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Le début du deuxième quinquennat est difficile pour le chef de l’Etat Ibrahim Boubacar Keita, beaucoup plus qu’on ne pourrait le penser.

Il est arrivé à la fin du premier cycle de sa présidence, celle où il bénéficiait de l’étourdissement de l’opposition.

Tout cela est en train de se terminer. L’opposition reprend progressivement du poil de la bête, et si elle reste encore éclatée, les choses se clarifient.

L’affaire des manifestations devant l’hôtel du président à Paris et à New York a été le révélateur de cette remontée des profondeurs. Les montants des dépenses ont pu créer des frustrations et des rancœurs chez certaines catégories de la population comme les Maliens de l’extérieur, car dans tout choix politique il y a des gagnants et des perdants.

Pendant cette période, le président peut être en mode “commando”, où avec un petit cercle de proches, il peut faire à peu près ce qu’il veut. L’opposition est atone, la légitimité des urnes est encore forte.

C’est ce que nous avons vécu de manière très forte depuis 2013. Un président “vertical” qui gouverne avec son clan, celui qui est à ses cotés depuis le début, en qui il a une confiance absolue, et qu’il ne sait pas toujours sanctionner quand il le faudrait.

La médaille a des revers, qui apparaissent avec le temps. Ce petit groupe soudé court le risque d’apparaitre arrogant et de s’isoler, en refusant d’intégrer de nouveaux éléments et en trustant tous les lieux de pouvoirs.Le risque est réel de frustrer et de provoquer des réactions de rejet ou de grogne chez des gens pourtant bienveillants au départ.

Quand des membres influents du RPM (parti au pouvoir) commencent à claquer la porte, c’est un signe qui ne trompe pas.

 

Nous sommes dans la phase où ce mode de fonctionnement vole en éclat.

 

 C’est le moment où les erreurs d’analyses se produisent, parce qu’on est le nez dans le guidon, fatigué, incapable de prendre du recul et surtout, de prendre conscience qu’on s’est isolé.

C’est le piège dans lequel est tombé le président de la république.

 Il s’est perdu dans les méandres de la machine gouvernementale et s’y est épuisé.  C’est toujours la même chose, partout et en tous temps. Les gouvernants sont grisés par leur pouvoir de décider et de trancher, et abandonnent ce qui est le fondement de leur position : leur capacité à comprendre le pays, ses aspirations, ses craintes, et y répondre de manière adéquate. Ibrahim Boubacar Keita ne fait plus assez de politique.

 

S’il veut réussir le projet de modification de la constitution, il va devoir changer de braquet en élargissant son cercle de pouvoir.

Il faut accepter de déléguer davantage, à des gens qui ne sont pas du premier cercle, voire qui ne sont pas des alliés proches.

 

Il va devoir faire davantage de place à l’opposition, aux alliés mais également aux intellectuels. Cela veut dire leur confier des fonctions d’envergure, en acceptant de leur laisser une part de pouvoir, c’est-à-dire accepter qu’ils prennent des décisions que IBK n’aurait pas prises.

Le président  IBK l’a très peu fait depuis 2013.  Il va devoir aussi composer avec les autres organes politiques en place pour la mise en oeuvre de la régionalisation,  à savoir les collectivités locales.

 

L’affrontement avec l’opposition est violent depuis plusieurs mois déjà, et IBK ne va pouvoir continuer 4 ans sur ce pied. A un moment, il faudra transiger, sous peine de les braquer définitivement. LePrésident Modibo Keita a cru qu’il pouvait se passer de l’opposition et l’a braqué. Il l’a payé en 1968. IBK devrait faire attention, car le jour où il sera réellement en difficulté, et qu’il aura besoin d’aide, il ne trouvera plus personne.

 

Au delà du personnel politico-administratif, il va bien falloir que IBK lâche également du lest aux corps intermédiaires, comme les magistrats, qu’il a souverainement méprisés depuis son élection.

 

On peut penser ce qu’on veut de leurs travers (et il y en a) mais ils sont indispensables pour faire le lien entre le sommet et la base. C’est bien pour cela qu’on les nomment “intermédiaires”.

Ils ne sont pas simplement des liens, ils sont également des contre-pouvoirs.. Avoir des relais dans les corps intermédiaire demande du temps, de l’investissement, pour les connaitre et s’en faire connaitre. IBK et son équipe n’ont bien évidemment pas eu le temps de se créer des racines dans ces lieux où s’exprime la “société profonde”, celle qui s’organise pour faire de la politique et de l’action publique en dehors des structures électives et étatiques.

 

Là encore, il faudra que IBK accepte de transiger, car son pouvoir n’est pas absolu.

 

Ce n’est pas parce qu’il a gagné l’élection présidentielle qu’il est habilité à prendre le pays à rebrousse-poil. Certaines réformes peuvent être nécessaires, mais impossibles à mettre en œuvre car le pays n’y est pas prêt. C’est justement les syndicats à l’image de l’UNTM qui expriment les limites et les impossibilités qui s’imposent au pouvoir politique. Il faut savoir les entendre, sinon, c’est l’échec assuré.

 

En plus de partager son pouvoir et d’accepter qu’il soit davantage borné et délimité, Ibrahim Boubacar Keita va devoir apprendre à moins l’exercer personnellement. . Le président est celui qui impulse, explique et donne le cap. C’est aussi lui qui écoute et prend le pouls du pays. Cela demande d’écouter beaucoup, d’échanger réellement, en présentiel, de bien choisir les interlocuteurs en évitant de ne rencontrer que ceux qui lui disent ce qu’il a envie d’entendre. 

 

Séga DIARRAH

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