• Le CNT, un piège à attrape-nigauds pour caporaliser la société malienne

    Le décret n°2020-0142/PT-RM du 9 Novembre 2020 fixe les modalités de désignation des membres du Conseil National de la Transition tandis que le décret n°2020-0143/PT-RM établit la clé de répartition du Conseil National de la Transition comme suit :

    Derrière les chiffres de la clef de répartition des futurs membres du Conseil national de Transition, les putschistes du 18 août 2020 visent principalement les objectifs suivants :

    Premièrement,

    diviser, marginaliser et réduire à néant l’influence du M-5-RFP, des Partis et regroupements politiques et des trois principales centrales syndicales (UNTM, CSTM, CDTM) ; en somme ; toutes les organisations susceptibles de s’opposer à sa volonté irrépressible –mais illogique et impossible- de caporaliser la société malienne en dépit des leçons pertinentes de l’histoire du pays depuis 1991.

    • S’agissant du M-5-RFP, qui a été le fer de lance du combat pour le changement de régime et qui, de ce fait, était en droit de réclamer –voire d’exiger-, le tiers des représentants au sein du CNT, les putschistes démontrent une fois de plus leur mépris souverain pour cette organisation après avoir affirmé devant le Peuple malien sur la Place de l’Indépendance (21 août 2020) « Nous sommes venus parachever votre œuvre…nous sommes là pour vous. Nous allons transférer rapidement le pouvoir aux civils… ».
    • Concernant les partis et regroupements politiques, rien qu’en prenant en compte la configuration de l’ancienne législature (quels que soient les critiques que l’on peut formuler à l’encontre celle-ci), il est clair que les putschistes du 18 août 2020 entendent ranger définitivement dans un placard la classe politique apparue après mars 1991.
    • Enfin, s’agissant des trois principales centrales syndicales (UNTM, CSTM, CDTM), les putschistes du 18 août 2020 leur préfèrent les syndicats libres qui, avec 07 représentants, se voient attribuer presque le double du nombre de représentants dévolus aux trois centrales citées ci-dessus.
    • Au total, le M-5-RFP, les partis et regroupements politiques et les centrales syndicales disposeront de 23 représentants contre 22 pour les putschistes du 18 août 2020.
    • En soustrayant les 23 représentants attribués aux trois organisations précitées des 121 membres devant composer le CNT, il reste une large marge de 98 représentants qui permettront aux putschistes du 18 août 2020 de renforcer leur emprise sur le jeu politique durant la période transitoire.

    Deuxièmement,

    en s’octroyant une majorité de facto des membres composant le CNT, les putschistes du 18 août 2020 démontrent, une fois de plus, qu’ils veulent contrôler tous les rouages essentiels du pouvoir au Mali et qu’ils conduiront la Transition à leur guise sans y associer les composantes majeures du corps social.

    Pour parvenir à leurs fins, ils utilisent curieusement les mêmes méthodes et techniques ayant prévalues durant le régime d’IBK, à savoir : le mensonge, la division des différentes composantes du corps politique et social, la fourberie, la corruption etc…

    Ils oublient cependant que tout diviseur sort plus affaibli que ceux qu’il a voulu diviser pour servir ses propres desseins.

    Car, quelqu’un qui trahit ses interlocuteurs perd à jamais la confiance de celui qu’il trahit tandis qu’il ne gagnera jamais celle de ceux pour lesquels il a commis sa forfaiture.

    Avant eux, ATT et IBK l’ont appris à leurs propres dépens. Les putschistes du 18 août 2020feront inéluctablement leur expérience.

    Les Chinois disent : « l’expérience, c’est comme un cure dent, ça ne sert qu’à une seule personne ».

     

    Troisièmement,

    les putschistes du 18 août 2020 entendent gouverner le Mali à la hussarde à travers des décrets élaborés en cachette, pris sans aucune consultation d’aucune composante du corps politique et social.

    En effet, le 10 novembre 2020, les acteurs politiques et sociaux ont été invités à se référer au journal officiel pour connaître le contenu des oukases des « nouveaux maîtres » du pays.

    Ils apprirent également qu’ils doivent soumettre « dans les 48 heures sous peine d’irrecevabilité » leurs propositions de candidature (le double du quota qui leur est attribué) au Vice-président de la Transition. Ainsi, à titre d’exemple, si vous disposez d’un quota de 04 représentants, vous devez soumettre 08 candidatures.

