• Mali : inutilité de nos commentaires politiques

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    Nous arrivons à un nouveau stade de dévitalisation de ce qu’on appelle « le monde politique » au Mali.

    Les maires, députés et ministres, ont de moins en moins de pouvoirs et de leviers d’action.

    Le pouvoir d’Etat, au Mali, ne décide plus des grandes orientations et doit composer avec d’autres lieux de pouvoirs comme l’ONU ou la communauté internationale.

    Quand on veut vraiment faire avancer des idées, et faire en sorte que « le Mali soit meilleur », devenir député ou ministre, ce n’est plus le passage obligé.

    Je crois de moins en moins à la capacité d’agir des élus. Ils sont devenus des gestionnaires, qui arbitrent entre des pressions contradictoires, mais guère plus, même s’ils tentent de faire croire le contraire. De plus en plus de personnes qui y exercent des responsabilités le constatent aussi, et estiment que le jeu n’en vaut plus la chandelle, car la violence et le « coût humain » de la politique au Mali sont trop élevé pour ce que cela permet de faire concrètement.

     

    Surtout quand on cherche à faire avancer des idées et des causes, et pas seulement travailler à sa propre carrière et à la satisfaction de son ego.

    Quand vous souhaiter œuvrer pour la lutte contre la famine ou l’éducation pour tous, il vaut mieux s’investir dans une ONG ou une association de terrain, que de prendre sa carte chez l’ADEMA. C’est ce travail de terrain qui va convaincre les citoyens, par des résultats concrets, qui va faire pression sur les élus, qui sentent que vous représentez quelque chose.

    C’est pareil pour le débat public, où la stérilité des échanges sur les réseaux sociaux est maintenant évidente. A quoi cela sert de prendre du temps à poster, à exposer un avis, quand en face, il n’y a que de la mauvaise foi, de l’insulte ?

    Est-il bien  utile de continuer à commenter (dans les médias, les blogs, les forums, les réseaux sociaux, etc.) la politique au jour le jour ?

     

    J’en viens même à me demander si cela a encore du sens de tenir un blog pour donner son avis ou ses analyses sur l’actualité.

    Mais ce qui est frappant, c’est l’extraordinaire différence dans l’importance des sujets qui, chaque jour, viennent éclipser ceux de la veille ; de quoi ont été faits les grands titres  et débats médiatiques de ces derniers temps ?

    Et ce bombardement d’événements si disparates, qui nous fait réagir avec une égale intensité, n’a pour effet que d’absorber toute notre énergie et tout notre temps,  en les distrayant de toute réflexion de fond à laquelle nous ferions mieux de les consacrer.

     

    Cela ne permet plus de construire quelque chose, juste d’alimenter du bruit, à destination d’un milieu qui ne produit plus rien d’utile pour la société.

     

    Les dernières élections n’ont finalement pas changé grand chose. Les militants politiques, qu’ils soient de l’opposition  ou de la majorité ne changent pas et saturent stérilement l’espace public de leurs éléments de langage.

     

    Quand on souhaite réellement s’investir utilement, il faut trouver d’autres lieux et d’autres modalités.

     

    Je ne crois plus à la capacité des politiques à être autre chose que des scribes, qui prennent acte des rapports de force.

    Ils courent après les « forces vives », ceux qui font et créent, que ce soient les idées nouvelles, ou les actions plus concrètes, mais ne sont plus producteurs de fond.

    Quand on souhaite œuvrer pour la libre diffusion de la connaissance, c’est certainement plus utile et efficace de contribuer activement à Wikipédia, que d’aller ferrailler  sur les réseaux sociaux Maliens

     

    Commenter l’actualité politique est le meilleur moyen de s’interdire de réfléchir à la politique.

     

    Séga DIARRAH

    (c) https://diarrah.org

  • Mali: la mauvaise conscience nous aveugle

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    Au départ, il y a la colonisation Française qui a répandu et institutionnalisé un pouvoir fortement centralisé, rigide et inégalitaire.

    Répandu par les administrations, ce schéma attribuait au gouvernants de Bamako un sentiment de supériorité.

    Il a subsisté après l’indépendance.

    Le régime de Moussa traoré (1968-1991)  justifiait désormais le pouvoir de l’aristocratie sur  la masse paysanne, avec les pires conséquences.

    Les démocrates de 1991 se prétendaient la négation radicale de cela.

    Jetant l’opprobre sur l’histoire antérieure et cultivant la vigilance « anti négationniste », ils prétendaient construire un nouveau Mali, unanime cette fois, qui, par delà la funeste période coloniale prolongée par la dictature de Moussa Traoré  traduisant en fait la contradiction qu’il y a à vouloir fonder l’unité du peuple.

     

    Le drame Malien est celui d’une démocratisation manquée.

    En effet, le premier régime (Modibo Keita 1960-1968) a d’abord essayé de surmonter les divisions sanglantes de la période coloniale. Il a essayé de le faire en instaurant un régime de parti unique et unanime (adhésion automatique de tous) et multiethnique, avec des quotas.

    Si la période (68-91) était marquée par le parti unique et l’instauration d’un régime policier et répressif, la sortie de ce système à partir de 1992 n’a jamais débouché sur une démocratie, on s’est contenté d’un pluralisme souvent manipulé et pervers, d’une répartition des postes entre clans familiaux et régionaux selon les rapports de force et les alliances conjoncturelles.

