• Mali : prolongation du mandat des députés et dialogue politique « inclusif »

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    Pour la deuxième fois, l’assemblée nationale du Mali vient de  prolonger le Mali des députés jusqu’en 2020 afin d’accelerer la mise en oeuvre de l’accord de paix d’Alger à travers la modification de la constitution.

    Cependant avec la prolongation du mandat des députés, on rénonce au contrôle des élus.
    A defaut de la legitimité du suffrage direct, l’action parlementaire au Mali risque de devenir un jouet entre les mains de l’autorité centrale.

    Depuis 2 ans, je commence vraiment à désespérer de l’état de l’Assemblée nationale du Mali.

    Ce lieu de pouvoir n’est plus qu’un théâtre d’ombres, qui ne décide plus de rien, et regarde passer les lois, sans avoir la moindre prise.

     

    Depuis bientôt 6 ans, je vois assez peu (pour ne pas dire aucun de moments où les députés ont réussi à infléchir concrètement une ligne politique, ou un texte de loi.

     

    Certes, il y a parfois quelques ajouts ou reculs, mais bien souvent, ils ont été concédés par le gouvernement, pour donner quelques satisfactions aux députés de la majorité.

    Jamais le groupe majoritaire n’a réellement réussi à tordre le bras du gouvernement, en lui faisant retirer un texte ou une mesure emblématique.

     

    Même sur le premier projet de révision de la constitution de 1992, celui qui a suscité la plus grosse bronca dans la majorité, le texte qui est sorti était globalement celui du gouvernement, dans sa philosophie, avec toutes les mesures clés qu’il demandait.

     

    Cette situation était déjà largement existante avant 2013, mais moins, car les députés avaient du métier, et le gouvernement était davantage obligé de tenir compte du groupe majoritaire.

     

    Je ne remets pas en cause la bonne volonté de nos députés, ils veulent bien faire et y passent beaucoup de temps.

     

    Mais ils se perdent dans des détails insignifiants et concentrent leur énergie dans des procédures et des combats perdus d’avance.  En témoigne la dernière sortie du député Diarra sur la fabrication d’un drone au mali après avoir interpellé le ministre de la sécurité sur l’utilité de la MINUSMA au Mali.

    Le gouvernement est encore rarement battu par sa propre majorité. C’est la même chose pour les rapports des missions d’information et d’évaluation, personne ou presque ne les lit, sauf comme ressource documentaire. Et leur capacité à infléchir la politique du gouvernement (de la haute administration, devrait-on plutôt dire) est nulle.

    A cette absence d’efficacité, s’ajoute un problème de legitimité qui va croissant avec les différentes prorogations de mandats.  De plus en plus de jeunes au Mali et sur les réseaux sociaux prennent acte de l’échec de leurs représentants à faire leur travail, et demandent à réintroduire les citoyens dans le dispositif de décision politique.

    L’existence d’un Parlement est pourtant utile, mais nécessite, au Mali, une réforme très profonde. Autre chose que des bricoles cosmétiques.

    Le sujet n’est plus de « proroger » le mandat du Parlementaire, mais de le revoir de fond en comble. Dans notre système politique dominé par l’exécutif, le premier rôle du pouvoir législatif est de contraindre le gouvernement à dévoiler ses intentions.

    C’est d’abord par l’existence même d’une procédure parlementaire, qui oblige à publier des documents, en laissant des délais entre la présentation et l’adoption (sous peine d’invalidation juridique de la décision).

    Cela permet à ceux qui sont intéressés par le sujet de l’étudier, le disséquer, le commenter et d’amender les propositions qui sont sur la table.

    Le pouvoir de voter, et donc de valider juridiquement le texte, est juste un outil pour obliger le gouvernement à répondre aux questions des députés, qui peuvent pour cela utiliser diverses ressources, à commencer par la publicité qu’ils sont capables de donner aux débats.

     

    C’est particulièrement vrai pour le budget, où la marge de manœuvre des députés pour faire bouger les lignes est inexistante.

     

    Le second rôle du Parlement est d’être le relai des débats et questionnements qui remontent du terrain.

     

    Les députés Maliens ne sont pas équipés pour décrypter les projets de loi, et encore moins pour rédiger des amendements. C’est un travail de haute technicité, et ce n’est pas avec leurs assistants (qui doivent tout gérer) qu’un député peut individuellement agir.

