire d’aujourd’hui à Bamako, pourrait se résumer à une longue attente : des années à piétiner au seuil du marché du travail, autant à patienter pour que des places se libèrent. Et à supposer que les emplois libérés n’aient pas été accordés à un « bras long ».

     

     Bon, ma génération est sacrifiée même si  on ne nous envoie pas dans les tranchées.

     

    De plus, nous ne sommes pas les premiers. Nous avons tendance à oublier que nos parents en ont déjà pas mal bavé pendant la dictature de Moussa Traoré. La génération vernie, c’est évidemment celle de nos grands-parents.

     

    On a dit beaucoup de mal de cette génération de 1991, et on a eu raison.  égoïstes, hédonistes, pharisiens, les bénéficiaires de la révolution de 1991  ont profité de leur supériorité numérique pour imposer leur tempo, leurs idées et leurs priorités au reste de la société. 

    Comme si leur agenda caché avait été : Du futur faisons table rase !

     

    C’est ainsi, de nos jours, les jeunes de ma génération, ça ne rigole pas. On vous dit qu’il n’y a pas de quoi rire. Nous n’avons pas non plus de hauts faits d’armes à faire valoir : ni Résistance, ni barricades, pas même un président renversé.

    En politique, nos parents auront offert au Mali une occupation internationale du nord, le terrorisme, l’immigration, en prime, le grand frisson du désespoir.

    Si une génération se définit par un événement fondateur, on comprend que la mienne a du mal à se trouver un petit nom.

    Le jeune Malien d’aujourd’hui, donc, a d’excellentes raisons de se plaindre. Il ne s’en prive pas.

    Il suffit de lire les réseaux sociaux du pays pour s’en rendre compte. Il se sent méprisé, discriminé.

     

    Les politiques ont beau jurer, la main sur le cœur, que la jeunesse est leur priorité, nous continuons à nous trouver  mal-aimé. De ce point de vue, il est d’ailleurs parfaitement intégré. Interrogez n’importe quelle catégorie de la population Malienne, les riches, les pauvres, les femmes etc. elle vous dira la même chose. En ce sens, nous sommes  des ayants droit comme les autres, un créancier à qui la collectivité ou son voisin ne donnent pas ce qui lui revient. Et le pire, répétons-le, c’est que c’est souvent vrai.

     

    Heureusement, le jeune Malien n’est pas toujours logique. 

     

    Il pense que les politiques sont corrompus mais il n’a pas la moindre envie de faire la révolution, quelles que soient les illusions de beaucoup de journalistes et autres spécialistes qui aimeraient bien vivre ou revivre le grand frisson à travers leur progéniture.

     

    Au-delà des proclamations sur les réseaux sociaux qui ne mangent pas de pain, on ne voit pas bien au nom de quelles idées les jeunes Maliens feraient la révolution. Ils ne rêvent pas d’avenir radieux, juste d’un futur convenable. Peut-être se disent-ils qu’à la différence de leurs glorieux aînés, il ne leur servirait pas à grand-chose de passer par la case « Changer le monde » pour espérer, au bout du compte, y faire leur trou, dans ce monde, à défaut d’une véritable place au soleil.

     

    Ils sont prêts à bosser d’arrache-pied pour y arriver. Avoir un boulot, se marier, faire des enfants, acheter une maison, rouler dans une voiture de luxe: leurs ambitions auraient fait ricaner les heureux contestataires de mars 1991 – qui ont fini par réaliser exactement les mêmes, souvent plusieurs fois s’agissant des villas, des voitures de luxes et des mariages. Le jeune Malien, lui, sait trop bien que, sous les pavés, il y a les pavés. Il est devenu réaliste, il se contenterait du possible.

    En attendant, le spectacle d’adultes répétant sur tous les tons que, décidément, c’est trop dur d’être jeune au Mali tout en déployant une énergie considérable pour le rester est pour le moins paradoxal.

    Flatter la tentation victimaire des jeunes Maliens n’est peut-être pas le meilleur service qu’on puisse leur rendre.

     

    Après tout, on ne meurt pas de jeunesse. Qu’ils se rassurent, ça finit toujours par passer.

     

    Séga DIARRAH,

    Un jeune Malien de 36 ans

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  • Consultations citoyennes sur le redécoupage administratif au Mali : Un renforcement de la participation citoyenne à l’élaboration de la loi

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    Le nouveau gouvernement du Mali semble vouloir renforcer la participation des citoyens à l’élaboration de la nouvelle loi sur le découpage administratif en organisant des consultations régionales en  début du mois de novembre.

     

     Le sujet du redécoupage territorial  monte depuis quelques années.  Des travaux de réflexion ont déjà été menés dans l’assemblée Nationale du Mali sur le sujet.

