• Mali : L’urgence est à un retour au calme

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    Le Cadre de concertations des partis politiques est aujourd’hui une initiative avortée.

    Cette énième réunion  pendant laquelle les acteurs politiques avaient l’opportunité de parler de  l’examen du chronogramme des consultations référendaires et électorales de 2019 et les questions diverses a été boycottée par les partis politiques de l’opposition.

     

    Comment, dans ces conditions, débattre, s’il n’est pas possible de poser en confiance les bases de la discussion, et arriver à des constats partagés et indiscutables.

    Si les arguments mis en avant sont discutables, et qu’ils se diffusent à grande vitesse, la délibération éclairée n’est plus possible. Le débat démocratique devient une vaste foire d’empoigne, où celui qui ment et gueule le plus fort occupe le terrain.

     

    Aucun accord, aucune transaction n’est plus possible, et l’étape suivante, c’est la guerre civile, où ne se contente plus de s’invectiver sur les réseaux sociaux, mais où on se tape dessus

     

    Les agressions verbales contre les élus, les messages haineux sont un signal très inquiétant. On passe une étape, et demain, ça sera le passage à tabac d’un membre du gouvernement ou d’un élu, qui entrainera les « représailles » contre le camp jugé coupable de l’agression.

     

    On savait le Mali en mauvais état en 2018, avec des Maliens très divisés, qui ne se reconnaissaient plus dans leurs dirigeants (majorité et opposition).

    Ibrahim Boubacar Keita (IBK) a fait campagne sur cela en 2013, avec une promesse de réconciliation qui n’a pas été tenue.

    Le pays est encore plus divisé, avec des fractures qui se sont creusées à cause des maladresses du chef de l’État.

    La cocotte a explosé et je crains que le pays ne soit en train de partir en vrille.

    Les signaux donnés depuis deux mois sont inquiétants, et le pire, c’est qu’on ne voit pas de solution se dessiner.

    Le président Keita est affaibli, et n’apparait plus en mesure d’assurer un leadership suffisant pour recoudre le tissu social et apaiser les tensions politiques.

    Ce n’est pas de réformes technocratiques que le pays a besoin, mais d’une refondation de la Nation.

    C’est qui être Malien? Qu’est ce qui nous uni, et qui fait que nous avons envie de continuer ensemble, malgré nos désaccords ?

    Quel compromis possible pour continuer à avancer ensemble ?

    C’est cela qu’il faut rebâtir, avant de se demander si le déficit budgétaire doit être en dessous  de 380 milliards de FCFA  ou s’il faut créer un sénat.

    Pour cela, il faut « sentir le terrain », comprendre ce que l’on peut faire, jusqu’où on peut aller. Chose que ni le gouvernement, ni la majorité n’ont fait depuis le début du deuxième mandat, car ils n’en sont pas capables, faute de savoir faire de la politique.

    Nous sommes à un moment où il faut que les dirigeants du pays se montrent responsables.

    Pas seulement les politiques, mais également les journalistes, les « intellectuels », ceux dont la parole porte et qui peuvent choisir d’apaiser ou d’attiser.

    Depuis deux mois, une partie de ces élites semblent ne pas avoir pris conscience, à la fois de leurs responsabilités, ni du fait que le moment est à haut risque pour le pays, et qu’ils ont sur les épaules une charge et une mission qui est d’apaiser et de ramener le calme.

     

    Cela passe par arrêter de polémiquer sur les réseaux sociaux en alimentant la machine à indignation, qui tourne très bien toute seule.

     

    Cela passe aussi par l’organisation d’échanges sereins, en sélectionnant les personnalités à qui on donne la parole, tout en laissant toutes parties s’exprimer.

     

    Un sursaut s’impose, où chacun s’interroge sur sa place dans le système démocratique, sur la portée de ses actes et de ses prises de position publique, et sur le résultat pour le pays.

     

    L’urgence est à un retour au calme.

     

    Séga DIARRAH

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  • La religion dans la démocratie au Mali

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    Pour moi, la laïcité à la Malienne est à un tournant.

    Le fait majeur depuis quelques années au Mali est le recul de l’Etat laïc, notamment sur les questions de société. Les différents gouvernements Maliens ont abandonné toute prétention à occuper et structurer l’espace public en fonction des principes et préceptes de notre histoire et de la laïcité. Désormais, la lutte entre l’hétéronomie (l’homme dépend de l’invisible) et l’autonomie (l’homme est maître de son destin) est terminée.

    C’est l’hétéronomie qui a gagné. C’est là tout le problème !

     

    Face à son effondrement, l’Etat laïc Malien est obligé de revoir ses prétentions à la baisse, car il s’était construit après son indépendance en développant toute une « religion laïque », nourrie de morale républicaine, de civisme et de sens de l’intérêt général.

     

    Aujourd’hui, tout est remis en cause.