    Ce mode de sélection vise, ni plus ni moins, à semer la division au sein des organisations afin de les affaiblir devant les putschistes.

    Quatrièmement,

    comble du mépris : c’est le Vice-président de la Transition qui choisira les représentants qui siègeront au CNT en leur nom !

    « Le Vice-président, après examen des dossiers, arrête la liste des membres du Conseil National de la Transition » (article 5 du décret n°2020-0142/PT-RM du 9 Novembre 2020).

    En clair, les membres du CNT seront désignés par une seule personne, à savoir : le Vice président de la Transition !

    Cinquièmement,

    en s’arrogeant de telles prérogatives politiques exorbitantes, en s’immisçant ouvertement dans le jeu politique de manière flagrante, le Vice président de la Transition outrepasse le rôle qui lui est spécifiquement dévolu selon la Charte de la Transition, à savoir : la gestion des questions de défense et de sécurité.

    Le dicton populaire ne dit-il pas : « qui embrasse trop, mal étreint » !

    Sixièmement,

    la boucle est ainsi bouclée : après avoir organisé un simulacre de « Concertations », adopté une Charte de la Transition rejetée par les principaux participants auxdites Concertations, imposé un Président de Transition dans une mascarade de consultation dénoncée par ceux-là mêmes convoqués à cet effet, les putschistes viennent de boucler la boucle en désignant un Conseil national de Transition qui sera à leurs bottes.

    La question est la suivante : combien de temps durera le mépris affiché à l’égard du Peuple Malien Souverain qui voit tout, entend tout et qui ne restera pas inerte

    Séga DIARRAH

    Président du Collectif BI-TON

  • Mali : Le temps des surprises politiques

    La politique malienne est en crise.

    Entre le discrédit des « anciens de 1991» matérialisé par la demission de Ibrahim Boubacar keita et la popularité de l’imam Mahmoud Dicko, révélé au grand jour par le mouvement M5RFP, l’espace politique reste ouvert.

    Tant pour les places à prendre que pour les politiques à mener. Les choses peuvent bouger, parfois très vite, beaucoup plus vite que prévu.

     

    Il est donc essentiel de se préparer, de réfléchir, de travailler à des alternatives, alors même que l’horizon politique peut apparaitre bouché.

     

    J’ai encore le souvenir de 2017, où IBK voulait faire passer sans coup férir une série de réformes abruptes sur la régionalisation. A l’époque, personne n’imaginait que cette magnifique machine déraillerait quelques mois plus tard.

    Depuis ce moment, IBK n’a fait que chercher à reprendre son équilibre, sans jamais y réussir, le M5RFP, les grèves des enseignants et la pandémie de Covid-19 venant à chaque fois remettre une pièce dans le juke-box de la déstabilisation du pouvoir en place.

     Devant la contestation, IBK n’a  trouver aucun  relais politiques et surtout, aucune nouvelle  idée de mesures à même d’apaiser l’irritation sociale. Son départ était donc inévitable. 

     

    Une pareille situation bénéficie à ceux qui sont prêts, qui ont des mesures « clés en main » à proposer, et qui savent les vendre politiquement.

     

    D’où la nécessité de travailler le fond, même quand l’horizon politique semble durablement bouché.

     

    L’opportunité peut arriver soudainement et il est alors trop tard pour se mettre en branle. Les fenêtres politiques se referment souvent aussi vite qu’elles se sont ouvertes.

    La période politique qui s’ouvre va être particulièrement sensible, car désormais, l’élection présidentielle pointe son nez. Les écuries de candidats vont se mettre en quête d’idées nouvelles. Mais aucune de ces écuries n’a de ressources en interne, pour produire des projets de société ou même des innovations politiques.

    Les partis  ont abandonné depuis longtemps la production intellectuelle, pour se contenter d’être les gestionnaires du système (donc directement intéressés à sa préservation).

     

    La voie est libre pour des petits groupes, qui autrefois, n’auraient pas eu voix au chapitre du débat public, mais qui arrivent avec des idées structurées et une organisation à même de porter des propositions auprès des candidats.

     

    Cela peut amener à des surprises dans les mois qui viennent.

     

    Séga DIARRAH

    Président BI-TON

  • La mort paisible de Moussa Traoré

    Moussa Traoré a symbolisé et symbolisera sans doute, longtemps encore l’une des périodes les plus sombres de l’histoire contemporaine du Mali et de l’Afrique.

