• La religion dans la démocratie au Mali

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    Pour moi, la laïcité à la Malienne est à un tournant.

    Le fait majeur depuis quelques années au Mali est le recul de l’Etat laïc, notamment sur les questions de société. Les différents gouvernements Maliens ont abandonné toute prétention à occuper et structurer l’espace public en fonction des principes et préceptes de notre histoire et de la laïcité. Désormais, la lutte entre l’hétéronomie (l’homme dépend de l’invisible) et l’autonomie (l’homme est maître de son destin) est terminée.

    C’est l’hétéronomie qui a gagné. C’est là tout le problème !

     

    Face à son effondrement, l’Etat laïc Malien est obligé de revoir ses prétentions à la baisse, car il s’était construit après son indépendance en développant toute une « religion laïque », nourrie de morale républicaine, de civisme et de sens de l’intérêt général.

     

    Aujourd’hui, tout est remis en cause.

     

    Le Président Modibo Keita avait dessiné plusieurs voies de recomposition du rôle de l’Etat, à mon avis très pertinente. Il avait décelé notre entrée dans l’âge des identités, où on devient plus citoyen en gommant ses particularités, mais au contraire en les accentuant.

     

    La société Malienne est désormais constituée d’une foule d’individus, avec chacun ses différences, et qui somme la collectivité de lui accorder la place et la reconnaissance qu’il estime lui être dus.

     

    D’où cette avalanche de revendications, cette place si prégnante des « Leaders religieux ».

     

    Sur cette base, Modibo Keita nous avait donné véritablement les clés pour comprendre les mutations de notre système politique, bien au-delà de la simple question religieuse.

     

    Je pense que ce recentrage de la vie politique et de la relation actuelle entre les représentants et les représentés, recentrage imposé par la volonté des éléments de la société réelle d’être pris en compte pour ce qu’ils sont est indispensable.

     

    Quant au projet commun des Maliens, il ne fait plus guère figure que d’accessoire démagogique pour campagnes électorales, encore consiste-t-il le plus souvent en un catalogue de promesses, dictées par les clientèles et dont la compatibilité entre elles ne semble être la préoccupation dominante de personne.

     

    D’où le sentiment d’éloignement du pouvoir et de soustraction de ses opérations à la prise, qui accompagne paradoxalement les efforts pathétique de ses occupants pour se tenir au plus près du vœu des citoyen. Ils ont beau faire, multiplier les marques de leur vigilance, de leur présence, de leur sensibilité, ils sont perçus comme étant d’ailleurs, comme incurablement étrangers aux préoccupations de leurs administrés.

     

    Plus les leaders religieux se manifestent et se font entendre dans l’espace public, plus le personnel dirigeant lui témoigne de sollicitude et de considération, et moins ils se rencontrent en profondeur.

     

    Et ce ne sont là que quelques échantillons de ce que nous vivons aujourd’hui.

     

    Séga DIARRAH

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    A Lire Aussi

    Dans cette vidéo, je vous explique  le poids de des transformations et le mouvement de réforme interne de l’islam au Mali.

    Mes sources :

    • Coran, sourate « Le Très Haut » (sura’t AlAla ), 87.
    • Dans le contexte malien, la tendance sunni définit la part des musulmans qui font de la tradition prophétique (sunna ) la base de leur réinvestissement de la foi ou de la réislamisation. Contrairement au contexte arabe, le sunnisme au Mali ne se définit pas spécifiquement par opposition au chiisme (qui est très minoritaire : près de 98 % des musulmans maliens sont sunnites, de rite malékite), mais bel et bien par rapport aux traditions confrériques qu’il rejette.
    • L’UCM, fondée à Dakar dans les années 1940, eut des antennes dans les principaux foyers réformistes de l’Afrique occidentale française (AOF). Au Mali, elle fut dissoute par Modibo Keita à son arrivée au pouvoir.
    • Entre 1980 et 1990, le taux de scolarisation dans l’enseignement public malien ne cesse de diminuer : s’élevant à 30 % en 1980, il n’atteint plus que 21 % en 1996. En 2008, la proportion des enfants fréquentant l’école primaire a nettement augmenté, passant à 61 %.
    • En 1981, les médersas accueillent 36,62 % des enfants en âge de suivre l’école primaire, et en 1987, entre un quart et un tiers des élèves (L. Brenner, op. cit. [2]). Entre 2002 et 2009, le nombre des médersas est passé de 840 à 1 631. Entre 2001 et 2009, le nombre d’enfants inscrits en premier cycle en médersas passe de 121 657 à 240 579. En 2009, 60 % des enfants du premier cycle étaient scolarisés en école publique, 18 % dans les écoles communautaires, 12 % dans les médersas, enfin 10 % dans les écoles privées non confessionnelles (ministère de l’Éducation de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales du Mali, Annuaire national des statistiques scolaires de l’enseignement fondamental 2002-2003 et 2008-2009, Gouvernement du Mali ).
    • Ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle/ministère de l’Éducation de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales/ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Programme d’investissement pour le secteur d’Éducation. Descriptif de la troisième phase (PISE III), mars 2010.

