• IBK a tiré toutes ses balles et épuisé toutes ses cartouches 

    diarrah.org

    Le massacre des 10, 11 et 12 juillet 2020 consacre définitivement le divorce entre IBK et le Peuple Malien :

    Après ordonné à la FORSAT et aux forces de maintien de l’ordre de tirer à balles réelles sur des manifestants aux mains nues, IBK est désormais responsable devant ALLAH (SWT), devant le Peuple Malien, l’Afrique et le Monde entier du massacre des 10, 11, 12 juillet 2020.

    Le crime de ces manifestants étant d’avoir exercé leur droit à la « désobeissance civile ».

    Sa responsabilité politique et morale est indubitablement établie. Dans nul pays au monde, les forces de maintien de l’ordre ne peuvent tirer à balles réelles sur des manifestants aux mains nues sans avoir reçu expressément l’ordre de tirer sur la foule.

    Lorsqu’on envoie les Forces anti-terroristes (FORSAT) pourchassé les manifestants dans les rues de Bamako, il n’y a aucun doute qu’il s’agissait-là, dans le cadre d’une opération, savamment préparée, préméditée, de donner la mort afin de briser la dynamique politique enclenchée par le M5-RFP depuis le 05 juin 2020.

    Le massacre des 10, 11 et 12 juillet 2020 a bel et bien été planifié avec pour objectif de jeter l’effroi dans le cœur des manifestants, de briser leur ardeur combattive afin d’arrêter le mouvement de contestation qui ébranle le régime d’IBK-un pseudo-démocrate-, prisonnier de son clan familial et des groupes maffieux qui l’ont pris en otage et dont il est la marionnette consentante.

    Le pouvoir d’IBK a usé de la violence létale contre les manifestants aux mains nues.

    De ce fait, il a désigné le Peuple Malien comme étant son ennemi. Rien n’effacera cette infamie qui restera gravée à jamais dans l’histoire du Mali.

    Il n’y a aucune justification acceptable à l’utilisation d’armes de guerre contre des manifestants qu’ils soient des voyous, des éléments incontrôlés, des vandales, des « démolisseurs ».

    Ceux-ci peuvent être dispersés, arrêtés sans que l’on ne leur tire dessus à balles réelles. Ils sont des Maliens parmi d’autres. Sont-ils plus délinquants que ceux qui surfacturent les marchés de fourniture et d’équipement des forces armées, qui achètent des hélicoptères d’occasion « cloués au sol », qui célèbrent leur anniversaire en sablant le champagne en compagnie de Faly Ipupa invité pour animer la soirée à coups de plusieurs milliers d’euros ?

    A travers le massacre des 10, 11 et 12 juillet 2020, IBK s’est dépouillé lui-même des attributs de la  légalité et de la légitimité que lui confère la Constitution du 25 février 1992.

    Aveuglé par son désir irrépressible de rester au pouvoir, IBK s’enfonce désormais dans l’ingouvernabilité en ne comprenant pas qu’il ne gouverne plus depuis plus d’un mois et demi, que le pouvoir auquel il s’accroche lui échappe à chaque seconde qui passe et qu’il est assis sur un trône au pied vermoulu. Le compte à rebours pour la sortie est irrémédiablement enclenché.

    En infiltrant les manifestants selon des méthodes policières bien connues, en lançant des badauds dans les rues de Bamako pour commettre des actes de pillages, vandaliser les biens publics et privés, en faisant mitrailler la Mosquée de l’Imam Mahmoud Dicko afin de justifier l’usage de la force létale contre les « casseurs », les « pillards » et discréditer l’image du M5-RFP, les commanditaires du massacre des 10, 11 et 12 juillet 2020 ont ratés leur objectif ; car, l’usage des balles réelles contre des manifestants aux mains nues a définitivement terni l’image du pouvoir en place. Le piège du régime s’est refermé sur lui-même.