    Il meurt paisiblement au moment où le pays vient de connaître son quatrième coup d’état (après celui que lui-même avait perpétré le 19 novembre 1968, celui qui mît un terme à son régime dictatorial et sanguinaire le 26 mars 1991, et les deux coups d’état (22 mars 2012 et 18 août 2020) qui, en l’espace de huit années attestent clairement l’échec d’un mode de gouvernement fondé, à la fois, sur une corruption abyssale et le mépris total du Peuple Malien.

    Le coup d’état du 19 novembre 1968 intervint lors de la Guerre Froide dans une dynamique globale visant principalement les objectifs suivants :

    1.  faire échec à tous régimes nationalistes apparus aux lendemains des indépendances de 1960 ;
    2.  tuer dans l’œuf les velléites de création d’une économie nationale indépendante destinée à rompre avec la persistance des rapports néocoloniaux maintenant l’Afrique dans une perpétuelle sujétion à l’égard des puissances occidentales ;
    3. empêcher toute valorisation des cultures Nationales prônant l’affirmation de la personnalité et de la dignité des Peuples Africains,
    4. tuer dans l’œuf tout projet visant l’Unité du Continent pour effacer la balkanisation qui avait posé les jalons de la domination impérialiste.

    C’est dire, que les putschistes maliens du 19 novembre 1968 n’étaient que des pantins, marionnettes entre les mains de puissances extracontinentales qui les avaient recrutés et commis pour faire la sale besogne consistant à travailler contre l’Afrique, contre les Peuples Africains.

    De par la profondeur et l’amplitude de ses conséquences, le coup d’état du 19 novembre 1968 a laissé des traces indélébiles perceptibles jusqu’à présent dans notre pays.

    GMT a largement bénéficié de tous les avantages de la démocratie qu’il a dénié au Peuple Malien en déployant une folie sanguinaire débridée (entre janvier et mars 1991).

    Qui ne se souvient de sa promesse blasphématoire de « faire descendre les foudres de l’Enfer sur la tête des Maliens ».

    GMT a été arrêté avec tous les honneurs dûs à un chef d’Etat ; il a bénéficié d’un jugement dans le respect de tous ses droits ; condamné, deux fois, à mort, pour crimes de sang et crimes économiques, il fût placé dans une résidence surveillée cossue à Markala avec droit de visite sans restriction ; gracié ; il lui fût octroyé une résidence d’Etat avec tous les conforts et aménités.

    Il fût même «réhabilité» par IBK, le jour de son investiture, le 04 septembre 2013, qui  lors de ses malheureuses improvisations lui attribua le qualificatif de «Grand Républicain» au grand dam du Peuple Malien qui porte dans sa chair et sa Mémoire les séquelles de 23 années de dictature obscurantiste qui ont défiguré le visage du Mali.

    GMT a rendu l’âme sans demander Pardon au Peuple Malien qui a subi sa férule dictatoriale.

    Il est parti en emportant avec lui les secrets de l’assassinat du Président Modibo Kéïta, le père de l’Indépendance nationale du Mali, cette figure majeure du panafricanisme qui fonda, avec Léopold Sédar Senghor, la première Fédération de l’Afrique indépendante (la Fédération du Mali), contribua fortement à la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) aux côtés de Kwamé Nkrumah, Gamal Abdel Nasser…, apporta un soutien matériel et politique exceptionnel à toutes les luttes de libération nationale en Afrique (Algérie combattante, Afrique du Sud, Mozambique…).

    Le nom de GMT restera indissolublement lié aux heures les plus noires des dictateurs africains et aux pires forfaits de l’impérialisme.

    Avec la disparition, c’est une page particulièrement sombre de l’histoire du Mali qui se tourne définitivement.

    J’ai une pensée émue pour les victimes de son régime, leurs familles et leurs proches.

    Au nom de toutes les victimes des 23 années de répression barbare et arbitraire, j’aimerais adresser mes condoléances à la famille de Moussa Traoré.

    Nous lui Pardonnons.

    Nul ne doit se réjouir du décès d’un individu. GMT a fait ce qu’il a fait et tout le monde reconnaît que c’était mauvais.

    Maintenant, il se trouve devant le Seigneur de Tout l’Univers, devant Lequel, tout être vivant rendra compte, inéluctablement, le Jour du Jugement Dernier.

