• Mali : il faudra bien trouver des solutions…

    sega Diarrah

    sega Diarrah

    La fin de l’année risque de s’annoncer très tendue pour le président Ibrahim Boubacar Keita.

    La fin n’est peut-être plus très loin. Le climat social est très dégradé, et le chef de l’Etat, s’il a pu stabiliser sa situation politique à l’issue de la signature de l’accord politique avec une partie de l’opposition, il n’a pas réussi à remonter la pente et à reprendre l’initiative face aux terroristes.

    Le dialogue national s’annonce très mou, et le président n’arrive pas à prendre la main.  Il multiplie même les erreurs, montrant qu’il n’a pas tiré toutes les leçons de ses déboires.

     

    Une autre erreur du president Keita est de laisser durer la crise sécuritaire au nord du Mali. Depuis la signature de l’accord pour la paix au Mali en 2015, aucun gouvernement n’a élaboré une stratégie cohérente qui mette sur la table sa volonté  noir sur blanc.

    Résultat des courses, la situation est devenue incontrôlable, et le pouvoir est incapable de répondre, faute de positions écrites et donc explicables.

    On en reste aux incantations, quand il faudrait donner des chiffres et délais en réponses aux inquiétudes.

    Il suffit d’un rien pour que le feu prenne.

    Même  les groupes armés de la plateforme, pourtant assez conciliant avec le gouvernement de Bamako, sont vent debout.

    Sans parler de l’armée malienne, qui cumule les défaites sans jamais  enregistrer une vraie victoire sur le terrain.

    Face à cette vague qui monte, le pouvoir en place est dans un état de fragilité réelle.

    Ibrahim Boubacar Keita n’a toujours pas réglé ses problèmes de ressources humaines. Lorsque ses conseillers du débuts sont partis, il a eu beaucoup de difficulté à les remplacer, et les recrutements sont loin d’avoir été tous convaincants.

    Il n’a pas réussi à élargir sa base, et est toujours aussi seul.

    La situation est d’autant plus inquiétante qu’il n’existe plus grand chose pour prendre le relais et exercer effectivement le pouvoir en cas de désastre politique.

    L’opposition politique est totalement incapable de prendre les manettes du pays. Elle  n’a pas assez de cadres compétents pour prendre le contrôle de la machine étatique, et est incapable, du fait de leurs tensions politiques internes, de résister au choc de l’exercice du pouvoir.

    Les fidèles de Mahamoud Dicko et du Cherif de Nioro  sont en lambeaux, et pourraient éventuellement prendre le relais. Mais si c’est pour appliquer une charia douce, je doute que ça prenne dans la population.

    Une solution alternative au sein de la majorité actuelle apparait compliquée à trouver, tellement la personne d’Ibrahim Boubacar Keita est centrale. S’il vient à quitter la scène politique, son parti, dont il est le seul ciment, explose en vol.

     

    Et pourtant, si ça pète en cette fin d’année, il faudra bien trouver des solutions…

    Séga DIARRAH

    Président BI-TON

  • Je suis très inquiet sur la manière dont le pouvoir en place va gérer la sortie du dialogue national inclusif

    sega Diarrah

    sega Diarrah

    Le « dialogue national inclusif », lancé par le chef de l’État pour calmer la colère des maliens, approche de sa fin. Les dernières contributions seront déposées la semaine prochaine, et bientôt, une synthèse arrivera, avec derrière, des propositions de réformes formulées par le chef de l’État, seront annoncées.

    Est-ce que tout cela suffira à répondre aux attentes des maliens ?

    Rien n’est moins sur.

    Et pourtant, l’enjeu est énorme, car si Ibrahim Boubacar Keita n’arrive pas à prendre la main, je ne sais pas où va aller le pays.

    La tâche qui attend le chef de l’État est titanesque, pour ne pas dire quasi impossible.

