• Le Mali de Moussa Traoré et la mort du président Modibo Keita

    Dans cette vidéo, j’ai essayé de comprendre les incohérences dans la vidéo de Moussa Traoré relative aux circonstances du décès du guide Modibo Keita, père de l’indépendance du Mali

    La vidéo en intégralité est disponible ici  https://bit.ly/2lTHnCl

     

    Qui a tué le président Modibo Keita ? et Cabral? qui étaient les autres victimes de Moussa Traoré ? et la situation économique du Mali ?

  • Mali : Penser et construire l’après IBK

    diarrah.com

    Les papiers fleurissent de partout à l’occasion de la première année du deuxième mandat d’Ibrahim Boubacar Keita.

    Des portraits, parfois intéressants, posent bien le personnage et certains constats. L’homme est un adepte du pouvoir personnel : il dirige et tranche seul, s’appuyant sur son cercle familial.

    Au bout d’un an de son deuxième mandat, il a un bilan conséquent, même s’il est assez contrasté. Tout cela est abondamment décrit, mais comme toujours, on reste sur sa faim dès que l’on cherche à aller un peu plus loin que la simple description de la réalité politique visible.

    Il est évident que IBK est en train de mettre fin au système hérité de mars 1991 . La première phase est celle de la démolition et de la mise au placard de l’opposition. Depuis un an, le chef de l’Etat a donné de sérieux coups de boutoirs aux partis du FSD. Du moins à certains d’entre eux. Non seulement ils ne sont plus écoutés par l’opinion nationale, mais en plus, il sape leurs bases.

    L’octroi des postes ministériels à des partis d’opposition vise à fragiliser encore plus les petites structures, tout en maintenant l’isolement des partis solides, qui ont plus de mal à trouver des alliés.

    Il suffit qu’ IBK achève le travail (bien entamé) de démolition du FSD, pour se retrouver en position centrale.

    La deuxième phase sera la construction d’une nouvelle « matrice » politique.

    On glose beaucoup sur le retour des religieux,  un concept qui n’a pas pour l’instant beaucoup de contenu. Il ne faut pas croire que cela restera toujours ainsi, les leaders religieux  ont une pensée beaucoup plus structurée qu’on le pense, et ils les distillent régulièrement au gré de leurs prises de paroles diverses et variées.

    Il y aurait tout un travail à faire sur le corpus de ses prises de parole depuis un an, pour analyser leurs prises de position, en particulier sur le plan des idées et des racines philosophiques et idéologiques.

    Le matériau est là, mais il est parfois compliqué, à partir de l’amas de briques, de s’imaginer comment pourrait être la maison.

    L’enjeu essentiel aujourd’hui est de penser et construire les nouvelles structures de la démocratie malienne. Il peut parfois être utile de confier les clés à une personne pour faire le « sale boulot », mais cela ne doit pas durer trop longtemps, et à terme, il faut que le pouvoir ne soit pas concentré, mais reste « distribué » avec in fine le peuple comme arbitre et décideur en dernier ressort.

    Pour cela, il faut que la société civile se mette au travail, et ne reste pas à regarder béatement Ibrahim Boubacar Keita reconstruire la structure de pouvoir à son image.

     S’arcbouter sur les modes de fonctionnement anciens, et geindre parce que le pouvoir ne vous écoute plus, en appeler à la rue pour tenter de gagner un bras de fer est voué à l’échec dans le contexte actuel.

    On le voit bien, cela fait depuis un an que les forces politiques de l’opposition tentent de mobiliser. On nous annonçait une « révolution » après l’élection présidentielle, on est en septembre 2019, et ce qu’on voit actuellement ne donnera pas grand chose.

    N’en déplaisent aux professionnels de la contestation, si la convergence des luttes qu’ils appellent de leurs voeux avait dû se faire, elle se serait déjà faite.

    Mieux vaut prendre une autre voie, plus pragmatique, et certainement plus constructive, même si elle manque certainement du panache et du romantisme échevelé dont se nourrit une partie des activistes depuis des années.

    La première chose à faire est de solidifier nos structures et de les rendre indépendantes du pouvoir. Quand on regarde nos associations, combien vivent, directement ou indirectement, de fonds d’un homme politique ou de rentes de situation ? La plupart… Demain, la condition pour exister politiquement et faire entendre sa voix, ce sera d’être réellement indépendant.