     

    Le Président Modibo Keita avait dessiné plusieurs voies de recomposition du rôle de l’Etat, à mon avis très pertinente. Il avait décelé notre entrée dans l’âge des identités, où on devient plus citoyen en gommant ses particularités, mais au contraire en les accentuant.

     

    La société Malienne est désormais constituée d’une foule d’individus, avec chacun ses différences, et qui somme la collectivité de lui accorder la place et la reconnaissance qu’il estime lui être dus.

     

    D’où cette avalanche de revendications, cette place si prégnante des « Leaders religieux ».

     

    Sur cette base, Modibo Keita nous avait donné véritablement les clés pour comprendre les mutations de notre système politique, bien au-delà de la simple question religieuse.

     

    Je pense que ce recentrage de la vie politique et de la relation actuelle entre les représentants et les représentés, recentrage imposé par la volonté des éléments de la société réelle d’être pris en compte pour ce qu’ils sont est indispensable.

     

    Quant au projet commun des Maliens, il ne fait plus guère figure que d’accessoire démagogique pour campagnes électorales, encore consiste-t-il le plus souvent en un catalogue de promesses, dictées par les clientèles et dont la compatibilité entre elles ne semble être la préoccupation dominante de personne.

     

    D’où le sentiment d’éloignement du pouvoir et de soustraction de ses opérations à la prise, qui accompagne paradoxalement les efforts pathétique de ses occupants pour se tenir au plus près du vœu des citoyen. Ils ont beau faire, multiplier les marques de leur vigilance, de leur présence, de leur sensibilité, ils sont perçus comme étant d’ailleurs, comme incurablement étrangers aux préoccupations de leurs administrés.

     

    Plus les leaders religieux se manifestent et se font entendre dans l’espace public, plus le personnel dirigeant lui témoigne de sollicitude et de considération, et moins ils se rencontrent en profondeur.

     

    Et ce ne sont là que quelques échantillons de ce que nous vivons aujourd’hui.

     

    Séga DIARRAH

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    A Lire Aussi

    Dans cette vidéo, je vous explique  le poids de des transformations et le mouvement de réforme interne de l’islam au Mali.

    Mes sources :

    • Coran, sourate « Le Très Haut » (sura’t AlAla ), 87.
    • Dans le contexte malien, la tendance sunni définit la part des musulmans qui font de la tradition prophétique (sunna ) la base de leur réinvestissement de la foi ou de la réislamisation. Contrairement au contexte arabe, le sunnisme au Mali ne se définit pas spécifiquement par opposition au chiisme (qui est très minoritaire : près de 98 % des musulmans maliens sont sunnites, de rite malékite), mais bel et bien par rapport aux traditions confrériques qu’il rejette.
    • L’UCM, fondée à Dakar dans les années 1940, eut des antennes dans les principaux foyers réformistes de l’Afrique occidentale française (AOF). Au Mali, elle fut dissoute par Modibo Keita à son arrivée au pouvoir.
    • Entre 1980 et 1990, le taux de scolarisation dans l’enseignement public malien ne cesse de diminuer : s’élevant à 30 % en 1980, il n’atteint plus que 21 % en 1996. En 2008, la proportion des enfants fréquentant l’école primaire a nettement augmenté, passant à 61 %.
    • En 1981, les médersas accueillent 36,62 % des enfants en âge de suivre l’école primaire, et en 1987, entre un quart et un tiers des élèves (L. Brenner, op. cit. [2]). Entre 2002 et 2009, le nombre des médersas est passé de 840 à 1 631. Entre 2001 et 2009, le nombre d’enfants inscrits en premier cycle en médersas passe de 121 657 à 240 579. En 2009, 60 % des enfants du premier cycle étaient scolarisés en école publique, 18 % dans les écoles communautaires, 12 % dans les médersas, enfin 10 % dans les écoles privées non confessionnelles (ministère de l’Éducation de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales du Mali, Annuaire national des statistiques scolaires de l’enseignement fondamental 2002-2003 et 2008-2009, Gouvernement du Mali ).
    • Ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle/ministère de l’Éducation de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales/ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Programme d’investissement pour le secteur d’Éducation. Descriptif de la troisième phase (PISE III), mars 2010.

     

  • Le chemin de fer Bamako- Kayes pour un développement durable des villages (note de 13 pages)

    Pour moi, le lien étroit entre les transports et les territoires et leur organisation à toutes les échelles spatiales existe, puisque les transports influencent la localisation des activités (agricoles, industrielles, touristiques et de services), en fonction de la distance temps et de la distance coût.

    Dans ces conditions, les voies ferrées permettant des vitesses rapides aux alentours de 120 à 160 km/h, au lieu des vitesses moyennes au Mali que j’ai observé (20 à 50 km/h), pourront faciliter les trafics des trains de marchandises et de voyageurs, et contribuer à vivifier la vie socio-économique, du local au global, puisque tout est lié et doit être en adéquation.

    Par conséquent, la vitesse des trains réduira d’autant la concurrence avec la route. Routes pour lesquelles le  gouvernement Malien n’est pas en mesure d’assurer l’entretien, compte tenu du nombre très important de kilomètres (630km entre Bamako et Kidira).