    D’où une décomposition du pouvoir, des rivalités de plus en plus violentes, la multiplication des meurtres, la formation de milices  et l’appel aux frustrations et divisions anciennes qu’on exaspère et à la fin l’ethnicisation des passions politiques.

    L’ouverture politique instaura une forme exacerbée de compétition politique autour des antagonismes anciens.

     

    Les violences inter ethniques au centre du Mali n’ont rien de fatal, elles n’étaient pas inscrites d’avance ni dans la mentalité du peuple Malien, ni dans l’idéologie du régime, elles ont été plutôt l’effet d’une combinaison de stratégies poursuivies chacune aveuglément par des groupes cherchant la suprématie par tous les moyens afin d’avoir une place à la table des négociations.

    Les incidents du village de  Koulogon ont mobilisé de vieilles passions mais celles-ci ont émergé dans (et grâce à) la confusion politique entretenue et au sentiment d’être menacé qu’elle favorise.

    Le pire,  pour une société, c’est tout simplement de ne pas se comprendre, de s’abandonner à des fonctionnements à l’aveugle où les passions se dérèglent, perdent toute mesure.

    Cela contredit l’idéologie actuelle des sciences humaines, pour qui il n’y a pas d’événements, mais seulement de mauvaises pensées qui vont fatalement à leur concrétisation.

    Cela porte aussi à s’interroger sur ce que nous Intellectuels Maliens, vivons « à Bamako» actuellement : sommes-nous une société qui se comprend elle-même, ou bien fonctionnons-nous à l’aveugle ?

     

    L’aveuglement des élites Maliennes à Bamako quand se préparait le pire a tenu à l’étroitesse de perspectives des différents gouvernements.

    Un autre aveuglement est produit désormais par la mauvaise conscience, l’aveuglement moraliste qui ressasse un discours sur les responsabilités tout en ne cherchant celles-ci que d’un seul côté, c’est à dire les groupes armés. 

    A ce rythme, le Mali est sans doute  sur le même chemin de démocratisation sanglante et chaotique qu’a connu le Mexique.

    Dans un contexte post-colonial, à la sortie d’un paternalisme mis en place par les missions catholiques et prolongé par Porfirio Diaz, ce pays a connu des décennies de guerres révolutionnaires pendant lesquelles des élites divisées ont fait s’entre massacrer diverses fractions du peuple. Après quoi s’est installé au pouvoir un « Parti révolutionnaire institutionnel » qui a empêché pendant un bon demi siècle des élections libres et pluralistes, ne passant la main que dans les années 1970.

    En attendant,  retenons le mot de génocide et analysons le.

    En fait, il y a trois crimes de génocide : la conception ou/et la réalisation ou /et la complicité tant dans la conception que la réalisation de l’extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type ethnique ou racial ou religieux ou politique.

    Les Peuls constituent bien un groupe humain de type ethnique et racial. Quant à la volonté d’extermination et sa mise en œuvre, les faits et les bilans sont là. A chacun d’apprécier.

     

    Séga DIARRAH

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  • (Live Vidéo) en Bambara : Sexualité juvénile sous contrôle dans les écoles Maliennes (de 1960 à nos jours)‪

    Tout au long des années 1960-1970, la question de la sexualité juvénile en milieu scolaire n’a cessé d’interpeller et d’inquiéter les autorités politiques.

    Le poids accordé à ce sujet était intimement lié à la place dévolue à la jeunesse scolarisée, à son encadrement et à sa formation tant morale qu’intellectuelle, dans le cadre de la construction nationale malienne.

  • Hommage à Seydou Badian Kouyaté !

    Tout homme a ses mystères et ses contradictions, ceux de Seydou Badian Kouyaté s’articulent autour de la cohabitation d’une vision traditionnelle de la société Malienne avec un tempérament visionnaire, qui en faisait un des esprits aigus de son temps.

    Il a signé une des œuvres les plus profondes de notre époque, dans une langue constamment limpide.

    Seydou Badian Kouyaté est l’un des pères de l’indépendance du Mali. C’est un homme politique avant tout et il a  été ministre dans le gouvernement de Modibo Keita (premier président de la jeune république du Mali).

    Seydou Badian Kouyaté était le ministre de l’Économie rurale et du Plan, puis ministre du Développement.

    A la suite du coup d’État mené par Moussa Traoré en 1968, il connaitra la prison de  Kidal. A sa libération, il s’exila au Sénégal pendant la dictature militaire au Mali.

    C’est lui qui est le compositeur de l’Hymne national du Mali. Après il a écrit des romans. Son roman à succès est Sous l’Orange étudié dans la plupart des pays francophone d’Afrique.

     

    Nous sommes nombreux à avoir l’impression d’avoir perdu un être proche. Pour ma part, et malgré son grand âge, il m’a fallu sa mort pour que je prenne conscience que j’avais toujours pensé le rencontrer un jour. Le contraire me semblait inconcevable.

     

    On a toujours connu Seydou Badian Kouyaté plein d’énergie et de dynamisme ; c’était aussi un homme de conviction qui critiquait les tenants de la realpolitik et défendait les libertés et les Droits de l’homme.

     

    On pouvait contester certaines de ses prises de position, et, peut-être, la vigueur avec laquelle il les exprimait parfois. Mais aucun observateur sérieux ne remettait en cause son intégrité et sa grande rigueur intellectuelle.

    Il manquera à la géopolitique Malienne.

    Séga DIARRAH

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