    Il faut en finir avec ce mythe politique du député omniscient et omnipotent, sur lequel l’ensemble de la procédure parlementaire est bâtie, et enfin donner aux groupes politiques des moyens conséquents d’agir.

     

    Des moyens techniques et humains, bien évidemment, mais également politiques, afin d’empêcher cet éparpillement des initiatives individuelles.

     

    Au Mali nous avons un fétichisme de la séance publique, qui veut que tout soit concentré sur le débat en hémicycle, alpha et oméga de la procédure d’élaboration de la loi et en direct sur l’ORTM. Il faut absolument déconstruire cette vision du travail d’assemblée, et abattre quelque bêliers blancs au passage.

     

    Un bon débat, éclairé, passe par plusieurs étapes différentes (et pas une répétition comme on le voit, avec la commission et la séance publique, qui font doublon) avec des phases écrites et orales, et surtout, une prévisibilité du déroulement, qui permet à chacun de s’organiser.

     

    C’est en partant de cette double fonction, obliger le gouvernement à se dévoiler, et porter la parole des parties prenantes, qu’il faut envisager la réforme de l’Assemblée nationale.

    Le Parlement n’est pas le lieu de la décision politique.

     

    Il va falloir que les députés se mettent cela dans la tête, et arrêtent d’essayer de tout régenter dans les moindre détails.

    En revanche, l’Assemblée est l’un des lieux, sinon le lieu, où se construit la légitimité politique de la décision, et très accessoirement, sa validation juridique.

    Cela passe par le débat, l’écoute de tous les arguments et objections, y compris quand cela gêne la majorité.

    Vu que le gouvernement dispose d’une majorité, le texte passera, le sujet n’est donc pas là, mais de savoir si la loi sera « bien votée » ou sortira en charpie, et donc peu légitime aux yeux des citoyens.

    Le travail des députés n’est donc pas donc d’écrire la loi (encore un mythe auquel il faut tordre le cou) ni de participer à l’amélioration des politiques publiques. Tout cela, le gouvernement s’en charge depuis fort longtemps.

    L’urgence démocratique du moment dans le cadre du dialogue politique  est d’élargir au maximum l’espace d’élaboration ouverte de la décision publique.

    Faire en sorte que la partie « émergée » soit la plus longue possible, par rapport à la phase sous-marine, des cabinets ministériels et de bureaux des administrations centrales.

     

    Faire en sorte également qu’un maximum d’éléments soient mis sur la table (en temps utile) en allant chercher l’information et en la publiant.

    Les Maliens  s’intéressent à la politique et ont envie de participer.

    Le dialogue politique est donc, avant tout, de fixer le principe que dans une bonne démocratie, la décision politique doit être publique et associant le maximum d’acteurs.

    Une fois cela établi, les modalités techniques ne seront qu’un détail sans grande importance.

    Tout l’inverse de ce qui a été fait jusqu’ici.

     

    Séga DIARRAH

    Président de BI-TON

    Mon Blog : diarrah.org

  • Mali : La politique a repris son cours ordinaire

    diarrah.com

    Les politiciens Maliens ont une capacité fabuleuse à se remettre rapidement la tête dans le sable.

    Pourtant, l’exaspération de la crise inter-ethnique dans le centre du pays  aurait dû servir d’avertissement.

    Certains, comme Modibo Sidibé semblent avoir pris conscience qu’il y a un problème de fond qu’il faut traiter. Mais il semble bien seul, pour le reste, la vie politique a repris son cours normal.

    Alors que le massacre de villages entiers continue dans le centre du Mali, celui de Ogossagou (au moins 160 morts) et de Heremakono (11 morts) posent de réelles questions.

    La classe politique s’écharpe sur le partage du pouvoir à travers un accord politique. C’est totalement affligeant, et en même temps tellement représentatif de ce qui ne va pas au Mali.

    La mesure proposée par l’ancien gouvernement de dissoudre la milice d’autodéfense Dan Na Ambassagou est purement symbolique, tout le monde en est conscient. Ce n’est pas le risque d’être déchus de leur récépissé qui va empêcher les milices d’agir, bien au contraire, ce serait presque une médaille qu’on leur donne. Le pire, c’est queDan Na Ambassagou n’a même pas d’existence juridique. Ce qu’a proposé le gouvernement, c’est juste de donner une portée symbolique plus grande en parlant de cette milice en conseil des ministres.