    Premier chantier. Il faudra également être capable de créer des rapports de force, c’est à dire savoir mobiliser.

    Pour cela, il faut des adhérents, une « communauté » . Quand on regarde nos corps associations et partis politiques, on y trouve beaucoup de coquilles vides, dirigées par des apparatchiks.

     

    La deuxième étape est de reprendre le travail doctrinal.

     

    Faire de la politique, c’est construire un récit, basé sur des valeurs, qui puisse donner un sens à l’action publique : à la fois lui donner un cap, mais également la légitimer aux yeux de la population.

    C’est parce que la classe politique au pouvoir depuis 1991 a complètement failli dans ce domaine, que le Mali s’est retrouvé dans une telle crise démocratique.

    Il faut refaire de la politique.  Les partis ne sont pas les seuls responsables de cette atonie, c’est à toutes les organisations de se bouger pour construire des projets, faire émerger des valeurs qui soient en phase, sur le fond comme sur la forme, avec les attentes des citoyens maliens. La nature ayant horreur du vide, si des citoyens responsables ne se donnent pas les moyens de proposer, d’autres le feront à leur place. Il ne faudra pas venir pleurer ensuite qu’une « mafia » ou une « élite » ont confisqué l’espoir et le pouvoir.

    Ce travail sera long, et trouvera son plein effet quand Ibrahim Boubacar Keita quittera le pouvoir. Cela arrivera un jour, même si cela peut prendre du temps. Il faudra bien que la personne qui le remplacera se fasse élire, et donc élabore un projet qui recueille les suffrages.

    Que la prochaine présidentielle soit à nouveau une élection par défaut, où on élimine plutôt qu’on choisit, serait un échec politique et démocratique collectif.

     

    Séga DIARRAH

    Président de BI-TON

    Adhésion à mon mouvement pour le Changement ici

  • Mali : le naufrage du dialogue national « inclusif »

    diarrah.com

    Ibrahim Boubacar Keita est à nouveau parti pour se planter sur le dialogue national « inclusif ». Tous les ingrédients sont là, comme si rien n’avait été appris des échecs passés. C’est presque désespérant tellement ça devient prévisible.

    Pour commencer, les annonces sont cafouilleuses. Quand on prépare une telle réforme, on laisse le dialogue se dérouler. Mais on ne change pas de pied en cours de route.

    Alors que le président Keita avait annoncé une feuille de route dans laquelle le gouvernement laissait, dans un premier temps, l’organisation et la rédaction des termes de référence se faire spontanément, voilà que le comité d’organisation publie  un document de terme de références qui ne remet pas en cause l’accord pour la paix et la réconciliation dans le nord du pays.

    Pourtant, un des leaders de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, ex-rébellion), Sidi Brahim Ould Sidatt, n’a pas manqué de rappeler que “l’accord est dans une phase de décomposition très avancée”, dans une déclaration rendue publique le 17 août.  “Nous osons avouer sans démesure qu’il est actuellement dans une phase de décomposition très avancée…”,  a-t-il écrit, accusant ouvertement les “décideurs maliens d’inertie volontaire” et la communauté internationale de “passivité injustifiée”, selon les propos rapportés par maliactu.net.

    La création de commissions sous tutelles des ministères ne garantira pas l’indépendance des débats.

     

    Au final, on a zappé la phase de dialogue à la base, pour arriver directement au dialogue national. Non sans avoir laissé du temps à tous les fantasmes.

    Les maliens avaient pensé pouvoir discuter. Résultat, chacun a sa petite idée sur ce qu’il faut faire, ou ne pas faire. Un peu comme la composition de l’équipe des Aigles de football à la CAN, où on compte plusieurs millions de sélectionneurs…

    Le déroulé est problématique, car avant même la publication officielle des termes de référence, IBK avait accordé une interview à Jeune Afrique dans laquelle il avait lui même donné le ton. Cette interview cristallise toutes les critiques qui tomberont sur ce dialogue.

    Toutes les causes qui sont à la base de la crise actuelle ont été exclues dans les termes de référence. Bien entendu, le reste des problèmes va être examiné à cette aune.

    Comme pour le repassage, s’il y a un faux pli au premier passage du fer, c’est galère à rattraper quand on est sur un tissu très froissable.

