• Mali : existe-t-il un coup d’Etat démocratique?

    Généralement, les putschs sont vus comme l’antithèse d’un processus démocratique, une force politique brutale menée par les armes plutôt que par les urnes.

    Le président Ibrahim Boubacar Keïta déclare que le Mali était en guerre, mais que les Maliens ne devraient pas en déduire la possibilité d’un coup d’Etat militaire.

    « Le Mali, plus que jamais, a besoin de solidarité, a besoin de se resserrer, n’a pas besoin d’élucubrations des nostalgiques du putsch », a-t-il dit dans un enregistrement diffusé par la présidence malienne.

    Selon la loi américaine, souvent contournée, des aides financières ne peuvent être versées aux gouvernements qui s’emparent du pouvoir par la force.  Alors que la mission de l’ONU au Mali MINUSMA est financée par les USA, on peut facilement penser que l’hypothèse d’un coup de force au Mali serait une entreprise périlleuse.

    Cependant, il existe  des cas où des coups d’Etat font avancer la démocratie selon un article publié en  2012 rédigé pour le Harvard International Law Journal, Ozan Varol, actuellement professeur à la faculté de droit Lewis & Clark.

     «coup d’Etat démocratiques».

    Pourquoi des insurrections sanglantes sont parfois considérées comme légitimes tandis que des mouvements initiés par des militaires agissant au nom des citoyens privés de leurs droits ne le seraient pas?

    Varol cite trois études de cas: le coup d’Etat de 1960 en Turquie, au cours de laquelle les militaires ont renversé le Parti démocrate légitimement élu, mais dont la dérive autoritaire inquiétait presse et intellectuels; en 1974 au Portugal, la Révolution des Œillets, initiée par l’armée, qui a renversé l’autoritaire Estado Novo, miné par une économie en décrépitude et une série de guerres impopulaires dans ses colonies africaines; et troisième exemple –intéressant dans ce contexte–, l’éviction d’Hosni Moubarak en 2011.

    Pour Varol, pour être considéré comme démocratique, un putsch doit posséder sept caractéristiques:

    • (1) le coup d’Etat est organisé contre un régime autoritaire ou totalitaire
    • (2) les militaires répondent à une opposition populaire persistante contre ce régime
    • (3) le gouvernement autoritaire ou totalitaire refuse de démissionner en réponse au soulèvement populaire
    • (4) le putsch est organisé par un militaire respecté dans le pays, notamment en raison des liens étroits entre l’armée et la population à cause de la conscription
    • (5) les militaires mettent en scène le coup d’Etat pour renverser le régime autoritaire ou totalitaire
    • (6) l’armée prépare des élections libres et justes dans un court délai
    • (7) le coup se termine avec le transfert du pouvoir à des dirigeants démocratiquement élus.

    Est-ce que ce que un coup d’Etat au Mali  peut rentrer dans ce cadre?

    Si certains critères collent à la réalité du Mali, d’autres restent à voir. Mais cela est plus difficile à juger pour le premier, et le plus important de tous. IBK a été démocratiquement élu il y a tout juste un an. On ne peut donc pas parler d’un régime autoritaire ou totalitaire.

    Admettre l’existence de «coups démocratiques» peut être un système de pensée dangereux, parce que les putschistes décrivent presque toujours ce qu’ils font dans le but de sauvegarder la démocratie alors même que leur pouvoir se renforce.

     

    Séga DIARRAH

    Président BI-TON

    * Joshua Keating

  • Mali : Je suis Inquiet

    La semaine qui vient de s’écouler a été fertile en évènements franchement inquiétants.

    Après l’attaque de deux camps militaires qui a fait moins au 35 morts et plus de  60 portés disparus, c’est maintenant les coopératives de producteurs de cotons qui haussent le ton.

    Je ne vais pas pleurer sur les responsables des organisations paysannes que je soupçonne de complicité avec leur leader incarcéré dans une affaire de détournement d’argent, ils ont de la marge avant d’être dans la misère.

    Mais je dois reconnaitre que leurs opérations ont été rondement menées et efficaces. Une belle démonstration de force, qui indique clairement que l’ensemble de ces secteurs sont mobilisés, organisés, et attendent le gouvernement de pied ferme.

