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le chômage, le coût de la connexion internet, le prix de l’i Phone Xr, rien ne va dans le monde que nos “parents” nous laissent.

Ou plutôt qu’ils ne sont pas près de nous laisser, c’est bien l’une des données du problème. Si les jeunes Maliens sont vieux, c’est parce que les vieux sont jeunes .

 

Quand la vieillesse arrive à 80 ans, la jeunesse peut bien se poursuivre jusqu’à 40 ans.

 

Et comme elle commence aussi de plus en plus tôt, le résultat, c’est que la jeunesse dure longtemps.

Résultat : l’avenir, pour un trentenaire d’aujourd’hui à Bamako, pourrait se résumer à une longue attente : des années à piétiner au seuil du marché du travail, autant à patienter pour que des places se libèrent. Et à supposer que les emplois libérés n’aient pas été accordés à un “bras long”.

 

 Bon, ma génération est sacrifiée même si  on ne nous envoie pas dans les tranchées.

 

De plus, nous ne sommes pas les premiers. Nous avons tendance à oublier que nos parents en ont déjà pas mal bavé pendant la dictature de Moussa Traoré. La génération vernie, c’est évidemment celle de nos grands-parents.

 

On a dit beaucoup de mal de cette génération de 1991, et on a eu raison.  égoïstes, hédonistes, pharisiens, les bénéficiaires de la révolution de 1991  ont profité de leur supériorité numérique pour imposer leur tempo, leurs idées et leurs priorités au reste de la société. 

Comme si leur agenda caché avait été : Du futur faisons table rase !

 

C’est ainsi, de nos jours, les jeunes de ma génération, ça ne rigole pas. On vous dit qu’il n’y a pas de quoi rire. Nous n’avons pas non plus de hauts faits d’armes à faire valoir : ni Résistance, ni barricades, pas même un président renversé.

En politique, nos parents auront offert au Mali une occupation internationale du nord, le terrorisme, l’immigration, en prime, le grand frisson du désespoir.

Si une génération se définit par un événement fondateur, on comprend que la mienne a du mal à se trouver un petit nom.

Le jeune Malien d’aujourd’hui, donc, a d’excellentes raisons de se plaindre. Il ne s’en prive pas.

Il suffit de lire les réseaux sociaux du pays pour s’en rendre compte. Il se sent méprisé, discriminé.

 

Les politiques ont beau jurer, la main sur le cœur, que la jeunesse est leur priorité, nous continuons à nous trouver  mal-aimé. De ce point de vue, il est d’ailleurs parfaitement intégré. Interrogez n’importe quelle catégorie de la population Malienne, les riches, les pauvres, les femmes etc. elle vous dira la même chose. En ce sens, nous sommes  des ayants droit comme les autres, un créancier à qui la collectivité ou son voisin ne donnent pas ce qui lui revient. Et le pire, répétons-le, c’est que c’est souvent vrai.

 

Heureusement, le jeune Malien n’est pas toujours logique. 

 

Il pense que les politiques sont corrompus mais il n’a pas la moindre envie de faire la révolution, quelles que soient les illusions de beaucoup de journalistes et autres spécialistes qui aimeraient bien vivre ou revivre le grand frisson à travers leur progéniture.

 

Au-delà des proclamations sur les réseaux sociaux qui ne mangent pas de pain, on ne voit pas bien au nom de quelles idées les jeunes Maliens feraient la révolution. Ils ne rêvent pas d’avenir radieux, juste d’un futur convenable. Peut-être se disent-ils qu’à la différence de leurs glorieux aînés, il ne leur servirait pas à grand-chose de passer par la case « Changer le monde » pour espérer, au bout du compte, y faire leur trou, dans ce monde, à défaut d’une véritable place au soleil.

 

Ils sont prêts à bosser d’arrache-pied pour y arriver. Avoir un boulot, se marier, faire des enfants, acheter une maison, rouler dans une voiture de luxe: leurs ambitions auraient fait ricaner les heureux contestataires de mars 1991 – qui ont fini par réaliser exactement les mêmes, souvent plusieurs fois s’agissant des villas, des voitures de luxes et des mariages. Le jeune Malien, lui, sait trop bien que, sous les pavés, il y a les pavés. Il est devenu réaliste, il se contenterait du possible.

En attendant, le spectacle d’adultes répétant sur tous les tons que, décidément, c’est trop dur d’être jeune au Mali tout en déployant une énergie considérable pour le rester est pour le moins paradoxal.

Flatter la tentation victimaire des jeunes Maliens n’est peut-être pas le meilleur service qu’on puisse leur rendre.

 

Après tout, on ne meurt pas de jeunesse. Qu’ils se rassurent, ça finit toujours par passer.

 

Séga DIARRAH,

Un jeune Malien de 36 ans

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