     

  • (Live Vidéo) en Bambara : Sexualité juvénile sous contrôle dans les écoles Maliennes (de 1960 à nos jours)‪

    Tout au long des années 1960-1970, la question de la sexualité juvénile en milieu scolaire n’a cessé d’interpeller et d’inquiéter les autorités politiques.

    Le poids accordé à ce sujet était intimement lié à la place dévolue à la jeunesse scolarisée, à son encadrement et à sa formation tant morale qu’intellectuelle, dans le cadre de la construction nationale malienne.

  • Hommage à Seydou Badian Kouyaté !

    Tout homme a ses mystères et ses contradictions, ceux de Seydou Badian Kouyaté s’articulent autour de la cohabitation d’une vision traditionnelle de la société Malienne avec un tempérament visionnaire, qui en faisait un des esprits aigus de son temps.

    Il a signé une des œuvres les plus profondes de notre époque, dans une langue constamment limpide.

    Seydou Badian Kouyaté est l’un des pères de l’indépendance du Mali. C’est un homme politique avant tout et il a  été ministre dans le gouvernement de Modibo Keita (premier président de la jeune république du Mali).

    Seydou Badian Kouyaté était le ministre de l’Économie rurale et du Plan, puis ministre du Développement.

    A la suite du coup d’État mené par Moussa Traoré en 1968, il connaitra la prison de  Kidal. A sa libération, il s’exila au Sénégal pendant la dictature militaire au Mali.

    C’est lui qui est le compositeur de l’Hymne national du Mali. Après il a écrit des romans. Son roman à succès est Sous l’Orange étudié dans la plupart des pays francophone d’Afrique.

     

    Nous sommes nombreux à avoir l’impression d’avoir perdu un être proche. Pour ma part, et malgré son grand âge, il m’a fallu sa mort pour que je prenne conscience que j’avais toujours pensé le rencontrer un jour. Le contraire me semblait inconcevable.

     

    On a toujours connu Seydou Badian Kouyaté plein d’énergie et de dynamisme ; c’était aussi un homme de conviction qui critiquait les tenants de la realpolitik et défendait les libertés et les Droits de l’homme.

     

    On pouvait contester certaines de ses prises de position, et, peut-être, la vigueur avec laquelle il les exprimait parfois. Mais aucun observateur sérieux ne remettait en cause son intégrité et sa grande rigueur intellectuelle.

    Il manquera à la géopolitique Malienne.

    Séga DIARRAH

    (c) diarrah.org

  • Le Jeune Malien

     

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    le chômage, le coût de la connexion internet, le prix de l’i Phone Xr, rien ne va dans le monde que nos « parents » nous laissent.

    Ou plutôt qu’ils ne sont pas près de nous laisser, c’est bien l’une des données du problème. Si les jeunes Maliens sont vieux, c’est parce que les vieux sont jeunes .

     

    Quand la vieillesse arrive à 80 ans, la jeunesse peut bien se poursuivre jusqu’à 40 ans.

     

    Et comme elle commence aussi de plus en plus tôt, le résultat, c’est que la jeunesse dure longtemps.