    Il va devoir extraire des synthèses d’un dialogue qui s’est étalé sur des semaines, avec des réponses nombreuses, et souvent très différentes, tant sur le fond des propositions que sur la qualité de la réflexion, et sur les idéologies qui sous-tendent ces positions.
    L’enjeu, à ce stade, est que les maliens qui ont participé ne se sentent pas trahis par ce qui ressort de la restitution. La pression est forte, car tous les observateurs ont noté une véritable soif des maliens de s’exprimer et de débattre.

    Des échos que j’ai eu de débats et de réunions, c’est que les maliens ont pris l’exercice au sérieux.

     

    C’est rassurant, car cela montre que l’intérêt pour la chose publique et le dialogue de fond existe toujours dans ce pays.

    C’est un premier signal d’alerte pour les élites (notamment politiques et médiatiques), car si le débat démocratique est pauvre, voire affligeant, ce n’était par désintérêt des maliens.

    Cette restitution n’est pas le plus difficile, car au fond, ce n’est pas le pouvoir en place qui va le faire, mais une multitude d’acteurs indépendants et d’experts.

    Je ferais bientôt mon propre traitement, des données, mais aussi des métadonnées, en cherchant dans quelles régions les débats ont pris, quels thèmes étaient privilégiés, et en croisant tout cela avec d’autres données déjà existantes.

    Cela prendra un peu de temps, et on en a pour quelques mois, voire années, pour tirer tous les enseignements de ce dialogue.

    Là où Ibrahim Boubacar Keita est attendu, c’est sur les conséquences qu’il tire de ce dialogue national inclusif, et les réformes qu’il compte mettre en œuvre pour répondre aux attentes des maliens.

    Celles-ci sont fortes, très fortes. Je crains que la demande aille au delà de ce qu’ Ibrahim Boubacar Keita puisse faire, là maintenant, avec les moyens techniques et politiques dont il dispose.

    Les écueils sont multiples.

    Il faut déjà qu’il accepte de prendre certaines décisions attendues.

    Sur des sujets comme l’accord pour la paix et la reconciliation signé à Alger ou la revision de la constitution, ses marges de manœuvres sont faibles.

    Il a déjà dit qu’il ne reculerait pas sur le deuxième sujet, et pour ce qui est du premier, il n’a plus tous les leviers pour agir en solitaire.

    L’attente des maliens d’aujourd’hui  est une volonté de renouvellement profond des élites qui dirigent le pays.

    Les maliens se sont rendu compte après la demission forcée de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga, qu’en fait, ils se sont trompés de cible.
    La politique menée est restée quasiment la même, voire a été pire sur certains aspects. Il faut bien se rendre à l’évidence que le gouvernement Maiga n’était que l’écorce de l’arbre, et que c’est un clan, présent dans la haute administration et les grandes entreprises qui dirige réellement le pays.

    Non seulement ils sont toujours aux manettes, mais je n’ai pas l’impression qu’ils aient envie de les lâcher, ni même qu’ils soient conscients que le peuple va leur demander des comptes.

    « Du pain et des jeux » reste (depuis mars 1991) le contrat implicite entre le peuple et l’élite. Or, le « pain » vient à manquer, au point que le peuple considère que le contrat moral est rompu, que l’élite ne fait pas son boulot.

    En plus de ne pas faire le job, ils prennent soin de se préserver, pendant que les autres tirent la langue.

    Si au moins, tout le monde était dans la dèche, ça serait une consolation.

    Mais même pas !

    Il ne va pas ressortir du dialogue national inclusif des choses très différentes de ce qui a été dit pendant la conférence d’entente nationale.

    Le ton sera un peu plus énervé, mais le fond restera le même.

    Il sera compliqué pour Ibrahim Boubacar Keita de se donner les moyens politiques de mettre en oeuvre un changement de politique.

    C’est compliqué de renouer avec les syndicats, les ONG, la société civile et les jeunes compétents du pays,  après les avoir snobés pendant des années, de se réconcilier avec les médias après les avoir méprisés et baladés.

    C’est encore plus compliqué de changer l’image qui s’est installée dans la tête des maliens d’un « président bourgeois ».