    Pour l’instant, le pouvoir en place n’a pas trop reculé ouvertement, mais on peut penser après  le classement sans suite du dossier « de l’achat de l’avion présidentiel et des armements »  que la grande lutte contre la corruption au Mali est  une montagne qui accouchera d’une souris.

    Ensuite, ce sont les familles des soldats  qui sont entrées dans la danse. Et là, on rigole beaucoup moins.

    Dès le début, elles brûlent des pneus et bloquent les accès au camp para de Djicoroni .

    Normalement, une telle action, c’est exceptionnel et après un long moment de mobilisation. Cela ne se fait d’entrée de jeu. Il semble que ce mouvement soit plus ou moins spontané.

    Si la base dépasse les cadres d’entrée de jeu, c’est inquiétant. Là encore, le president Keita  a annoncé une réaction en réponse à la tragédie de Mondoro, dont on attend de voir ce que cela va donner.

    Si c’est pour « bluffer »  encore le peuple et les militaires comme ce fût le cas après Dioura, cela ne fera qu’envenimer le conflit. Cela laisse présager d’autres actions des familles des militaires, pas réputées pour leur tact.

     

    Quand on écoute un peu les discours des différents segments de la population, on sent des gens à bout (à tort ou à raison, c’est un autre problème).

    Il y a une tension palpable chez les maliens que l’on sent monter, une sorte de désespoir face à ses dirigeants.

    L’opposition, qui apparaissait comme un recours avant 2018, s’est complètement cramée. Quoi qu’en disent certains, Cheick Modibo Diarra  n’est pas non plus une alternative. Il n’est pas en mesure de gouverner et cela se voit. Il ne s’intéresse pas à la vie de la nation.

    On est avec un horizon politique bouché.

    L’offre ne correspond désespérément pas à la demande. C’est de plus en plus criant et cela contribue à la tension et à l’énervement, surtout quand en plus, certains responsables se font prendre la main dans le pot de confiture, à voler, détourner le denier public.

    Je suis inquiet. Très inquiet du décalage entre tout ce qui bouillonne actuellement et le déficit d’attractivité, de radicalité, de stratégie de rupture, qui est celui de notre gouvernement.

    Quant à la crise politique et l’échec prévisible du dialogue politique, pourquoi persister dans l’erreur ?

    Seul un gouvernement politiquement fort, avec un cap clair peut redresser la situation actuelle. Vu l’état de déliquescence du pouvoir en place, la question est de savoir  combien de temps il tiendra encore ?

     

    Séga DIARRAH

    Président BI-TON

  • Le Mali de Moussa Traoré et la mort du président Modibo Keita

    Dans cette vidéo, j’ai essayé de comprendre les incohérences dans la vidéo de Moussa Traoré relative aux circonstances du décès du guide Modibo Keita, père de l’indépendance du Mali

    La vidéo en intégralité est disponible ici  https://bit.ly/2lTHnCl

     

    Qui a tué le président Modibo Keita ? et Cabral? qui étaient les autres victimes de Moussa Traoré ? et la situation économique du Mali ?

  • Mali : Penser et construire l’après IBK

    diarrah.com

    Les papiers fleurissent de partout à l’occasion de la première année du deuxième mandat d’Ibrahim Boubacar Keita.

    Des portraits, parfois intéressants, posent bien le personnage et certains constats. L’homme est un adepte du pouvoir personnel : il dirige et tranche seul, s’appuyant sur son cercle familial.

    Au bout d’un an de son deuxième mandat, il a un bilan conséquent, même s’il est assez contrasté. Tout cela est abondamment décrit, mais comme toujours, on reste sur sa faim dès que l’on cherche à aller un peu plus loin que la simple description de la réalité politique visible.

    Il est évident que IBK est en train de mettre fin au système hérité de mars 1991 . La première phase est celle de la démolition et de la mise au placard de l’opposition. Depuis un an, le chef de l’Etat a donné de sérieux coups de boutoirs aux partis du FSD. Du moins à certains d’entre eux. Non seulement ils ne sont plus écoutés par l’opinion nationale, mais en plus, il sape leurs bases.

    L’octroi des postes ministériels à des partis d’opposition vise à fragiliser encore plus les petites structures, tout en maintenant l’isolement des partis solides, qui ont plus de mal à trouver des alliés.

    Il suffit qu’ IBK achève le travail (bien entamé) de démolition du FSD, pour se retrouver en position centrale.