    On commence donc à avoir des idées claires sur ce qu’il faut faire, ce qui marche et ne marche pas.

     

    c’est dans ce contexte que sur proposition du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le gouvernement envisage d’organiser en début novembre des conférences régionales pour prendre l’avis des populations maliennes. Et c’est sur le rapport du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation que le Conseil des ministres a pris acte de la tenue desdites rencontres  sur les avant-projets de texte relatifs à la réorganisation du territoire. Elles regrouperont les représentants de l’Etat, des associations et organisations de la société civile, des partis politiques, des collectivités territoriales, des chefferies traditionnelles, des chefs religieux et des représentants des mouvements signataires de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation dans les régions, précise le communiqué du Conseil des ministres tenu le mercredi 24 octobre 2018.

     

    Cependant la participation citoyenne ne doit pas se faire n’importe comment, et ne peut pas être la même à tous les stades. Il faut en particulier qu’elle s’articule avec la démocratie représentative, qu’elle intervienne là où les citoyens ont réellement une valeur ajoutée à apporter, et qu’elle soit organisée.

     

    Il existe plusieurs étapes dans l’élaboration de la loi et des politiques publiques. Il y a la décision politique, celle qui arrête les grandes orientations. Elle relève des choix politiques, donc des élus, qui ont été désignés pour cela.

    Ils peuvent organiser, à cette occasion, des débats. Cela peut se faire à plusieurs niveaux, sur ORTM, mais aussi des rencontres de terrain, quand le sujet n’intéresse qu’une frange restreinte de personnes.

     

    L’idée n’est pas de pondre un texte, mais d’arrêter les directions et les limites du projet. 

     

    La deuxième phase est celle de l’écriture concrète du texte. On entre dans les détails, et on peut rajouter des mesures qui ne sont pas annoncées initialement, mais qui sont cohérentes avec le projet de découpage administratif.

    Au cours de cette phase, qui commence dans le ministère de l’administration territoriale pour se poursuivre à l’assemblée Nationale, les citoyens commencent un tout petit peu à être associés.

     

    Je constate que la consultation régionale proposée par AG Erlaf s’inscrit dans cette phase.

    Les citoyens doivent également pouvoir  intervenir en s’organisant collectivement, pour participer aux auditions et consultations officielles, menées par le ministre et les rapporteurs des textes.

     

    L’action collective a toujours été plus efficace, car elle permet d’avoir les moyens. Il faut que davantage d’acteurs de la société civile s’emparent de cet outil pour faire avancer les causes qu’ils défendent, et intervenir dans des temps et des lieux où cela est utile.

     

    Travailler sur des textes législatifs et pouvoir « tenir la route » lors d’une audition demandent des compétences qui sont souvent hors de portée de la grande majorité des citoyens Maliens, malgré leur bonne volonté.

     

    Il faut être capable de s’insérer dans le processus tel qu’il existe, si on veut peser. Croire qu’on peut changer le processus de redécoupage administratif est illusoire à court terme, et demande des efforts énormes, et notamment arriver à convaincre une majorité qu’il faut révolutionner la fabrique de la loi, dans un sens bien précis.

     

    La troisième phase, trop souvent oubliée, est celle de l’évaluation.

     

    Une fois la loi votée et appliquée, les nouvelles régions créées,  il faut voir ce qui a marché, ou pas, et en tirer les leçons. C’est souvent à ce stade que se forgent les diagnostics qui vont inspirer la loi suivante. C’est à ce stade que les citoyens peuvent être très utiles, car l’application de la loi, ils la vivent, et peuvent apporter des témoignages concrets de ce qui va bien, ou pas.

     

    Une bonne évaluation de la loi sur le découpage administratif ne peut se faire qu’avec des données de terrain. Plus les sources sont diversifiées, plus l’évaluation sera pertinente, et donc utile.

     

    La quatrième phase est celle de l’évaluation, par les citoyens, du travail de leurs élus. On est sur un terrain quasi vierge, car les journalistes Maliens, dont cela devrait être le rôle, préfèrent raconter les belles histoires et les petites querelles mesquines de la vie politique, plutôt que d’analyser les enjeux de fond.

     

    Cette consultation sur le redécoupage administratif est une avancée qui à aussi les limites à savoir le manque d’organisation de la société civile Malienne.

     

    Cette consultation sera t elle démocratique ? car c‘est le gouvernement  qui fixe les modalités, et surtout, le moment. En clair, les citoyens se feront mener en bateau, car quand on daigne ouvrir une consultation, ce n’est pas nécessairement sur les choses les plus importantes, et au moment le plus pertinent pour que son résultat soit pris en compte.

     

    Séga DIARRAH

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