    Séga DIARRAH

    Président BI-TON

    diarrah.org

  • Mali : Une démocratie vérrouillée (lock off )

    Les transitions démocratiques, connues à travers le monde, s’exécutent sur plusieurs années et prennent des formes diverses selon les conjectures qui les entourent.

    Il peut donc y avoir des facteurs favorisant le succès de la nouvelle transition malienne tout comme il peut en avoir des facteurs qui la ralentissent ou qui la bloquent.

    Ce processus politique qui intervient après la démission du président Ibrahim Boubacar Keita, doit permettre au Mali de reprendre sa place sur l’échiquier mondial et servir de modèle d’application démocratique pour des pays jadis sous les joux présidents élus qui s’érigent en dictateurs.

    Le processus doit aboutir à l’établissement d’un système de gouvernance et d’opérationnalisation aux contours réellement démocratiques, devant bénéficier, inclusivement opposants et fanatiques de l’ancien régime.

    1991 : D’une dictature autoritaire à une démocratie corrompue

    Dans le Mali dirigé par Moussa Traoré, le président occupait un pouvoir avec des prérogatives constitutionnelles c’est-à-dire droit légalement établit  de disposer à sa guise des ressources des choses et de ses sujets.

    Après l’avènement de la démocratie en 1991, certes, l’héritage de Moussa Traoré qui a gouverné pendant 23 ans est à la caricature d’un état défaillant, des institutions dépassées par l’ordre des choses et incapables de redresser la fracture sociale, rétablir la confiance nationale et réveiller la conscience citoyenne afin de pouvoir créer les conditions de sécurité et de stabilité au Mali.

    Dès lors l’inégalité sociale et économique allaient en s’aggravant, le pays sans d’emploi est devenu le plus grand repaire de chômeurs et de mendiants, le système d’éducation, déjà en débandade, est vassalisé par de piètre aventuriers éducateurs, l’appareil judiciaire défaillante qui s’offre au plus fort et/ou payant, et la production nationale s’est délaissé au profit des produits étrangers par des attitudes commerçantes irresponsables d’une classe possédante flibustière.

    Bref un vide institutionnel total s’est installé après le départ de Moussa Traoré en contraste aux aspirations populaires, c’est-à-dire en quête de liberté, de respect de la dignité humaine, de prospérité collective et de bien-être pour tous.

    Au lieu de parvenir à ces aspirations, même dans les mornes et les localités reculées, la déchéance a gagné le terrain du fait que les paysans étaient abandonnés á eux-mêmes.

    Beaucoup d’entre eux se sont afflués à proximité des centres urbains, laissant le travail de la terre pour croupir dans des quartiers périphériques de Bamako sans accès aux services de bases, espérant l’arrivée du mieux-être de l’après 1991.

    Ce Mali, finalement, laissé par le dictateur Moussa Traoré après 23 ans de gouvernance, était, par rapport á d’autres pays dans la région, complètement en retard du point de vue de progrès et de développement. Donc face à tous ces problèmes, l’attente du peuple malien vis-à-vis de la démocratie était grande.

     

    Le concept de transition démocratique et l’utilité de la démocratie

    A priori, c‘est quoi une transition démocratique ? Est-elle applicable dans un pays qui confronte des problèmes sécuritaires, politiques, économiques et sociaux aussi saillants comme celui du Mali d’alors. En d’autres termes quelle est l’utilité de l’établissement d’un système démocratique.

    Transition démocratique

    Généralement, on qualifie transition démocratique tout processus politique dans un pays caractérisé par passage progressif d’un régime non-démocratique à un régime démocratique. Mais qu’est-ce que la démocratie et qu’est-ce qu’un régime démocratique ? Suffit-il de se référer au sens du concept de « démocratie » pour qu’on puisse qualifier la chose ? Certainement pas !

    La démocratie est à mon sens un mode d’organisation politique d’une entité géographique et/ou d’un ensemble social qui garantit la participation des sujets dans la prise de décision politique du mode de vivre-ensemble.

    De ce fait, pour moi la démocratie est une démarche de responsabilisation du citoyen à décider de manière égalitaire et à travers un processus uniforme  de son avenir.

    Cependant, dans cette entreprise il est assujetti à l’effet de halo ou effet de composition, parce qu’il n’est pas à lui seul la voix et ne peut que faire partie que de l’absolu.