    Que le Premier ministre Boubou Cissé, qui ignore qui a donné l’ordre de déployer les Forces de la Mort dans les rues de Bamako, se rassure, les commanditaires des massacres des 10, 11 et 12 juillet 2020 seront démasqués et répondront de leurs actes devant la justice.

    Le Mali n’oubliera jamais ces jeunes manifestants qui sont morts pour que triomphent la Justice, la Liberté et une Démocratie véritable au service de tous les Citoyens maliens. Leur nom figurera en lettres d’or dans le Panthéon des Martyrs tandis que leurs assassins répondront de leurs actes devant le Tribunal de l’Histoire à l’instar des criminels nazis qui ont été jugés par le Tribunal de Nuremberg afin que plus jamais les crimes odieux qu’ils ont perpétrés ne se répètent dans aucune contrée de la Terre.

    Le discours de la honte et une dissolution qui escamote le fonds du problème :

    Dans la nuit du 11 au 12 juillet 2020, IBK s’est adressé à nouveau aux Maliens à une heure insolite !

    Peut-être qu’il s’agit-là d’une recommandation de ses conseillers occultes et autres féticheurs, charlatans, qui grenouillent auprès des divers pouvoirs africains.

    Après s’être enfermé dans une voie sans issue, opposé une fin de non-recevoir à toutes les sollicitations et propositions de sortie de crise, y compris, la proposition « minimaliste » de la CEDEAO, et après avoir laissé massacrer les manifestants aux mains nues, IBK a décidé d’abroger les décrets de nomination des membres restants de la Cour constitutionnelle. Comme d’habitude, IBK ignore superbement la loi car il n’a pas le pouvoir constitutionnel de prendre une telle décision.

    De plus, IBK n’a pas compris que la Cour constitutionnelle ne constitue pas le fonds du problème.

    La Cour constitutionnelle n’a été que le révélateur et le déclencheur du mouvement de contestation qui touche tout le système politique malien qui est laminé par une mal-gouvernance structurelle, une mal-administration endémique et une corruption congénitale.

    La Cour constitutionnelle est coupable ; mais elle n’est pas responsable.

    C’est le donneur d’ordre, c’est-à-dire celui à qui profite le crime qui est responsable et qui est comptable devant le Peuple Malien : à savoir : IBK lui-même.

    Le hold-up électoral opéré –en toute conscience- par la Cour constitutionnelle a donné à IBK une « majorité relative » au sein de l’Assemblée nationale qu’il escompte conserver pour les trois années à venir.

    Le remembrement de la Cour constitutionnelle est une fausse solution car les Autorités de nomination de cette juridiction demeurent les mêmes, c’est-à-dire : IBK lui-même (3personnes), le président non-élu de l’Assemblée nationale, Moussa Tembiné (3 personnes) ; le Conseil supérieur de la Magistrature présidé par le Chef de l’État (3 personnes).

    D’office, il y a une majorité captive favorable au régime (6 juges) lorsqu’on ajoute les personnes nommées par le Chef de l’État et le Président de l’Assemblée nationale. Une telle Cour ne pourra jamais trancher une affaire en toute objectivité, surtout, lorsqu’il s’agira d’invalider l’élection du Président de l’Assemblée nationale et d’enlever au Parti majoritaire d’IBK, le RPM, les dix députés qui lui ont été indûment attribué par l’ancienne Cour constitutionnelle sur les instructions expresses des bénéficiaires d’une telle forfaiture.

    IBK, victime de ses propres méthodes :

    IBK ne prend jamais une décision à temps. Il aime jouer la montre et gagner du temps afin de tenter de diviser ses opposants en les appâtant avec des postes ministériels et autres avantages matériels… IBK possède une montre mais il ne sait pas lire convenablement l’heure ; car le temps lui est désormais irrémédiablement défavorable.

    Les décisions d’IBK sont quasiment toutes mauvaises, car elles ne procèdent jamais d’une froide analyse de la situation à laquelle il est confronté.