    La mesure visait clairement à satisfaire l’électorat Peulh, pour qui le débat essentiel est celui de la communauté nationale, et de ses limites.

    La dissolution d’une milice  d’autodéfense  est certes intéressante, mais totalement hors sujet dans le cadre  d’une guerre tribale associée au terrorisme et à l’absence totale des forces armées Maliennes pour protéger les communautés et leurs biens .

    Elle est même contre-productive, car elle focalise l’attention sur Dana amassagou et les chasseurs, au lieu de travailler sur la vraie question à savoir  « comment a-t-on pu en arriver à ce que des citoyens ayant vécus ensemble depuis des années s’affrontent aujourd’hui  dans une guerre ethnique ? »

    On peut prendre toutes les lois sécuritaires qu’on veut, tenter de rassurer le bon peuple Malien par des mesures symboliques, si on n’attaque pas le mal à la racine, ça ne servira pas à grand chose.

     

    Je crains malheureusement qu’on ne s’en aperçoive qu’au prochain village brulé, dans quelques mois ou quelques jours. Il faudra bien, à ce moment, admettre que la dissolution de Dana amassagou  ne peut  pas être la seule réponse à la crise au centre du Mali.

    Le diagnostic est pourtant posé depuis longtemps, et excellemment bien sur mon blog diarrah.org et sur maliactu.net

    À partir des années 1990, des changements importants apparaissent au centre du Mali. L’État, à travers une politique d’autosuffisance alimentaire, de décentralisation et de développement rural, a favorisé des investissements, étrangers et nationaux, privés et publics  dont les actions bouleversent les usages et les maîtrises foncières . La redistribution spatiale opérée également par les Petits Périmètres Irrigués Villageois (PPIV) et leurs Sociétés Coopératives de Gestion, la gestion des espaces et des ressources par les communes rurales de la décentralisation, l’ouverture de l’agriculture à une économie marchande, engendrent de nouvelles recompositions territoriales et rendent complexe la gestion des ressources naturelles renouvelables. Or, nous sommes ici dans une des régions sahéliennes les plus touchées par les interactions intenses entre les multiples usages des différents espaces-ressources .

    Avec les réformes de la décentralisation de 1991, le gouvernement recourt largement à une « légitimité communautaire » pour fonder de nouveaux pouvoirs locaux.

    La conception de la réforme se fait sous l’angle d’une re-traditionalisation des rapports locaux, d’une union entre le droit « coutumier » et le droit dit « moderne ».

    Ainsi, les groupes de villages sont constitués en communautés territoriales (création de communes rurales) avec la gestion des territoires communaux par les maires et les conseillers communaux élus.

    Les pouvoirs politiques qui se sont succédé ont entraîné une pluralité de droits sur le même espace (droit dit moderne et celui dit coutumier). Le partage de l’espace s’impose entre acteurs locaux et entre différents niveaux d’organisation territoriale (Région-Cercles-Communes-villages), ainsi que la gestion par les chefs « coutumiers » et les élus communaux.

    Si pour l’État malien le centre du Mali se situe administrativement sur trois régions divisées en Communes et en Cercles, pour les individus le territoire est en permanente recomposition en fonction de la dynamique de l’eau.

    Le centre du Mali n’est pas une simple juxtaposition d’espaces agricoles et pastoraux mais une alternance de ces espaces, synchroniquement ou diachroniquement en fonction de la fluctuation de l’eau. Et, en fonction des besoins, des activités, chaque groupe social et chaque utilisateur de la diversité possèdent sa logique de construction territoriale.

    La territorialité de l’État est fondée sur des espaces hiérarchiques (Communes – Cercles – Régions),aucune collectivité ne [pouvant] exercer de tutelle sur une autre collectivité. (Loi n° 93 février 1993 et Loi n° 96 octobre 1996 déterminant les conditions de la libre administration des collectivités territoriales)

    Or au centre du Mali, l’espace est sous-tendu par un soubassement social profond qui détermine les règles d’usage et d’accès à l’espace et aux ressources.

    Par exemple l’autorisation d’accès aux pâturages de Kotaka est donnée par le maître des pâturages basé à Ouro-Nema. Nous sommes en présence de deux villages, n’appartenant pas à la même commune 

    En introduisant d’autres niveaux d’organisation spatiale, l’État malien a entraîné l’émergence de nouveaux acteurs dans la gestion des ressources naturelles renouvelables ainsi qu’une division dans la cohérence socio-spatiale des territoires agro-pastoraux.

