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La campagne présidentielle s’achève, du moins pour le premier tour, avec une incertitude et une tension comme je n’en ai jamais vécu auparavant.

 

A l’incertitude des scores, s’ajoute un sentiment d’urgence. C’est la dernière occasion de régler, par les urnes, le problème du divorce entre le peuple et ses élites.

Le Mali  est un pays fracturé et bloqué, qui a un réel problème d’inclusion.

Que ce soit pour l’accès à l’emploi, au logement, à la santé, tout est fait pour favoriser et protéger ceux qui sont déjà dans la place, au détriment des outsiders. Le problème devient tellement énorme que même une partie des insiders en est gênée, voire effrayée, tellement le potentiel d’explosion sociale du pays est énorme.

Il y a urgence à déverrouiller. Si cela ne se fait pas maintenant, par les urnes, cela se fera autrement, avec un prix à payer bien plus conséquent.

Le drame de cette élection présidentielle est qu’aucune offre politique ne répond à la demande.

 

La volonté de changement est le thème majeur. Un bon nombre de candidats ont cherché à surfer dessus, en se présentant comme “hors système”.

Au delà de la posture, les propositions concrètes pour changer de cap sont assez différentes.

Elles tiennent malheureusement souvent à la désignation d’un bouc émissaire (le président sortant IBK) et à quelques mesures spectaculaires, censées tout régler comme par miracle.

 

Ces populismes, qu’ils soient de la Majorité ou de l’opposition, sont des impasses, car leur trop grande radicalité les empêchent de construire un consensus, un espace politique dans lequel tous se retrouvent a minima.

Faire tout sauter, dans des révolutions est certes une manière d’apporter le changement. Encore faut savoir où on atterrit.

 

Une partie de l’électorat est globalement satisfaite du système tel qu’il est, et voit dans l’élection une simple modalité de choix d’un dirigeant, à système constant.

Le président sortant IBK a parfaitement capté cet électorat, avec un positionnement politique conservateur et une absence totale de volonté de réformer le pays.

 

Pas question de “lutte contre la corruption” dans sa campagne. Les affaires qui ont terni son image n’ont pas fondamentalement touché à ce positionnement, et c’est sans doute pour cela qu’il a réussi à conserver son cœur d’électorat. De ce fait, sa campagne était en décalage avec les autres, car lui faisait réellement des propositions de politiques publiques, là où les autres parlaient de changer la société.

 

La complexité de la campagne vient en partie de cette absence de diagnostic partagé sur la situation du pays et sur les priorités de l’élection.

Faut-il le réformer en profondeur, pour le déverrouiller socialement ou au contraire, garder les choses en l’état et améliorer la situation économique ?

D’autres clivages politiques apparaissent, comme celui très bien incarné par l’opposition entre Cheick Modibo Diarra  et Alou Badra Diallo, le premier incarnant le nationalisme fermé, là où le deuxième propose une ouverture sur la mondialisation. La fracture IBK-Soumi est toujours présente, même si elle a été un peu mise en sourdine.

Les Maliens n’ont qu’un bulletin de vote, ils ne peuvent donc que réponse à une seule question, à un seul choix. Or, tous ne répondent pas à la même question, d’où la confusion qui a régné pendant toute la campagne.

Cela ne serait pas trop grave si le mécontentement de la population n’était pas aussi grand, et si l’élection présidentielle n’était pas aussi cruciale.

Je crains malheureusement que nous ne demandions trop de choses, parfois contradictoires, à ce scrutin présidentiel.

Il ne va pas régler, d’un coup de baguette magique, la fracture Malienne. Par contre, il peut rapidement envoyer le pays dans le décor, en cas de choix malencontreux.

On peut avoir un président élu sur un malentendu, ou par accident, parce que tous les autres se sont neutralisés et qu’il a finalement, presque subrepticement, réussi à décrocher la timbale.

Si c’est le cas, le président ne pourra pas se prévaloir d’une quelconque légitimité politique, et une sanction électorale peut lui être infligée dès les élections législatives, rendant le pays ingouvernable.

 

Le chaos politique est possible, voire probable. Personne ne sait ce qui pourra en sortir, et c’est cela qui est le plus inquiétant.

 

Séga DIARRAH

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