    IBK personnalise tous les problèmes genre : « ce sont des hassidis, ils veulent ma place ; je ne laisserai pas le pouvoir pour que le fils de quelqu’un d’autre le prenne… ».

    IBK est toujours dans la réaction.  Il ne sait pas construire une réponse rationnelle. Comme disent les marxistes, il ne sait pas effectuer une analyse concrète d’une situation concrète. Dépourvu de vision stratégique, il s’avère être un piètre tacticien ; car la tactique sans la stratégie est vouée immanquablement à l’échec.

    IBK use de la ruse pour appâter ses interlocuteurs. Il sait faire croire ou faire semblant ou user de la litote pour demeurer ambigu dans ses propos.

    Une séance de travail avec IBK, c’est surtout une conversation mondaine ennuyeuse au cours de laquelle il étale son goût pour le français classique sans jamais aborder le vif du sujet qui est sur table.

    Tel un politicien classique, type Troisième République Française, il se révèle être un marchand de sable pour lequel les promesses n’engagent que ceux qui y croient !

    Tel Scapin, IBK use également de la fourberie en promettant aux députés spoliés par la Cour constitutionnelle, qu’il a reçu récemment, une nomination « virtuelle », dans un Sénat « virtuel » et une Constitution « virtuelle » qui n’existe pas puisque n’ayant ni été votée par aucune Assemblée nationale, ni validée par aucun référendum populaire.

    IBK est également prompt à renier ses engagements lorsque les circonstances lui deviennent favorables. A son avis, cela est tout simplement l’art de la politique !

    Aujourd’hui, il propose la mise en place d’un gouvernement de large ouverture pour appâter ses opposants comme si ceux-ci ne connaissaient pas sa pratique politique.

    Les méthodes d’IBK sont désormais obsolètes. Il est le seul à ne pas s’en rendre compte !

    IBK se trouve en porte-à-faux avec toutes les valeurs fondamentales de la société malienne : il a perdu la confiance (Danaya) des Citoyens ; il ne tient jamais sa Parole (Koumakan) ; il n’honore jamais ses engagements (Lahidoukan) ; il a oublié son serment (Kalikan), sa profession de foi vis-à-vis des Maliens (le Mali d’abord, le Bonheur des Maliens).

    Le recours politicien aux leaders religieux pour combattre le M5-RFP :

    Parce que l’Imam Mahmoud Dicko est membre du M5-RFP, le régime s’est empressé de recruter Ousmane Chérif Madani Haïdara et le Cardinal Zerbo et d’autres religieux prompts à vendre leurs services contre espèces sonnantes et trébuchantes.

    Or, il s’agit-là d’une analyse superficielle de croire que les religieux peuvent trouver des solutions aux problèmes que les politiques sont incapables de résoudre.

    Les religieux ont, certes, une très forte capacité de mobilisation ; ils peuvent jouer un rôle décisif lors de l’élection présidentielle en soutenant tel ou tel candidat comme ce fût le cas en 2013 ; mais ils n’ont ni les ressources intellectuelles, ni la capacité et l’expérience managériales requises pour gérer l’appareil d’Etat.

    Dans la phase actuelle de décomposition avancée du régime en place, leur médiation demeurera tout simplement un coup d’épée dans l’eau.

    Nombre d’entre eux empocheront beaucoup d’argent, comme d’habitude, en souhaitant que la crise perdure pour accroître leur pactole. En vérité, les religieux font partie intégrante de la crise actuelle.

    Leur irruption sur le devant de la scène publique n’est que la conséquence du discrédit frappant désormais les politiques qui ont utilisé l’appareil d’Etat à des fins d’enrichissement personnel après l’instauration du pluralisme politique en 1991.

    Baignant dans le milieu ambiant, les leaders religieux se sont érigés en médiateurs sociaux pour le règlement des conflits découlant de la vie courante.

    Fins psychologues, ils connaissent parfaitement le désarroi des populations, leur attachement aux valeurs sociétales provenant du vécu historique du Mali.