    En ce sens, le citoyen, singulier ou pluriel, n’est pas considéré comme mineur par rapport à un système politique qui le considère comme incapable de se décider lui-même rationnellement.

    Mais, il l’est par rapport l’ensemble social qui en fait partie et qui construit la décision. Certes, ici je parle d’une rationalité subjective qui certainement, devra être raffiné à travers la forme institutionnelle d’implémentation de la démocratie participative et/ou représentative.

     Quel que soit sa forme, l’exercice démocratique ne confère pas la légitimité mais la légalité.

    Car, la première se scrute à l’implémentation des aspirations et des qualités que sous-entend l’établissement d’un régime démocratique confortable d’un point de vue d’acceptation par l’ensemble sociale tandis que la deuxième implique le fonctionnement et l’opérationnalisation du pouvoir dans le strict respect des normes établies.

    Sur la base de notre définition de la démocratie qu’est-ce qu’on n’entend pas transition démocratique ? Nathalie Cooren (2005) traitant de ce concept a écrit ce qui suit :

    « La transition démocratique se rapporte à un processus politique du mouvement visé á établir un système politique démocratique. Lancé ou de ci-dessus ou ci-dessous ou d’une combinaison de tous les deux, elle permet la négociation et le compromis parmi différentes forces politiques pour la résolution des conflits sociaux.

    Institutionnalisant les structures et les procédures pluralistes, elle permet à différentes forces politiques de concurrencer pour le pouvoir, régularisant son transfert, et s’engageant dans la transformation fondamentale de la structure politique. Elle s’étale en général sur plusieurs années et des contextes très différents. » (1).

    L’auteur estime que la transition démocratique comprend deux phases :

    La transition politique, qui désigne le « passage d’un régime à un autre » ;

    La consolidation de la démocratie durant laquelle le défi majeur consiste à assurer une évolution relativement stable du processus démocratique engagé dans la transition.

    Je voudrais souligner que la transition démocratique est un processus politique qui permet un passage progressif d’un régime de nature dictatorial à un régime démocratique répondant aux critères de définition du concept de démocratie que j’ai défini plus haut. Je voulais souligner aussi que la transition politique est un élément déterminant de l’existence d’une démocratie mais elle n’est pas la démocratie en soi.

    Utilité d’un système démocratique

    L’utilité d’un système démocratique est fonction des aspirations à l’établissement du système lui-même et de ses qualités pour organiser politique, socialement et économiquement l’ensemble sociale et/ou l’unité géographique. Cette question nous amène à se demander pourquoi un ensemble social doit se laisser diriger si les dirigeants ne peuvent pas œuvrer à leur bien-être collectif et pour reprendre [Abraham Maslow 1970 (2) à la satisfaction de ses besoins fondamentaux c’est-à-dire, les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance et d’amour, les besoins d’estime et le besoin d’accomplissement de soi.

    Donc, l’utilité d’une démocratie est de garantir le mode d’organisation politique qu’elle sous-entend qui permet un bon fonctionnement la structure sociale facilitant la coopération entre les membres d’un ensemble social et/ou d’une unité géographique et leur permettant, sur la base des ingrédients de leur interaction sociale, individuel ou collectif, de poursuivre leur idéal.

    En effet, l’esprit ou l’ambiance démocratique incite à l’engagement responsable dans la chose collective, même si c’est dans la recherche de l’intérêt individuel. La démocratie devrait fournir aux citoyens certaines garanties de son implication dans l’ensemble social, tels que, la transparence des dirigeants dans la gestion de la chose publique ; le pouvoir de contrôle de ses dirigeants, directement ou indirectement, c’est-à-dire de leur demander des comptes ; la mise en place et l’administration de règlementation juste, équitable protégeant les membres de l’ensemble sociale contre les possibles tars des libertés que confèrent la démocratie elle-même ; la confiance la sincérité, la loyauté, la discipline de l’acteur social ; la garantie de l’état de droit ; l’acceptation des différence, le respect mutuel et l’acceptation de la confrontation ; l’exercice de la liberté et des droits du citoyen.

    Que peut-on déduire comme résultat du processus d’instauration de la démocratie au Mali depuis 1991 ?