    À la suite de ces bouleversements territoriaux, d’autres facteurs conjugués vont profondément perturber l’organisation socio-économique et territoriale de ces villages.

    La priorité des politiques devrait être de faire prendre conscience de cette question brulante aux Maliens, et de susciter un vaste élan pour en sortir.

    Ce n’est pas seulement une question d’argent (il en faut beaucoup, d’accord) mais aussi une mobilisation de tous.  Cela implique tout le monde, par un changement d’état d’esprit visant à ouvrir.

     

    Malheureusement, le débat actuel sur le dialogue national va dans le sens exactement inverse. Non seulement on refuse de voir la source du problème, mais on rajoute de la stigmatisation symbolique pour exclure encore davantage ces populations qui sont déjà largement mises à l’écart.

     

    Ce que j’attend d’une classe politique responsable, c’est qu’elle cesse d’être à recherche perpétuelle de ressources financières qui la mène dans le mur.

    J’attends à l’inverse que les politiciens posent un diagnostic des causes profondes et fixent un cap, même si cela prend l’électorat à rebrousse-poil dans un premier temps.

     

    Le Mali  crève de l’absence de courage de ses élites, qui n’osent plus jouer leur rôle. Je suis, encore un peu plus, persuadé que je n’ai absolument rien à attendre des personnes qui sont au pouvoir au Mali…

  • Mali : Qui va encore avoir envie de faire de la politique ?

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    La vie politique Malienne est dure, on le sait depuis toujours.

    Mais jusqu’ici, on trouvait encore des candidats de niveau à peu près convenable pour occuper les postes de ministres et d’élus. Certes, le niveau avait baissé, imperceptiblement, certaines classes sociales délaissant les fonctions politiques préférant faire des affaires ou partir travailler à l’étranger.

    On s’est donc retrouvés avec des apparatchiks politiques, qui avaient au moins le mérite d’avoir du métier et de connaitre leurs dossiers de fond, par l’exercice de mandats locaux.

    Les élections de 2018 et le revirement d’une partie de l’opposition vers la majorité présidentielle ont fait passer par dessus bord une partie de cette classe politique, au profit d’une « nouveauté » censée apporter la fraicheur.

    Aujourd’hui, se pose clairement l’enjeu du recrutement. Quand on voit comment les choses se passent, qui a franchement envie de devenir député, ministre ou même élu local.

    Il existe un véritable malaise politique au Mali, avec une fracture béante entre une classe politique  complice et vieillissante et une jeunesse d’en bas silencieuse.

    Les deux monde n’arrivent plus à communiquer et à se faire confiance.

    L’outil démocratique Malien est profondément abimé : une couche de la population est tellement en décalage culturel, qu’elle n’arrive plus à se saisir des outils existants (formatés par et pour les « éduqués ») et à participer au débat public. la preuve, toute la crise politique des dernières années avait pour seule objectif de permettre un partage de pouvoir entre le président Keita et une partie de l’opposition politique, affamée et sans réel emploi.

    A cela, s’ajoute une pression de plus en plus forte de la communauté internationale pesant sur le gouvernement, sommé de réviser la constitution du pays pour planter les germes de sa dislocation.

    J’approuve pleinement la mise en oeuvre de l’accord de paix signé en 2015. Mais il faut reconnaitre que le désarmement et la démobilisation des groupes rebelles sont des préalables à toute réforme institutionnelle.

    La demande de la population Malienne serait d’avoir pour élus et ministres, des saints, qui exercent bénévolement, en sacrifiant toute carrière, pour eux, et pour leurs proches.

    Quand aux accusations, elles sont parfois lancées à l’emporte-pièce, et tournent au quasi lynchage, où la personne mis en cause est inaudible quoi qu’elle puisse dire. Un exemple nous est offert en ce moment, avec l’achat des humidificateurs par le ministère de la justice.

    C’est l’exemple parfait du mauvais procès (alors même qu’en regardant un peu à coté, on peut trouver plus gênant).

     

    Avec une situation politique compliquée ou personne n’est digne de confiance, un poste exposé qui oblige à des sacrifices financiers et/ou de carrière, pour soi, mais aussi son conjoint et éventuellement ses enfants, pour finalement bien peut de pouvoir, qui va se présenter aux prochaines législatives ou municipales ? Certainement pas moi !