    Quand bien même  Ibrahim Boubacar Keita déciderait de renverser la table, avec qui pourrait-il le faire ?

    Le constat, assez terrible, c’est que le chef de l’Etat est un homme seul.

    Sa majorité est composée de playmobil tout juste capable de se lever le bras en cadence à l’Assemblée.
    Je suis très inquiet sur la manière dont le pouvoir en place va gérer la sortie du dialogue national inclusif. L’écart est immense entre ce que les maliens attendent, et ce qu’Ibrahim Boubacar Keita est en mesure de leur offrir.

    Même s’il est doué, qu’il se démène pour se donner les moyens (en changeant complètement son équipe de conseillers), c’est peut-être au delà de ses forces.

    Le Mali me semble être un peu dans le cas d’un malade du cancer, qui a enfin trouvé un bon médecin, mais trop tard, à un moment où la tumeur n’est plus opérable. J’espère me tromper, mais je pressens que le Mali peut basculer dans les chaos politique dans les mois qui viennent, en particulier si la réponse proposé par Ibrahim Boubacar Keita est jugée « pas à la hauteur » et rejetée par une majorité de la population.

    Si IBK est désavoué, et décide de claquer la porte, je ne sais qui on met à la place…

    Séga DIARRAH Président de BI-TON Mon blog : diarrah.org

  • Mali : existe-t-il un coup d’Etat démocratique?

    Généralement, les putschs sont vus comme l’antithèse d’un processus démocratique, une force politique brutale menée par les armes plutôt que par les urnes.

    Le président Ibrahim Boubacar Keïta déclare que le Mali était en guerre, mais que les Maliens ne devraient pas en déduire la possibilité d’un coup d’Etat militaire.

    « Le Mali, plus que jamais, a besoin de solidarité, a besoin de se resserrer, n’a pas besoin d’élucubrations des nostalgiques du putsch », a-t-il dit dans un enregistrement diffusé par la présidence malienne.

    Selon la loi américaine, souvent contournée, des aides financières ne peuvent être versées aux gouvernements qui s’emparent du pouvoir par la force.  Alors que la mission de l’ONU au Mali MINUSMA est financée par les USA, on peut facilement penser que l’hypothèse d’un coup de force au Mali serait une entreprise périlleuse.

    Cependant, il existe  des cas où des coups d’Etat font avancer la démocratie selon un article publié en  2012 rédigé pour le Harvard International Law Journal, Ozan Varol, actuellement professeur à la faculté de droit Lewis & Clark.

     «coup d’Etat démocratiques».

    Pourquoi des insurrections sanglantes sont parfois considérées comme légitimes tandis que des mouvements initiés par des militaires agissant au nom des citoyens privés de leurs droits ne le seraient pas?

    Varol cite trois études de cas: le coup d’Etat de 1960 en Turquie, au cours de laquelle les militaires ont renversé le Parti démocrate légitimement élu, mais dont la dérive autoritaire inquiétait presse et intellectuels; en 1974 au Portugal, la Révolution des Œillets, initiée par l’armée, qui a renversé l’autoritaire Estado Novo, miné par une économie en décrépitude et une série de guerres impopulaires dans ses colonies africaines; et troisième exemple –intéressant dans ce contexte–, l’éviction d’Hosni Moubarak en 2011.

    Pour Varol, pour être considéré comme démocratique, un putsch doit posséder sept caractéristiques:

    • (1) le coup d’Etat est organisé contre un régime autoritaire ou totalitaire
    • (2) les militaires répondent à une opposition populaire persistante contre ce régime
    • (3) le gouvernement autoritaire ou totalitaire refuse de démissionner en réponse au soulèvement populaire
    • (4) le putsch est organisé par un militaire respecté dans le pays, notamment en raison des liens étroits entre l’armée et la population à cause de la conscription
    • (5) les militaires mettent en scène le coup d’Etat pour renverser le régime autoritaire ou totalitaire
    • (6) l’armée prépare des élections libres et justes dans un court délai
    • (7) le coup se termine avec le transfert du pouvoir à des dirigeants démocratiquement élus.