    Ils sont aujourd’hui, les premiers interlocuteurs des citoyens. Ils jouent un rôle d’aiguillon social. Cette proximité avec les citoyens a fini par conférer aux religieux un rôle d’intermédiation entre le politique et le religieux.

    Malheureusement, dans la plupart des cas, les religieux ont profité de leur position d’intermédiation pour maximiser leurs gains personnels.

    Comprendre la nature de la lame de fonds qui traverse le pays :

    Assailli par les aspérités du quotidien, prompts à accepter sans discernement les analyses superficielles, beaucoup de commentateurs ne comprennent pas véritablement ce qui est en cours actuellement dans le pays.

    Pour la plupart d’entre eux, il s’agit tout simplement d’une éruption volcanique éphémère qui se tassera dès que les premières laves sortiront du cratère.

    Or, nous sommes en phase d’une véritable lame de fonds qui vient du plus profond du pays.

    Or, il s’agit REELLEMENT d’une rupture épistémologique, d’une cassure irrémédiable entre le Mali profond et la classe dirigeante. La crise actuelle ne peut pas être résorbée par des méthodes classiques car on est en présence d’un changement de Temps Historique. On est à la veille d’une Véritable Révolution dans la mesure où le Peuple ne veut plus et n’acceptera plus d’être gouverné comme avant et que les dirigeants ne peuvent plus et ne pourront plus gouverner comme avant.

    La crise actuelle est la résultante d’une longue maturation historique prenant sa source en 1968 après le coup d’État militaire qui a renversé le régime nationaliste du Président Modibo Keita.

    Les décades 1970 et 1980 ont été marquées par l’oblitération du mouvement d’émancipation politique, économique, sociale et culturelle qui avait abouti aux indépendances africaines au cours des décennies 1950 et 1960.

    De décennie en décennie, l’Afrique a été entrelacé dans une foultitude d’institutions internationales au sein desquelles sa souveraineté a été mise entre parenthèse avec la complicité et le consentement de dirigeants fantoches.

    Accablée par toutes sortes de mécanismes d’asservissement dans une mondialisation conçue en dehors d’elle et dirigée contre elle, l’Afrique s’est appauvrie, a sombré entre les mains de dirigeants sans foi ni loi qui ont exercé –comme durant la colonisation- la violence d’État contre les Peuples.

    Au Mali, la crise globale affectant le Continent s’est approfondie et a donné lieu à des éruptions volcaniques de temps à autre sans qu’elle n’ait été jamais examinée en profondeur de sorte qu’on se trouve aujourd’hui devant une situation inédite marquée par la Révolte des Masses et l’Impuissance des politiques à y apporter la solution appropriée.

    Un rafistolage de solutions à la crise actuelle ne fera donc qu’enfoncer plus profondément le Mali dans l’abîme dans lequel il se trouve déjà et compliquer davantage la recherche d’une solution rationnelle acceptable par l’immense majorité du Peuple malien.

    Désormais, le Mali se trouve à un tournant majeur de son devenir historique.

    Il est entré de plain-pied dans une Transition historique : un Monde ancien est en train de s’écrouler pour donner naissance à un Monde nouveau.

    Cette histoire nouvelle sera le fruit de l’imagination créatrice du Peuple Malien qui forgera par lui-même, pour lui-même, les solutions aux problèmes du Mali.

    Nul ne pourra entraver cette volonté irrésistible des Maliens à forger une nouvelle destinée pour le Mali.

    Séga DIARRAH

    Président de BI-TON

  • Coronarivus au Mali : La stratégie du gouvernement ne sera pas efficace

    La gestion d’une épidémie, c’est aussi de la politique.

    Voici les limites de la stratégie adoptée par le gouvernement et une proposition

  • Mali : le problème principal est l’affaiblissement de l’Etat

    Le Mali est malade. Cela fait bien plus longtemps que 2013 que le processus délétère de la dissolution de l’appareil d’Etat a été engagé.

