• Il l’a fait : Le président Keita a dit les mots « concertation nationale et inclusive »

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    Mardi 16 avril 2019 au soir, dans un moment d’égarement dont je suis hélas coutumier, je regarde en direct le discours du Président Ibrahim Boubacar Keita en direct sur l’ORTM.

    En tout cas, j’essaie. Résultat : Je tiens du début jusqu’à la fin et sans coupure d’électricité.

    Le discours de IBK me rappelle le film « the king’s speech ».
    Grâce à ce film « Le discours d’un roi », nous connaissons depuis Bamako les efforts héroïques et émouvants du roi d’Angleterre Georges VI pour surmonter son handicap oratoire et réussir à prononcer le discours que son peuple et l’Histoire attendaient de lui.

    Ce fut en effet un discours de Roi, un discours à la hauteur de la fonction symbolique occupée par son émetteur. Nous venons d’assister chez nous à une performance du même genre.

    Nous savons que le Président Ibrahim Boubacar Keita, en dépit des cours de latin de la Sorbonne dans lesquels il a été sans doute magistralement formé, était affecté d’un handicap de profération.

    Il ne parvenait pas à articuler les quelques syllabes de « con-certation Na-tionale ».
    IL contournait cette difficulté en parlant d’un Mali qui avance.

     

    Une maladie très curable :

    Et bien dans son tout dernier discours d’hier soir, prononcé à l’oreille tendue par l’ensemble du peuple Malien, Ibrahim Boubacar Keita vient de prouver qu’il avait surmonté son handicap.

    Sans effort apparent, il a prononcé les mots qui ne passaient pas, les mots « concertation nationale et inclusive ».

    Je l’ai trouvé sincère quand il a parlé de « la concrétisation des espérances de nos martyrs » même si, il souhaite associer le dictateur Moussa Traoré à cette démarche.

     

    Applaudissons d’autant plus qu’on pouvait deviner une certaine jubilation intérieure à répéter les mots redoutés.

     

    «l’idée d’un cadre de dialogue plus vaste, plus représentatif, plus inclusif, fait son chemin et emporte mon adhésion. Le projet aura pour but d’évaluer les forces et les faiblesses de notre démocratie, de notre vécu institutionnel d’une part, et de cerner d’autre part, les opportunités et les menaces du chemin ».

    Sa langue n’a pas fourché. Les mots « dialogue plus vaste, plus représentatif, plus inclusif» ont acquis droit de cité.

     

    Qu’attendre de mieux du discours d’un président ?

     

    Et un IBK des beaux jours de clore cette séquence émotion en rappelant de quel Etat il était le président :

    « Notre pays à la chance de bénéficier de la présence de veilleurs vigilants, impliqués et inlassables. Grâce à eux, nous sommes parvenus jusqu’ici à éviter que les comportements extrêmes ne balaient la pondération bien connue de notre peuple.

    Il nous faut donc écouter et amplifier les voix qui nous appellent à la raison et surtout à l’unité.

    C’est ensemble que nous nous préservons, c’est ensemble que nous nous sauverons.

    Evitons donc d’allumer de nouveaux brasiers en dispersant les braises de la discorde et de l’intransigeance. Ainsi que nous y invite l’hymne national de notre cher pays, Pour le salut public, forgeons le bien commun »

    Séga DIARRAH

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  • Mali : Virer Soumeylou Boubeye Maiga ?

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    Oui, la grande question à 1 million de FCFA, c’est de garder ou non Soumeylou Boubeye Maiga.

    C’est même la décision majeure du moment. Il y a des arguments pour le garder, d’autres pour le changer.

    Dans la presse Bamakoise, les journalistes ne se concentrent que sur un aspect, celui de la relation personnelle entre le président de la république et son premier ministre.

    D’autres paramètres sont bien plus essentiels.

    Le premier est celui de la complémentarité, en terme de position politique, d’image, de qualités pour diriger l’appareil d’Etat.

    Le couple IBK  SBM n’est pas si mal. Politiquement, il n’y a pas une marge énorme, les deux étant issus de l’ancienne ADEMA.

     

    Un premier ministre issu de la société civile, avec une image plus combatif ferait mieux.

     

    Par contre, la complémentarité de tempérament est excellente. Entre l’excité  Soumeylou Boubeye Maiga et le calme Ibrahim Boubacar Keita, il y a un gouffre et ils se complètent très bien, avec un partage des rôles qui fonctionne pas trop mal.

     

    A IBK les choix stratégiques, les dossiers sensibles, à SBM le fonctionnement de la machine gouvernementale et l’intendance. Leurs tempéraments respectifs correspondent assez bien à leurs tâches.