     

    On va donc se retrouver avec le dessous du panier, des malhonnêtes, des opportunistes, des demi-fous et des narcissiques, ou des incapables qui n’ont aucun souci de l’intérêt public. Perspective peu réjouissante, mais malheureusement la plus probable, si les choses ne changent pas.

    On le voit, le système est à bout de souffle, et n’est plus réparable. On le savait déjà en 2018, et certains ont pu espérer que Soumeylou Boubeye Maiga serait capable d’apporter des solutions. Il nous a fait descendre d’une marche de plus. On avait de l’eau jusqu’aux épaules, on en a désormais jusqu’au cou. Maintenant nous avons Boubou Cissé.

    Au Mali c’est un changement systémique qu’il faut pour sauver notre système politique et notre démocratie.

    Cela demande que tous y prennent leur part et s’impliquent concrètement, apprennent ou réapprennent à écouter et respecter les autres, afin de combler les fractures béantes de la société Malienne, qui avant d’être idéologiques, sont d’abord culturelles et « de classe ».

    Il y a du boulot…

    mais on ne s’en sortira que comme cela.

    Séga DIARRAH

    Président de BI-TON

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  • Il l’a fait : Le président Keita a dit les mots « concertation nationale et inclusive »

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    Mardi 16 avril 2019 au soir, dans un moment d’égarement dont je suis hélas coutumier, je regarde en direct le discours du Président Ibrahim Boubacar Keita en direct sur l’ORTM.

    En tout cas, j’essaie. Résultat : Je tiens du début jusqu’à la fin et sans coupure d’électricité.

    Le discours de IBK me rappelle le film « the king’s speech ».
    Grâce à ce film « Le discours d’un roi », nous connaissons depuis Bamako les efforts héroïques et émouvants du roi d’Angleterre Georges VI pour surmonter son handicap oratoire et réussir à prononcer le discours que son peuple et l’Histoire attendaient de lui.

    Ce fut en effet un discours de Roi, un discours à la hauteur de la fonction symbolique occupée par son émetteur. Nous venons d’assister chez nous à une performance du même genre.

    Nous savons que le Président Ibrahim Boubacar Keita, en dépit des cours de latin de la Sorbonne dans lesquels il a été sans doute magistralement formé, était affecté d’un handicap de profération.

    Il ne parvenait pas à articuler les quelques syllabes de « con-certation Na-tionale ».
    IL contournait cette difficulté en parlant d’un Mali qui avance.

     

    Une maladie très curable :

    Et bien dans son tout dernier discours d’hier soir, prononcé à l’oreille tendue par l’ensemble du peuple Malien, Ibrahim Boubacar Keita vient de prouver qu’il avait surmonté son handicap.

    Sans effort apparent, il a prononcé les mots qui ne passaient pas, les mots « concertation nationale et inclusive ».

    Je l’ai trouvé sincère quand il a parlé de « la concrétisation des espérances de nos martyrs » même si, il souhaite associer le dictateur Moussa Traoré à cette démarche.

     

    Applaudissons d’autant plus qu’on pouvait deviner une certaine jubilation intérieure à répéter les mots redoutés.

     

    «l’idée d’un cadre de dialogue plus vaste, plus représentatif, plus inclusif, fait son chemin et emporte mon adhésion. Le projet aura pour but d’évaluer les forces et les faiblesses de notre démocratie, de notre vécu institutionnel d’une part, et de cerner d’autre part, les opportunités et les menaces du chemin ».

    Sa langue n’a pas fourché. Les mots « dialogue plus vaste, plus représentatif, plus inclusif» ont acquis droit de cité.

     

    Qu’attendre de mieux du discours d’un président ?

     

    Et un IBK des beaux jours de clore cette séquence émotion en rappelant de quel Etat il était le président :

    « Notre pays à la chance de bénéficier de la présence de veilleurs vigilants, impliqués et inlassables. Grâce à eux, nous sommes parvenus jusqu’ici à éviter que les comportements extrêmes ne balaient la pondération bien connue de notre peuple.

    Il nous faut donc écouter et amplifier les voix qui nous appellent à la raison et surtout à l’unité.

    C’est ensemble que nous nous préservons, c’est ensemble que nous nous sauverons.

    Evitons donc d’allumer de nouveaux brasiers en dispersant les braises de la discorde et de l’intransigeance. Ainsi que nous y invite l’hymne national de notre cher pays, Pour le salut public, forgeons le bien commun »

    Séga DIARRAH

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