    Autre source d’ennuis, le consensus pour régler le problème du nord, c’est raté, et la prochaine fenêtre de tir, c’est dans quatre ans, au minimum. La déception risque d’être immense (et le mot est faible).

    Cependant, le dialogue se fera avec ou sans la participation des forces vives de la nation.

     

    Comme il va falloir passer par une loi à la fin, il y aura un temps de latence. Le temps, pour tous les opposants de se répandre dans les médias. Et ils seront nombreux, y compris dans la majorité présidentielle.

    Si nous voulons que les choses bougent, il faut que nous inversions ce rapport de force politique.

    Le premier problème auquel il faut s’atteler, c’est le renforcement du lobby du domaine public. Les choses sont en cours au collectif BI-TON, nous avons quelques combats (pas toujours très concluants) à notre actif. Cela reste insuffisant. Les partisans de l’open data ont réussi de belles choses, sur un terrain très voisins, avec des arguments parfaitement opérants pour la défense l’interêt général. Rien n’est donc perdu.

    Il est également nécessaire de travailler nos arguments.

    Nos positions « intellectuelles » sont globalement cristallisées, nous savons ce que nous voulons, avec un corpus doctrinal qui s’étoffe.

    Il nous faut maintenant être à l’écoute de ceux qui sont en face, et qui expriment aussi des demandes qui, si on se place de leur point de vue, sont légitimes.

    La solution finale sera nécessairement un compromis, il en va toujours ainsi en politique.

    Le moment est peut-être venu de commencer à mettre en place les conditions de la construction de ce compromis.   On les connait, ils nous connaissent, et c’est un début pour discuter. Nous devons, de notre côté, accepter de prendre en compte les contraintes des autres dans nos propositions, afin d’arriver avec des préconisations qui restent acceptables.

    Mais un rapport de force, ça sert avant tout à être en meilleure position quand on s’assoit à la table des négociations.

     

    Séga DIARRAH

    Président de BI-TON

  • Face aux attaques, la Presse malienne a en mains les clés de son destin

    saxe-karim-keitaLa tension monte entre les journalistes (les vrais)  et le pouvoir IBK.

    Ce n’est pas nouveau et c’est une position constante du pouvoir IBK depuis l’arrestation arbitraire des journalistes de Maliactu, mais cela monte en puissance, car cette fois ci c’est le fils du président, le puissant député et président de la commission défense de l’assemblée nationale du Mali qui attaque la presse Malienne.

    Ce mercredi 10 Juillet 2019 s’est ouvert pour la troisième fois à Bamako l’audience du procès en diffamation de l’honorable Karim Keïta, fils du président de la République contre Mamadou Djadjé Sacko dit Saxe, journaliste et promoteur de radio

    Derrière ces attaques, il y a une volonté du pouvoir politique de brider un contre-pouvoir.

    Comme il le fait avec tous les autres contre-pouvoirs. L’opposition politique est presque inexistante aujourd’hui.  Résultat des courses, les maliens  regardent la situation au centre du mali en pleurant, mais impuissants.

    Depuis 2018, ce gouvernement est fermé aux compromis. Il discute, échange, mais à la fin, fait ce qu’il veut, ne pliant que devant les rapports de force.

    La réforme constitutionnelle en est un exemple. Après un premier échec, prévisible, le gouvernement est revenu à la charge en lâchant du lest face aux leaders de « antè a bana », qui on tenu bon, malgré la difficulté et les menaces.

    Les journalistes auraient tort de prendre ces critiques et attaques  à la légère.

    La profession est face à un véritable défi politique. Il faut d’abord comprendre sur quelles bases le pouvoir politique attaque, afin d’apporter des réponses. En effet, la presse (en particulier les journaux) est critiquable.

    Les Journaux  « mono-redaction » ne font pas de l’information, mais de la mise en scène de l’actualité à des fins d’audience, sans grande pudeur, parce que leur modèle économique les y poussent.

    Les radios, par un manque criant de moyens (les entreprises de presse sont incapables d’investir suffisamment) n’offre pas toujours un produit à la hauteur des promesses, tant sur le choix des sujets que sur la manière de les traiter. Entre suivisme, paresse intellectuelle, déontologie douteuse et réel manque de moyens humains, la voie est largement ouverte à des critiques légitimes du travail des journalistes maliens. Parfois (et c’est un comble), ce sont les journalistes qui se flinguent entre eux.