    Deuxième élément, le poids personnel du premier Ministre. Si le président choisit de mettre à la primature un ectoplasme politique, il sait qu’il ne devra compter que sur ses propres ressources, et que s’il faiblit, il ne faut pas attendre que le premier ministre puisse prendre un relais, comme le font les cyclistes dans une échappée.

    Même si Soumeylou Boubeye Maiga ne déborde pas de charisme et n’est pas un chef de courant, il a quand même une aura.

    Sans être un symbole, il a une image de « rigoureux » qui ne déplaît pas. Enfin, il est très apprécié des militaires, auprès desquels il a une véritable autorité. Il est peut-être le seul à pouvoir, s’il en a envie, désamorcer une révolte dans les casernes. En ce moment, c’est une compétence dont IBK pourrait avoir besoin.

    Troisième élément, le moment du mandat. On est dans la phase montante du deuxième mandat.

    Les principales réformes doivent être lancées. il reste encore la révision constitutionnelle. Il faut lancer les grands chantiers, même si  on n’aura pas le temps d’en recueillir les fruits.

    Le travail du nouveau gouvernement ne sera pas seulement de gérer les affaires courantes, de mener à terme les chantiers lancés depuis 2013, de manière à pouvoir présenter un bilan en 2023.

    Changer d’équipe maintenant, mettre en place des personnalités qui ne connaissent pas forcément les dossiers, qui auraient envie de lancer leurs propres chantiers, c’est la  meilleure chose.

    IL faut une stabilité du nouveau gouvernement pour s’assurer que les réformes ne seront pas brisées net et qu’il n’y aura pas d’initiatives intempestives.

    Même si IBK ne peut plus blairer Boubeye Maiga, il peut être dans son intérêt de le conserver à la Primature.

    Que le premier Ministre tienne tout le mandat, c’est dans la logique du quinquennat.

     

    Séga DIARRAH

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  • Ibrahim Boubacar Keita  va-t-il faire partir son Premier Ministre ?

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    La chasse au tigre est ouverte. Soumeylou Boubeye Maiga, politiquement très affaibli auprès de l’opinion publique Malienne, est attaqué par le président du haut conseil islamique du Mali Mahamoud Dicko.

    Les radios privées de Bamako, avec leurs complaisances habituelle pour les récits des petites querelles politiciennes, relayent ces combats avec délectation.

    Ibrahim Boubacar Keita  va-t-il faire partir son Premier Ministre ?

    Personne n’en sait rien, tellement le président de la République est imprévisible.

    Il n’a sans doute pas encore tranché.

    Toute cette agitation sur les choix de personnes est un peu vain, je ne vois pas tellement en quoi il peut être utile d’avoir, avant sa désignation officielle, le nom du nouveau Premier ministre, si tant est qu’il change.

    Quel que soit le Premier Ministre, sa marge de manoeuvre sera inexistante. La contestation populaire impactera autant Soumeylou Boubeye Maiga qu’un autre, puisqu’en fait, c’est IBK qui est visé.

    Le vice fondamental de ce nouveau quinquennat, à savoir l’incapacité du président de la République à trancher en temps utiles, ne va pas disparaitre.

    Or, c’est ce qui a sapé en partie l’autorité (déjà pas bien fabuleuse) de Soumeylou Boubeye Maiga.

    Son successeur aura les mêmes soucis d’autorité et de coordination défaillante de l’action gouvernementale.

    Les meilleures années du mandat sont passées. Le nouveau Premier ministre ne lancera pas grand chose de nouveau, entre ce qui est déjà lancé, et ce qui est sur les rails. Si c’est pour gérer le projet de révision constitutionnelle, et porter la chapeau de autonomisation du nord du pays.

    Devenir Premier ministre maintenant, quand on est jeune et qu’on a de l’ambition, ce n’est pas un bon plan. La sagesse serait de laisser Soumeylou Boubeye Maiga en place, car c’est la logique du quinquennat.

    Grillé pour grillé, autant qu’il fasse le sale boulot. Ce n’est pas son départ qui arrangera la cote de popularité de IBK.

    Il y aura peut-être un petit mieux passager, du fait de la nouveauté, du changement de têtes, mais bien vite, le pouvoir en place retombera dans ses ornières structurelles.

    Pour moi, l’essentiel est là. On s’en fout de savoir qui sera Premier Ministre, ça ne changera rien à la situation de la majorité des Maliens et du Mali.

     

    Séga DIARRAH

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  • En finir avec la présidentielle

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    Les  institutions Maliennes sont déséquilibrées.

    La fameuse séparation des pouvoirs n’existe plus, et il est illusoire de croire que le législatif contrôle l’exécutif.

    Nous sommes dans une monarchie républicaine, où tout est concentré entre les mains du chef de l’Etat, avec des contre-pouvoirs insuffisants.

    Au Mali, la seule possibilité d’expression politique reste le  vote. Alors que la démocratie, ce n’est pas « vote une fois tous les 5 ans et ferme là entre-temps ».

