• Mali : 25 ans sous la domination d’une oligarchie consanguine

    Le scandale autour de la nationalité du Président du Haut Conseil des Maliens de l’extérieur met en lumière et un autre vrai problème, celui de la consanguinité des élites du Mali.

    Que ce soit dans la politique, la haute administration, les grandes entreprises ou les associations, on trouve les mêmes personnes, depuis 1992 et souvent même circulant entre les différentes sphères au fil de leur carrière, avec la particularité, une fois entrés dans le circuit, de ne jamais en sortir, d’être toujours recasés peu importe le président en place.

    J’ai été frappé, à mon niveau, de la similitude de profil entre les membres des cabinets ministériels et des différents gouvernements depuis 1992. Parfois, j’ai retrouvé les mêmes personnes !

    Cette consanguinité est devenue le mode de fonctionnement « normal » de la démocratie Malienne. Elle fait même l’objet d’une acceptation de la part de la population.

    Le Malien ordinaire ne demande pas des salaires astronomiques, mais il faut qu’il y ait un minimum de Sécurité et un emploi.

    Quand les deux conditions sont remplies, l’élite peut s’adonner à ses petits jeux de pouvoirs et aux délices de la consanguinité, le bon peuple ne grogne pas trop.

     

    Le dernier exemple en date est la période du consensus politique de ATT, où il y a bien eu quelques bouffées de chaleur, cependant il n’ y avait pratiquement aucune contestation. Quand on regarde les pratiques des élus de cette époque (ce n’est pas si vieux) et qu’on les transposent en 2018, ils finissent tous en correctionnelle.

     

    Inutile de vous dire qu’aujourd’hui que les deux conditions ne sont plus remplies. La crise économique et sécuritaire, qui dure déjà depuis pas mal de temps, et est devenu aigüe depuis 2014, a provoqué une rupture du pacte.

    Les élites ont donc été sommées de mettre fin au chômage de masse, et d’assurer la sécurité du territoire. Pour des raisons très complexes, les élites n’ont pas réussi, ou pire, n’ont pas cherché à réussir.

    D’où un fossé grandissant et un ressentiment de plus en plus fort, qui se traduit par un rejet des élites Maliennes.

    De fait, on supporte de moins en moins les connivences et petits renvois d’ascenseurs, d’autant plus que cette élite ne souffre pas trop de la crise actuelle, alors que le peuple s’y enfonce.

    Il ne faut pas s’en cacher, le Malien est encore dans l’optique de « rétablir » le pacte, et de continuer comme avant.

    L’alternative est de changer les élites de manière assez radicale, encore faut-il avoir une élite de substitution.

    La situation est donc bloquée, car la demande sociale n’est pas de changer la gouvernance, mais de rétablir un équilibre ancien. Tout ce que peut faire le peuple, et il le fait, c’est de mettre la pression, notamment dans les urnes. Pour le reste, la solution est aux mains de l’élite, au sens très large.

    C’est de l’intérieur que le changement peut venir, soit du cœur même, soit des périphéries de l’élite, si bien entendu, on veut changer les choses et réformer en profondeur ce pays complètement bloqué.

    Je doute franchement que l’on ait quelque chose à tirer de ceux qui sont au centre du système,  dans les appareils des partis politiques.

    Ils font preuve d’un autisme assez ahurissant. Même les plus jeunes, ceux qui ont mon âge, voire moins, semblent suivre la voie, sans réelle volonté, ou capacité à changer les choses. Il faut donc dynamiter le système, et c’est finalement assez simple…

    La clé, c’est la transparence,la vraie, celle des activistes sur les réseaux sociaux où on balance du lourd et du gênant.

    Il faut dévoiler, à tous les étages, sur tous les sujets.  Dans beaucoup de cas, bien plus nombreux qu’on ne le pense, le fait que « ça va se voir » empêche bien des turpitudes…

    Le mouvement est en marche, certes de manière encore parcellaire et chaotique.

     L’information est de plus en plus présente. Il faut que des gens s’en emparent, la décryptent, l’expliquent.

    Les journalistes sont un maillon de la chaine, celui qui récupère l’info et assurent la partie la plus « risquée », celle de publier et d’assumer les conséquences, parfois désagréables et potentiellement dangereuses.

    Il y a des publications qui ne plaisent pas à des gens puissants, qui ont les moyens de faire taire des personnes « ordinaires ». Avec les journalistes, c’est plus compliqué. Imaginez un instant que ce ne soit pas maliactu.net qui ait publié l’échec de la création des « 200 000 emplois », mais moi, sur mon modeste blog. J’aurais été immédiatement broyé !

    Il faut donc qu’une vaste communauté se mette en place autour de cette volonté de transparence, qui consiste, la plupart du temps, à rendre intelligible aux autres des processus, des informations que l’on maitrise du fait de compétences particulières, souvent de part sa profession.

     

    C’est un boulot énorme que de transformer ainsi les données brutes en données exploitables pour rendre les décisions publiques intelligibles. C’est une autre manière d’envisager le pouvoir et son exercice, plus démocratique, en ce sens que le citoyen n’a pas plus de droits et de pouvoirs, mais peut mieux les exercer, car il est en mesure de demander des comptes précis à ses élus.

    La consanguinité prospère au sommet parce qu’il n’y a pas de contrôles et pas de sanctions.

    Mais la solution viendra d’abord d’une volonté de reprendre des responsabilités et de les assumer, en réorganisant le pouvoir, c’est à dire en le décentralisant et en le déconcentrant.

    Pour ça, il faut se bouger, chacun à son niveau, pour oeuvrer en faveur de la transparence et de la libre du diffusion du savoir et de la connaissance… dont la maitrise a toujours été au cœur des mécanismes du pouvoir.

     

    Séga DIARRAH

    (c) diarrah.com

Le debat est clos.