     

    La défense qui consiste à hurler à l’atteinte à la liberté de la presse à la moindre critique n’est plus audible. Les journalistes sont totalement déconsidérés dans la population malienne.

    La presse  n’est plus considérée comme une source fiable par certains. Nombre de citoyens maliens se tournent vers des influenceurs sur les réseaux sociaux. C’est piégeux, car ce qu’ils montrent est vrai, mais ils ne montrent pas tout, et sélectionnent même soigneusement ce qu’ils montrent, pour obtenir un résultat biaisé, dicté par leurs financeurs. Du fait de leur discrédit, les médias « traditionnels » sont incapables de répliquer, et subissent même un véritable harcèlement en ligne, dès qu’ils remettent en cause les certitudes des affirmations d’un « guide virtuel ».

    La solution passe nécessairement par la profession elle-même, qui doit s’organiser, sur deux fronts.

    Le premier est celui de la déontologie et des pratiques professionnelles.

    Certaines critiques formulées contre des articles ou des reportages sont parfaitement fondées. Trop souvent d’ailleurs. Il existe un problème chez les journalistes maliens, où la majorité qui essaye de bien faire son travail se fait tirer vers le bas par des commentateurs verbeux et creux, qui pullulent sur les sites internet.

    Une petite minorité se complait dans les conflits d’intérêts, tandis que d’autres ont arrêté de travailler, pour vivre de leur rente de situation, en se faisant les relais des hommes politiques, et de ceux qui ont des peaux de bananes à poser sous les pieds de leurs concurrents.

    Face à cela, quelques mesures simples peuvent être mise en oeuvre.

     

    Tout d’abord un peu de transparence, avec des déclarations d’intérêts de la part des journalistes et des chartes de déontologie. Il n’y a besoin d’aucune nouvelle loi, juste de s’y mettre…

     

    je propose également la mise en place d’un conseil de la déontologie de la presse.

    Son rôle sera de recueillir les plaintes concernant le travail d’un journal (article, reportage…) et de la soumettre à l’examen d’autres journalistes, pour voir s’il y a eu un manquement aux règles éthiques ou professionnelles du journalisme.

     

    Les chartes et autres guides de ce que l’on peut faire ou pas, sont claires et détaillées. Sans même aller jusqu’à le doter d’un pouvoir de sanction, le fait qu’il existe un lieu vers lequel un lecteur mécontent puisse se tourner, serait un immense progrès, pour regagner la confiance du public.

     

    Cette instance aurait aussi le mérite d’obliger les plaignants à lire les articles et à visionner les émissions jusqu’au bout, et à déposer une réclamation étayée et construite. Cela filtrerait beaucoup de râleurs, car au final, ce qu’il reprochent souvent à un journaliste, c’est de dire le contraire de leurs opinions, et de déranger leurs certitudes.

    Cet organisme peut aussi être une voix de la profession, qui dissuade certains médias, avide de sensationnalisme, d’aller trop loin. Il faudrait, pour cela, que cette instance se dote d’une composition et d’un mode de fonctionnement qui garantisse sa compétence et son impartialité. Là encore, pas besoin d’une loi, juste de s’y mettre.

     

    Le deuxième étage de la réponse est de retrouver une vitalité économique, en se donnant les moyens d’être indépendant et d’investir.

    Les entreprises de presse malienne sont dramatiquement sous-capitalisées. A part maliactu.net et une minorité de publications, tous les grands quotidiens nationaux sont la propriété de politiciens, qui s’en servent comme d’un bouclier pour se défendre et essayer d’avoir un peu d’influence, afin de continuer à faire des affaires.

    Il est nécessaire que les journalistes soient aux commandes de l’entreprise, ou au moins, que le patron soit réellement intéressé par la Presse, et en fasse son activité principale. Car le journalisme demande des moyens, le virage numérique exige des investissements parfois colossaux. La réussite de maliactu.net  montrent que, quand on y met les moyens et l’intelligence, on peut y arriver.

     

    Les obstacles sont nombreux, et viennent d’abord des journalistes, qui souvent, ne veulent pas entendre parler de gestion, parfois par incompétence, parfois par idéologie. Là encore, une révolution culturelle interne est nécessaire, car l’argent existe, il n’y a qu’à voir les levées de fonds que certaines ONG arrivent à faire, sur du vent.

     

    Séga DIARRAH

    Président de BI-TON

    Mon blog : diarrah.org