    Il faut qu’on arrive à organiser un fonctionnement démocratique qui revoit le partage des tâches entre représentants et représentés, mettant en avant la nécessité d’une délibération. Il faut qu’on arrête de demander aux citoyens d’intervenir en bout de course, pour dire oui ou non à une question posée par d’autres, à l’issue de débats réservés à une élite. La véritable participation citoyenne est celle qui peut intervenir « en temps utile », quand la décision n’est pas encore écrite, quand les options sont encore ouvertes.

    Une institution peut être démocratique, quand bien même elle n’est pas issue du suffrage. Les juges, par exemple, ne sont pas élus, et quand on voit ce qui sort des urnes, au Mali, il est souhaitable de ne pas en arriver là. Pour autant, par leur rôle de contre-pouvoir, ils peuvent occuper une place irremplaçable et contribuer au bon fonctionnement de la démocratie.

    Le bon gouvernement, à mes yeux, est celui qui doit des comptes « politiques » au peuple et « juridiques » aux juges.

    Le véritable enjeu n’est pas la décision formelle, mais le débat qui a précédé et a permis d’aboutir à cette décision.

    Actuellement au Mali, tout se passe dans les couloirs et les antichambres des ministères. Le bon peuple ne voit le débat devenir public qu’une fois la décision prise, et que seuls des détails changeront.

    Le débat parlementaire n’est souvent qu’une parodie de démocratie, car il intervient trop tard.  Une fois dans l’hémicycle, une proposition intelligente pourra être balayée par un « défavorable » venu du banc du gouvernement, alors que les âneries contenues dans le texte seront massivement votées par des députés godillots.

    Ce n’est pas une assemblée de plus (le Sénat) qui va changer le vice fondamental du système, mais la transparence complète du processus de décision au sein du gouvernement et des administrations.

    L’un des obstacles à la rénovation de la vie politique Malienne est le poids du président de la République dans le dispositif institutionnel.

    Tout le monde considère qu’il est trop fort, et que la focalisation de la vie politique sur la seule élection présidentielle pose un véritable problème démocratique.

    Maintenant que les élections sont passées, le constat est douloureux.

    Bien que le problème soit identifié, les propositions de réformes sont rares.

     

    Il suffirait pourtant de pas grand chose, dans la Constitution, pour rétablir un équilibre.

     

    Beaucoup de pays ont un président élu au suffrage universel ( Roumanie, Portugal, Pologne..) sans qu’il soit pour autant au coeur du pouvoir.

    Bien au contraire, dans ces pays, c’est le Premier ministre, issu du résultat des élections législatives, qui dirige effectivement le pays. Le président y est un arbitre et un contre-pouvoir.

    Il faut enlever au chef de l’Etat la présidence du conseil des ministres, qui se tiendrait à la cité administrative et non à Koulouba, sous la présidence du Premier ministre.

    Ce serait déjà un grand pas, car le président se retrouverait en retrait des décisions gouvernementales, sans capacité d’action sur le quotidien. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi enlever au président le pouvoir de nomination du chef du gouvernement, en le chargeant uniquement de « proposer » un Premier ministre, qui serait ensuite investi par un vote de l’Assemblée. Les choses seraient claires sur l’origine de la légitimité politique du gouvernement.

    Enfin, il est nécessaire d’encadrer le pouvoir de dissolution de l’Assemblée, que le président peut utiliser à sa guise, sur un simple caprice ou un calcul politique.

    Le président ne pourrait dissoudre que si, pendant un délai donné, un premier ministre n’a pas pu être investi par l’Assemblée.

    Le président ne fait que constater un blocage politique réel et en tire les conséquences. Si un gouvernement est renversé, mais qu’un autre est investi (avec une majorité différente), il n’y a pas de blocage, donc pas de dissolution possible. Cela enlèvera beaucoup de son tranchant à cette arme qui sert avant tout de dissuasion nucléaire pour députés frondeurs. En prime, mais c’est facultatif, on peut rallonger le mandat présidentiel, afin qu’il ne coïncide pas avec celui des députés.

     

    Une majorité absolue issue d’un seul parti n’a jamais intérêt à une dissolution, alors qu’au sein d’une coalition, l’un des partenaires peut y trouver son intérêt, et donc provoquer une crise politique. Cela obligera également le chef du gouvernement à composer avec des partenaires, et donc à négocier les décisions.

     

    Nous aurions ainsi une vie politique « normale », à l’image de ce qui se passe dans les grandes démocraties Européennes, où les gouvernements de coalition sont fréquents et où c’est le chef du gouvernement qui dirige le pays, en étant responsable devant les députés et le peuple lors des élections.

     

    Séga DIARRAH

    Président de BI-TON

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