    Est-ce que ce que un coup d’Etat au Mali  peut rentrer dans ce cadre?

    Si certains critères collent à la réalité du Mali, d’autres restent à voir. Mais cela est plus difficile à juger pour le premier, et le plus important de tous. IBK a été démocratiquement élu il y a tout juste un an. On ne peut donc pas parler d’un régime autoritaire ou totalitaire.

    Admettre l’existence de «coups démocratiques» peut être un système de pensée dangereux, parce que les putschistes décrivent presque toujours ce qu’ils font dans le but de sauvegarder la démocratie alors même que leur pouvoir se renforce.

     

    Séga DIARRAH

    Président BI-TON

    * Joshua Keating

  • Mali : Je suis Inquiet

    La semaine qui vient de s’écouler a été fertile en évènements franchement inquiétants.

    Après l’attaque de deux camps militaires qui a fait moins au 35 morts et plus de  60 portés disparus, c’est maintenant les coopératives de producteurs de cotons qui haussent le ton.

    Je ne vais pas pleurer sur les responsables des organisations paysannes que je soupçonne de complicité avec leur leader incarcéré dans une affaire de détournement d’argent, ils ont de la marge avant d’être dans la misère.

    Mais je dois reconnaitre que leurs opérations ont été rondement menées et efficaces. Une belle démonstration de force, qui indique clairement que l’ensemble de ces secteurs sont mobilisés, organisés, et attendent le gouvernement de pied ferme.

    Pour l’instant, le pouvoir en place n’a pas trop reculé ouvertement, mais on peut penser après  le classement sans suite du dossier « de l’achat de l’avion présidentiel et des armements »  que la grande lutte contre la corruption au Mali est  une montagne qui accouchera d’une souris.

    Ensuite, ce sont les familles des soldats  qui sont entrées dans la danse. Et là, on rigole beaucoup moins.

    Dès le début, elles brûlent des pneus et bloquent les accès au camp para de Djicoroni .

    Normalement, une telle action, c’est exceptionnel et après un long moment de mobilisation. Cela ne se fait d’entrée de jeu. Il semble que ce mouvement soit plus ou moins spontané.

    Si la base dépasse les cadres d’entrée de jeu, c’est inquiétant. Là encore, le president Keita  a annoncé une réaction en réponse à la tragédie de Mondoro, dont on attend de voir ce que cela va donner.

    Si c’est pour « bluffer »  encore le peuple et les militaires comme ce fût le cas après Dioura, cela ne fera qu’envenimer le conflit. Cela laisse présager d’autres actions des familles des militaires, pas réputées pour leur tact.

     

    Quand on écoute un peu les discours des différents segments de la population, on sent des gens à bout (à tort ou à raison, c’est un autre problème).

    Il y a une tension palpable chez les maliens que l’on sent monter, une sorte de désespoir face à ses dirigeants.

    L’opposition, qui apparaissait comme un recours avant 2018, s’est complètement cramée. Quoi qu’en disent certains, Cheick Modibo Diarra  n’est pas non plus une alternative. Il n’est pas en mesure de gouverner et cela se voit. Il ne s’intéresse pas à la vie de la nation.

    On est avec un horizon politique bouché.

    L’offre ne correspond désespérément pas à la demande. C’est de plus en plus criant et cela contribue à la tension et à l’énervement, surtout quand en plus, certains responsables se font prendre la main dans le pot de confiture, à voler, détourner le denier public.

    Je suis inquiet. Très inquiet du décalage entre tout ce qui bouillonne actuellement et le déficit d’attractivité, de radicalité, de stratégie de rupture, qui est celui de notre gouvernement.

    Quant à la crise politique et l’échec prévisible du dialogue politique, pourquoi persister dans l’erreur ?

    Seul un gouvernement politiquement fort, avec un cap clair peut redresser la situation actuelle. Vu l’état de déliquescence du pouvoir en place, la question est de savoir  combien de temps il tiendra encore ?

     

    Séga DIARRAH

    Président BI-TON