     

    La concurrence entre le rail et la route ou bien le choix de la route a longtemps été présenté par les différents gouvernements Maliens comme la panacée pour favoriser des tarifs bas de transport.

     

    Cependant, elle a fait émerger des problèmes quant à l’aménagement du territoire et à la vie socio-économique notamment des ruraux de la région de Kayes.

     

    Si le développement suppose connexions, réseaux et flux de toute nature, un aménagement raisonné du territoire est nécessaire
    pour diminuer la complexité, et pour réduire les coûts de cet aménagement.

     

    Le chemin de fer se pose comme un élément incontournable, puisque les externalités dues à la route augmentent le coût de l’aménagement du territoire ainsi que les prix à la consommation. La représentation dominante du bien fait de la concurrence
    rail-route est un leurre, si l’on ne prend pas en compte les effets induits, qui se traduisent au final par l’exclusion de population par augmentation des coûts. Même si parfois dans un premier temps, la route parait moins cher, le service n’est pas identique. Plus encore, compte tenu des perspectives de pénurie énergétique, de changement climatique et des coûts futurs du transport, ceux-ci sont insoutenables par les populations.

    D’après mes analyses, la prise en compte du coût des externalités dues à la route Bamako-Kidira devrait permettre de contribuer à un report du trafic de la route sur le rail, celui-ci favorisera une dynamique socio-économique qui devrait contribuer à la baisse de la misère.

     

    TELECHARGER – la note sur – Le chemin de fer Bamako- Kayes pour un développement durable des villages

     

     

    Bloc Patriotique

  • Mali : le gouvernement d’union nationale est il une bonne solution ?

    diarrah.com

    L’idée d’un gouvernement d’union nationale, qui transcenderait les clivages Majorité-Opposition est un vieux rêve des politiciens Maliens.

    . Ah le beau gouvernement, où on ne trouve que des personnalités prises pour leur étiquette et non pour leur compétence . Régulièrement, le mythe est réactivé, à coup de propositions surprenantes, de transfuges.

    A l’époque, c’était avec ATT.

    C’est aujourd’hui Soumaïla Cissé qui caresse l’idée dans le sens du poil. Il est vrai que l’électeur de l’opposition est particulièrement sensible à cette belle utopie.

    Car cette idée, si séduisante sur le papier, est une idiotie dans la pratique.

    Sur un programme, on peut prendre des idées de partout, elles ne sont ni de la majorité ni de l’opposition.

    Par contre, les personnes sont marquées politiquement, elles ont une culture, une origine, un parcours qui s’est fait dans un camp.

    Les combats communs, les valeurs partagées créent des liens qu’on ne peut pas ignorer.

    Les transfuges sont souvent mal vus des deux camps.

    On est mâle ou femelle et si les androgynes existent, ils sont rares.

    En politique, c’est la même chose.

     

    Quand on constitue une équipe, c’est pour gouverner, pour mettre en place un programme, pour agir. Il faut donc que l’équipe soit cohérente, entre personnes qui se comprennent, qui partagent une culture politique commune. Composer un gouvernement d’Union nationale, c’est constituer un attelage baroque, marier la carpe et le lapin. Pour l’efficacité, on peut repasser.

     

    Cela est déjà arrivé au Mali, pendant le deuxième mandat de Amadou Toumani Touré. Cela arrive aussi à l’étranger. A chaque fois, les résultats sont mauvais, sur l’action concrète, le bilan de ces gouvernements étant souvent maigre, mais aussi sur l’évolution de la vie politique du pays.

    Pour qu’un système politique fonctionne sainement, il faut une majorité et une opposition, avec chacune un rôle bien déterminé à jouer.

    La majorité gouverne, l’opposition surveille, guette les failles et les exploite, obligeant ainsi la majorité à rester vigilante et soudée.

    Elle n’en fait que mieux son travail. Un gouvernement d’union nationale, c’est un grand producteur d’eau tiède. Une grande coalition de partis habituellement opposés et idéologiquement divergents ne peut se mettre d’accord que sur les plus petits dénominateurs communs, souvent après d’âpres négociations qui ne donne finalement satisfaction à personne.

    En cas d’échec ou de bilan mitigé, ce sont les deux camps qui se trouvent discrédités, ce qui fait le lit des Putschistes et opportunistes de tout genre . La fin du second mandat de Amadou Toumani Touré est éloquent sur les deux tableaux.

    C’est pourquoi je pense qu’il faut tordre le coup à cette vieille assertion Malienne « nous sommes tous frères » et cette erreur sur la nature humaine qui consiste à croire que les politiques peuvent faire abstraction de ce qu’ils sont, des militants.

    A un gouvernement, je demande cohérence et efficacité, deux choses que ne peut fournir un gouvernement d’union nationale.

    Et vous, que pensez vous d’un gouvernement d’union nationale ?

    Séga DIARRAH

    http://maliactu.net