    • La pratique est-elle congrue avec la définition du concept et de ses garanties induites ?
    • La fracture sociale s’est-elle rétrécie ou s’est-elle élargie davantage ?
    • Ce changement de régime politique qualifié de deuxième indépendance au Mali en 1991 a-t ’il inauguré une ère de bien-être pour le peuple malien, y inclus entre autres, l’avènement de  la confiance entre acteurs politiques, population et décideurs politiques ;
    • la création d’un état de droit garantissant la sécurité, la stabilité du pays et l’égalité de tous devant la loi ; la rationalisation et responsabilisation des institutions ; l’amélioration des conditions de vie de la population ; sortir le pays du cliché d’état voyou comme menace pour la sécurité internationale ?

    Autant de considérations, pour moi, qui peuvent servir de repères pour jauger l’application de la théorie de la démocratie au Mali.

    Quelques éléments responsables de l’échec de transition démocratique au Mali depuis 1991

    Pour mieux comprendre les raisons de l’échec de la transition démocratique au Mali je questionne le processus lui-même et postule ce que devrait être la transition démocratique.

    Tout d’abord je pose cinq questions :

    • Quels étaient les moyens utilisés par les autorités maliennes pour atteindre l’objectif démocratique ?
    • Pouvaient-elles, dans une certaine mesure, répondre à une « rationalité démocratique » ?
    • Existait-t-il une quelconque stratégie de transition démocratique générale applicable à tous les pays ?
    • Les autorités maliennes, avaient-elles, au contraire, procédé selon les exigences et contextes internationaux du moment ?
    • Les moyens disponibilisés étaient-ils adéquats pour faire fonctionner la société malienne selon sa culture et réalité politique, tout en tenant compte, bien entendu, de la valeur des normes et standard démocratiques ?

     

    Quel système d’andragogie de la démocratie a-t ’on institué de 1991 à nos jours au Mali ?

    L’andragogie démocratique suppose une éducation démocratique des citoyens pour l’acquisition des savoir de la pratique démocratique et s’imprégner des valeurs qui s’y sont nécessaires [Greenberg, D. 1992] (3). Je parle de l’andragogie de la démocratie parce que l’apprentissage démocratique s’exerce dans un cadre non-formelle et où il ‘n’y a pas vraiment de relation enseignant / élevé, car c’est une éducation de pairs, ni transfert de savoir unilinéaire.

    Qu’il s’agisse d’activité visant à la socialisation démocratique d’enfants, l’apprentissage se fait en utilisant une pédagogie adaptée aux principes andragogiques. Cette démarche est cependant hors cadre de l’éducation civique enseignée dans un contexte d’obligation d’instruction.

    Dans l’exercice de l’apprentissage des valeurs et de la pratique démocratique la connaissance se bâtit sur la base de l’expérience, les pratiques s’adaptent, et l’enseignant devient un animateur, un facilitateur qui, certes, à la voix égale aux autres participants. Il ne devrait pas se comporter en donneur de leçon de démocratie.

    A-t ’on instituer un système d’apprentissage pour développer la pratique de la démocratie au Mali après 1991 ?

    Combien de chairs a-t-on créé à l’université et à travers les écoles pour inculquer les valeurs de la démocratique, développer les pratiques adapter au contexte malien ?

    Les partis politiques on-t-il développer même un programme d’éducation de ce genre pour leurs membres ?

    Certainement, aucune démarche de systématisation de l’apprentissage de la démocratie n’a été entreprise au Mali.

    Il en est de même pour l’éducation à la citoyenneté et à la responsabilisation civique des jeunes.

    Dans un pays où persiste le complexe des lettrés comme référence, comment pourrions-nous s’attendre à une institutionnalisation au niveau de la société des pratiques démocratiques quand les universitaires eux-mêmes ne sont pas capable de porter l’étendard de la démocratie ?

     Pire y est encore, quand la plupart des députés et des officiels et hauts fonctionnaires ne peuvent pas être des modèles. Dans notre posture de considère la démocratie comme une philosophie, traduit à travers des institutions au titre d’entreprise fournissant le service dit démocratique, qui elles-mêmes devraient être opérationnelles par le biais de ses préposés, on comprend qu’aucun système “knowledge information sharing” (4) n’a pas été mis en place pour assurer une éducation à la démocratie de la clientèle c’est-à-dire l’ensemble social malien.

    A-t-on travaillé à la transformation et au renforcement des institutions démocratiques au Mali?

    Les institutions, suivant le régime politique en vigueur, a une posture. Donc, le changement de régime politique oblige nécessairement une réorientation des institutions afin qu’elle puisse s’adapter au nouveau paradigme politique.