    Résultat : l’avenir, pour un trentenaire d’aujourd’hui à Bamako, pourrait se résumer à une longue attente : des années à piétiner au seuil du marché du travail, autant à patienter pour que des places se libèrent. Et à supposer que les emplois libérés n’aient pas été accordés à un « bras long ».

     

     Bon, ma génération est sacrifiée même si  on ne nous envoie pas dans les tranchées.

     

    De plus, nous ne sommes pas les premiers. Nous avons tendance à oublier que nos parents en ont déjà pas mal bavé pendant la dictature de Moussa Traoré. La génération vernie, c’est évidemment celle de nos grands-parents.

     

    On a dit beaucoup de mal de cette génération de 1991, et on a eu raison.  égoïstes, hédonistes, pharisiens, les bénéficiaires de la révolution de 1991  ont profité de leur supériorité numérique pour imposer leur tempo, leurs idées et leurs priorités au reste de la société. 

    Comme si leur agenda caché avait été : Du futur faisons table rase !

     

    C’est ainsi, de nos jours, les jeunes de ma génération, ça ne rigole pas. On vous dit qu’il n’y a pas de quoi rire. Nous n’avons pas non plus de hauts faits d’armes à faire valoir : ni Résistance, ni barricades, pas même un président renversé.

    En politique, nos parents auront offert au Mali une occupation internationale du nord, le terrorisme, l’immigration, en prime, le grand frisson du désespoir.

    Si une génération se définit par un événement fondateur, on comprend que la mienne a du mal à se trouver un petit nom.

    Le jeune Malien d’aujourd’hui, donc, a d’excellentes raisons de se plaindre. Il ne s’en prive pas.

    Il suffit de lire les réseaux sociaux du pays pour s’en rendre compte. Il se sent méprisé, discriminé.

     

    Les politiques ont beau jurer, la main sur le cœur, que la jeunesse est leur priorité, nous continuons à nous trouver  mal-aimé. De ce point de vue, il est d’ailleurs parfaitement intégré. Interrogez n’importe quelle catégorie de la population Malienne, les riches, les pauvres, les femmes etc. elle vous dira la même chose. En ce sens, nous sommes  des ayants droit comme les autres, un créancier à qui la collectivité ou son voisin ne donnent pas ce qui lui revient. Et le pire, répétons-le, c’est que c’est souvent vrai.

     

    Heureusement, le jeune Malien n’est pas toujours logique. 

     

    Il pense que les politiques sont corrompus mais il n’a pas la moindre envie de faire la révolution, quelles que soient les illusions de beaucoup de journalistes et autres spécialistes qui aimeraient bien vivre ou revivre le grand frisson à travers leur progéniture.

     

    Au-delà des proclamations sur les réseaux sociaux qui ne mangent pas de pain, on ne voit pas bien au nom de quelles idées les jeunes Maliens feraient la révolution. Ils ne rêvent pas d’avenir radieux, juste d’un futur convenable. Peut-être se disent-ils qu’à la différence de leurs glorieux aînés, il ne leur servirait pas à grand-chose de passer par la case « Changer le monde » pour espérer, au bout du compte, y faire leur trou, dans ce monde, à défaut d’une véritable place au soleil.

     

    Ils sont prêts à bosser d’arrache-pied pour y arriver. Avoir un boulot, se marier, faire des enfants, acheter une maison, rouler dans une voiture de luxe: leurs ambitions auraient fait ricaner les heureux contestataires de mars 1991 – qui ont fini par réaliser exactement les mêmes, souvent plusieurs fois s’agissant des villas, des voitures de luxes et des mariages. Le jeune Malien, lui, sait trop bien que, sous les pavés, il y a les pavés. Il est devenu réaliste, il se contenterait du possible.

    En attendant, le spectacle d’adultes répétant sur tous les tons que, décidément, c’est trop dur d’être jeune au Mali tout en déployant une énergie considérable pour le rester est pour le moins paradoxal.

    Flatter la tentation victimaire des jeunes Maliens n’est peut-être pas le meilleur service qu’on puisse leur rendre.

     

    Après tout, on ne meurt pas de jeunesse. Qu’ils se rassurent, ça finit toujours par passer.

     

    Séga DIARRAH,

    Un jeune Malien de 36 ans

    http://diarrah.com