    La deuxième phase sera la construction d’une nouvelle « matrice » politique.

    On glose beaucoup sur le retour des religieux,  un concept qui n’a pas pour l’instant beaucoup de contenu. Il ne faut pas croire que cela restera toujours ainsi, les leaders religieux  ont une pensée beaucoup plus structurée qu’on le pense, et ils les distillent régulièrement au gré de leurs prises de paroles diverses et variées.

    Il y aurait tout un travail à faire sur le corpus de ses prises de parole depuis un an, pour analyser leurs prises de position, en particulier sur le plan des idées et des racines philosophiques et idéologiques.

    Le matériau est là, mais il est parfois compliqué, à partir de l’amas de briques, de s’imaginer comment pourrait être la maison.

    L’enjeu essentiel aujourd’hui est de penser et construire les nouvelles structures de la démocratie malienne. Il peut parfois être utile de confier les clés à une personne pour faire le « sale boulot », mais cela ne doit pas durer trop longtemps, et à terme, il faut que le pouvoir ne soit pas concentré, mais reste « distribué » avec in fine le peuple comme arbitre et décideur en dernier ressort.

    Pour cela, il faut que la société civile se mette au travail, et ne reste pas à regarder béatement Ibrahim Boubacar Keita reconstruire la structure de pouvoir à son image.

     S’arcbouter sur les modes de fonctionnement anciens, et geindre parce que le pouvoir ne vous écoute plus, en appeler à la rue pour tenter de gagner un bras de fer est voué à l’échec dans le contexte actuel.

    On le voit bien, cela fait depuis un an que les forces politiques de l’opposition tentent de mobiliser. On nous annonçait une « révolution » après l’élection présidentielle, on est en septembre 2019, et ce qu’on voit actuellement ne donnera pas grand chose.

    N’en déplaisent aux professionnels de la contestation, si la convergence des luttes qu’ils appellent de leurs voeux avait dû se faire, elle se serait déjà faite.

    Mieux vaut prendre une autre voie, plus pragmatique, et certainement plus constructive, même si elle manque certainement du panache et du romantisme échevelé dont se nourrit une partie des activistes depuis des années.

    La première chose à faire est de solidifier nos structures et de les rendre indépendantes du pouvoir. Quand on regarde nos associations, combien vivent, directement ou indirectement, de fonds d’un homme politique ou de rentes de situation ? La plupart… Demain, la condition pour exister politiquement et faire entendre sa voix, ce sera d’être réellement indépendant.

    Premier chantier. Il faudra également être capable de créer des rapports de force, c’est à dire savoir mobiliser.

    Pour cela, il faut des adhérents, une « communauté » . Quand on regarde nos corps associations et partis politiques, on y trouve beaucoup de coquilles vides, dirigées par des apparatchiks.

     

    La deuxième étape est de reprendre le travail doctrinal.

     

    Faire de la politique, c’est construire un récit, basé sur des valeurs, qui puisse donner un sens à l’action publique : à la fois lui donner un cap, mais également la légitimer aux yeux de la population.

    C’est parce que la classe politique au pouvoir depuis 1991 a complètement failli dans ce domaine, que le Mali s’est retrouvé dans une telle crise démocratique.

    Il faut refaire de la politique.  Les partis ne sont pas les seuls responsables de cette atonie, c’est à toutes les organisations de se bouger pour construire des projets, faire émerger des valeurs qui soient en phase, sur le fond comme sur la forme, avec les attentes des citoyens maliens. La nature ayant horreur du vide, si des citoyens responsables ne se donnent pas les moyens de proposer, d’autres le feront à leur place. Il ne faudra pas venir pleurer ensuite qu’une « mafia » ou une « élite » ont confisqué l’espoir et le pouvoir.

    Ce travail sera long, et trouvera son plein effet quand Ibrahim Boubacar Keita quittera le pouvoir. Cela arrivera un jour, même si cela peut prendre du temps. Il faudra bien que la personne qui le remplacera se fasse élire, et donc élabore un projet qui recueille les suffrages.

    Que la prochaine présidentielle soit à nouveau une élection par défaut, où on élimine plutôt qu’on choisit, serait un échec politique et démocratique collectif.

     

    Séga DIARRAH

    Président de BI-TON

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