    Ce changement inclut une compréhension du modèle de démocratie qu’on souhaite expérimenter, l’imprégnation institutionnelles des nouveaux symboles du nouveau paradigme qui, normalement, suppose une expérimentation pilote, afin de tirer des leçons et de faire les adaptations nécessaires.

    Le mode de fonctionnement, de gestion et d’acquisition du pouvoir, héritiers du régime de Moussa Traoré n’a pas modifié.  Donc un pacte pour la gestion du pouvoir politique n’a pas été négocié entre les acteurs pour garantir une cohabitation entre les nouveaux belligérants aspirés aux commandes.

    Or, une fois parvenus á la concrétisation d’efforts concertés de gestion du pouvoir, ce serait le cadre d’une continuité, tant pour les forces de sécurité qu’aussi bien pour les gouvernements provisoires que ceux sortant des élections, de manifester la volonté de couper court à la violence, aux assassinats politiques du passé et de tourner la page avec plus de garantie d’une rupture irréversible d’avec les anciennes pratiques d’accession et de gestion du pouvoir politique.

    Cette stabilité politique aurait pour conséquences l’échéance des calendriers électoraux, le respect du renouvèlement constitutionnel et démocratique des élus, et du même coup, la création d’un climat de confiance sécuritaire pour que les investisseurs maliens et étrangers puissent investir au pays et faciliter la création d’emploi durable.

    Mesures de la  nouvelle transition et la consolidation de la démocratie au Mali

    La transition et la consolidation de la démocratie constituent donc deux processus qui évoluent en fonction du choix des principaux acteurs sur la scène politique.

    Ces deux moments s’inscrivent, on l’a vu, dans des contextes différents et induisent, pour les acteurs, des enjeux distincts. Mais ces deux situations sont tout de même intimement liées.

    Réussir cette nouvelle transition démocratique impliquerait la mise en œuvre des pratiques et consignes selon les prérequis du nouvel ordre mondial, qui suppose l’établissement de l’état de droit.

    Afin de construire un état de droit on devait prendre des mesures renforçant les fonctions régaliennes, définir les valeurs fondamentales du système de la démocratie à mettre en place, la restructuration des institutions viables et crédibles et adaptées au contexte et pouvant garantir de bonnes élections.

    En guise de conclusion

    Tout pas vers la concrétisation du rêve d’instauration de la démocratie au Mali passe par un comportement rationnel et réaliste des défenseurs et promoteurs de la démocratie. Il est vrai que le pays a perdu déjà plus de 29  ans dans ce que je considère comme un « errement démocratique. »

    Pour parvenir á une transition démocratique effective au Mali, le pays doit, d’abord, se réconcilier avec lui-même.

    L’un des moyens d’y parvenir c’est d’organiser une conférence nationale souveraine.` Une conférence nationale souveraine pour moi  est celle qu’on peut tenir sans l’influence de tiers de la part du chevalier de l’orient resurgissant, ou du chevalier de l’occident possessif.  C’est à travers cette conférence nationale souveraine qu’on doit faire le deuil des erreurs du régime de Moussa Traoré, ceux de Alpha Oumar Konaré, de Amadou Toumani Touré et de Ibrahim Boubacar Keita.

    Normalement la conférence nationale souveraine devrait précéder d’une série de conférences régionales et locales constituant les cahiers de charge de l’orientation du processus politique démocratique au niveau interne.

    La conférence nationale d’ériger le reste du protocole à suivre pour aboutir aux aspirations démocratiques du peuple malien, tenant compte de l’utilité de l’instauration d’un régime démocratique et des qualités d’une telle pratique comme nous je l’ai indiquée plus haut.

    Séga DIARRAH

    Président BI-TON

    Note de référence :

    (1) Nathalie Cooren – Transition démocratique d’un pays : quelques précisions démocratiques.  Paris 2005;

    (2) Abraham Maslow, Les Besoins de l’Homme, Copyright Jean-Frédéric Berger – 2008, http://www.editions-dadga.com.

    (3) Greenberg, D. (1992), Éducation in America – A View from Sudbury Valley, « Democracy Must be Experienced to be Learned.

    (4) Portis, E. (2003) « Democratic Éducation and Political Participation,  » Paper presented at the annual meeting of the American Political Science Association, Philadelphia Marriott Hotel, Philadelphia, PA.;