• Les activistes : cancer du journalisme au Mali

    diarrah.com

    L’arrivée des réseaux sociaux et des smartphones a permis, depuis maintenant quelques années, l’émergence d’une prise de parole « d’experts » qui ne sont plus obligés de passer par le canal de la presse.

     

    Les réseaux sociaux ont décuplé cela, car désormais, tout témoin d’un fait peut le filmer, le relater, sans intermédiaire.

    Les journalistes ne peuvent pas être présents partout, donc ils sont battus par la « multitude » sur le recueil des faits. Ils sont également battus sur l’analyse à froid des sujets techniques, car ils ne peuvent pas rivaliser avec l’expertise des gens du métier.

     

    Les journalistes ont perdu le monopole de l’intermédiation et du recueil des faits.

     

    Le deuil est globalement fait, même s’il reste encore des résidus pour penser que la seule analyse légitime est celle qui passe par leur intermédiaire, confondant journaliste et « arbitre des élégances ».

     

    Reste maintenant à trouver le nouveau rôle. Je pense que les journalistes, sans abandonner leur compétence sur le recueil des faits et l’intermédiation, doivent absolument développer une compétence de médiateurs.

     

    Le journaliste d’aujourd’hui  doit être un « tiers de confiance », celui vers qui on se tourne pour comprendre un phénomène, obtenir des compléments d’information, des éclairages

     

    Ce rôle n’est actuellement joué par personne, car il est difficile à tenir.

     

    Les journalistes semblent les mieux qualifiés, car même s’ils n’ont plus le monopole de l’intermédiation, ils ont encore une position dominante dans ce secteur (qui s’affaisse dangereusement toutefois).

    La faiblesse structurelle des journalistes Maliens vient en partie de leur coté trop généraliste et partisan.

     

    Il faut que le journaliste soit d’abord un documentaliste, capable de savoir où se trouve d’information pertinente, et aller la chercher, afin d’offrir à ses lecteurs des sources, des statistiques, des prises de position d’experts couvrant tout le spectre.

    Il faut donc bien connaitre le sujet que l’on aborde, car il est nécessaire de comprendre ce qu’écrivent les experts, de les connaitre pour aller les solliciter, de maîtriser les débats afin de savoir où situer une prise de position.

     

    Il doit aussi avoir la confiance du public.

    Cela ne veut pas dire qu’il soit impartial.

    Nous avons tous nos biais, conscients ou pas et vouloir en faire abstraction est juste impossible.

     

    Le journaliste doit, au contraire, assumer et afficher ses biais, pour que les choses soient clairs vis-a-vis du lecteur.

     

    En tant que « consommateur », je demande de la bonne foi et de l’honnêteté dans le traitement de l’information, et je suis assez grand pour aller m’informer à plusieurs sources, pour avoir plusieurs points de vue et me faire mon opinion.

     

    Je n’ai jamais caché, ici, mes positionnements, et je sais que je suis lu par des personnes qui ne partagent pas du tout mes opinions et mes analyses mais qui apprécient de trouver un regard différent du leur, qui leur permet d’approfondir leur propre réflexion.

     

    Ras  Bath, Vieux Blen, Abdoul Niang etc.  par exemple ne ressemblent pas du tout à la définition que je donne du journaliste.

    Il ne sont en rien des médiateurs, c’est juste des militants, qui utilisent leurs positions et leurs visibilités médiatiques pour relayer leurs opinions et leurs lectures  du monde, en espérant convaincre des gens de penser comme eux.

     

    Cela ne veut pas dire que tout soit à jeter, ces émissions peuvent avoir des analyses intéressantes, mais qui ne relèvent pas du métier de journaliste.

     

    Or, ils se présentent comme tels, ce qui crée une confusion.

     

    Ils ne sont pas une exception, c’est une espèce malheureusement très répandue dans les médias Maliens.

    C’est le cancer du journalisme, car ils discréditent toute la profession.

     

    séga DIARRAH

    (c) diarrah.com

     

Le debat est clos.