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Les papiers fleurissent de partout à l’occasion de la première année du deuxième mandat d’Ibrahim Boubacar Keita.

Des portraits, parfois intéressants, posent bien le personnage et certains constats. L’homme est un adepte du pouvoir personnel : il dirige et tranche seul, s’appuyant sur son cercle familial.

Au bout d’un an de son deuxième mandat, il a un bilan conséquent, même s’il est assez contrasté. Tout cela est abondamment décrit, mais comme toujours, on reste sur sa faim dès que l’on cherche à aller un peu plus loin que la simple description de la réalité politique visible.

Il est évident que IBK est en train de mettre fin au système hérité de mars 1991 . La première phase est celle de la démolition et de la mise au placard de l’opposition. Depuis un an, le chef de l’Etat a donné de sérieux coups de boutoirs aux partis du FSD. Du moins à certains d’entre eux. Non seulement ils ne sont plus écoutés par l’opinion nationale, mais en plus, il sape leurs bases.

L’octroi des postes ministériels à des partis d’opposition vise à fragiliser encore plus les petites structures, tout en maintenant l’isolement des partis solides, qui ont plus de mal à trouver des alliés.

Il suffit qu’ IBK achève le travail (bien entamé) de démolition du FSD, pour se retrouver en position centrale.

La deuxième phase sera la construction d’une nouvelle “matrice” politique.

On glose beaucoup sur le retour des religieux,  un concept qui n’a pas pour l’instant beaucoup de contenu. Il ne faut pas croire que cela restera toujours ainsi, les leaders religieux  ont une pensée beaucoup plus structurée qu’on le pense, et ils les distillent régulièrement au gré de leurs prises de paroles diverses et variées.

Il y aurait tout un travail à faire sur le corpus de ses prises de parole depuis un an, pour analyser leurs prises de position, en particulier sur le plan des idées et des racines philosophiques et idéologiques.

Le matériau est là, mais il est parfois compliqué, à partir de l’amas de briques, de s’imaginer comment pourrait être la maison.

L’enjeu essentiel aujourd’hui est de penser et construire les nouvelles structures de la démocratie malienne. Il peut parfois être utile de confier les clés à une personne pour faire le “sale boulot”, mais cela ne doit pas durer trop longtemps, et à terme, il faut que le pouvoir ne soit pas concentré, mais reste “distribué” avec in fine le peuple comme arbitre et décideur en dernier ressort.

Pour cela, il faut que la société civile se mette au travail, et ne reste pas à regarder béatement Ibrahim Boubacar Keita reconstruire la structure de pouvoir à son image.

 S’arcbouter sur les modes de fonctionnement anciens, et geindre parce que le pouvoir ne vous écoute plus, en appeler à la rue pour tenter de gagner un bras de fer est voué à l’échec dans le contexte actuel.

On le voit bien, cela fait depuis un an que les forces politiques de l’opposition tentent de mobiliser. On nous annonçait une “révolution” après l’élection présidentielle, on est en septembre 2019, et ce qu’on voit actuellement ne donnera pas grand chose.

N’en déplaisent aux professionnels de la contestation, si la convergence des luttes qu’ils appellent de leurs voeux avait dû se faire, elle se serait déjà faite.

Mieux vaut prendre une autre voie, plus pragmatique, et certainement plus constructive, même si elle manque certainement du panache et du romantisme échevelé dont se nourrit une partie des activistes depuis des années.

La première chose à faire est de solidifier nos structures et de les rendre indépendantes du pouvoir. Quand on regarde nos associations, combien vivent, directement ou indirectement, de fonds d’un homme politique ou de rentes de situation ? La plupart… Demain, la condition pour exister politiquement et faire entendre sa voix, ce sera d’être réellement indépendant.

Premier chantier. Il faudra également être capable de créer des rapports de force, c’est à dire savoir mobiliser.

Pour cela, il faut des adhérents, une “communauté” . Quand on regarde nos corps associations et partis politiques, on y trouve beaucoup de coquilles vides, dirigées par des apparatchiks.

 

La deuxième étape est de reprendre le travail doctrinal.

 

Faire de la politique, c’est construire un récit, basé sur des valeurs, qui puisse donner un sens à l’action publique : à la fois lui donner un cap, mais également la légitimer aux yeux de la population.

C’est parce que la classe politique au pouvoir depuis 1991 a complètement failli dans ce domaine, que le Mali s’est retrouvé dans une telle crise démocratique.

Il faut refaire de la politique.  Les partis ne sont pas les seuls responsables de cette atonie, c’est à toutes les organisations de se bouger pour construire des projets, faire émerger des valeurs qui soient en phase, sur le fond comme sur la forme, avec les attentes des citoyens maliens. La nature ayant horreur du vide, si des citoyens responsables ne se donnent pas les moyens de proposer, d’autres le feront à leur place. Il ne faudra pas venir pleurer ensuite qu’une “mafia” ou une “élite” ont confisqué l’espoir et le pouvoir.

Ce travail sera long, et trouvera son plein effet quand Ibrahim Boubacar Keita quittera le pouvoir. Cela arrivera un jour, même si cela peut prendre du temps. Il faudra bien que la personne qui le remplacera se fasse élire, et donc élabore un projet qui recueille les suffrages.

Que la prochaine présidentielle soit à nouveau une élection par défaut, où on élimine plutôt qu’on choisit, serait un échec politique et démocratique collectif.

 

Séga DIARRAH

Président de BI-TON

Adhésion à mon mouvement pour le Changement ici

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