    Depuis les années 1980, année des programmes d’ajustement structurel de la banque mondiale et du FMI au Mali, à force de restructurations et de coupes dans les effectifs, il ne reste plus grand chose de l’Etat régalien, celui de l’ordre public, des services à la population et du vivre ensemble.

    Un recul qui se paie aujourd’hui par un d’abandon et de colère de larges pans de la population, et surtout, par une véritable incapacité des politiques à agir.

    Le maillage de l’appareil d’Etat sur les territoires est réduit à son strict minimum. Il est même par endroit en dessous de la ligne de flottaison. L’administration territoriale, avec ses préfets et les CB, ça n’existe plus.

    Le préfet, débordé de boulot, est environné de services « transversaux », c’est à dire faisant un peu de tout, se replie sur les tâches essentielles. Quand on se penche sur ce qui se passe concrètement dans une préfecture (ou pire, une sous-préfecture) de région, on a l’impression d’être dans un service des urgences d’un hôpital de Bamako.

    Les agents n’ont plus de moyens, plus de motivation. Il faut vraiment avoir la foi dans le service public pour être administrateur civil.

    Le dementèlement de la fonction publique à rendu l’État, et donc les politiques, myopes sur les menaces.

    Ce n’est pas à coup d’accord de paix et de reconciliation qu’on lutte contre le terrorisme, mais avec des agents sur le terrain.

    Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une administration centrale déboussolée. Les directions de ministères à Bamako sont devenues des machines à produire des rapports, pour justifier ses effectifs et son existence.

    Entre l’abandon de missions, et l’absence d’appréhension de ce qui se passe réellement sur les territoires, elles sont en roue en libre.

    Cette machine à la cité administrative de Bamako tourne à vide et ne veut pas mourir, ce qui provoque encore davantage de chaos et de complications dans un appareil d’État de plus en plus dysfonctionnel, qui peine à recruter car il n’a plus les moyens de rivaliser avec les rémunérations du privé.

    Cela donne ce que l’on voit aujourd’hui. Un État qui n’est plus que l’ombre de lui-même et ne remplit plus sa mission .

    Les élus de la Nation en ont perdu toute capacité à agir efficacement et toute autorité morale. Cela était particulièrement criant avec ATT, mais pouvait déjà être perçu sous Alpha Oumar Konaré. Les Maliens ont cru que les problèmes venaient de leur classe politique, consanguine et déconnectée.

    Force est de constater aujourd’hui, que le mal est beaucoup plus profond, et vient du démantèlement de la puissance publique, tant dans ses fondement politiques et symboliques, que dans ses moyens d’action.

    Le pays ne peut pas esquiver un débat sur le sujet. La demande de plus et de mieux d’État est de plus en plus criante.

    A raison, car derrière ces structures, c’est un des piliers de la Nation malienne, de ce qui est au fondement du « génie national », qui a été attaqué.

    Le Mali est un pays qui a été construit par son appareil d’État. Ne pas le voir amène à des déconvenues douloureuses. Encore aujourd’hui, les maliens attendent beaucoup de la puissance publique, en partie par héritage historique, mais également parce que la société civile a toujours eu du mal à émerger pour prendre le relais.

    Là encore, c’est un héritage profond qui est en jeu : nous sommes un pays où les gens ne se font pas spontanément confiance.

    L’État est le lieu où s’élabore les règles du « vivre-ensemble ». Casser le système étatique, c’est casser la colonne vertébrale politique du pays. Il en résulte une violence qui ne cesse de monter, car une fonction vitale pour la communauté nationale, n’est plus assez bien remplie.

    On est là des fondamentaux, sur lesquels un homme, fut-il de grande qualité, n’a aucune prise.

    Croire qu’on peut changer la culture politique profonde d’un pays en quelques mois, par la grâce d’une élection au suffrage universel relève de la méconnaissance profonde de ce qu’est la politique.

    C’est pourtant dans ce panneau que les maliens sont tombés. La crise au centre du pays les a amenés à prendre conscience qu’ils ont fait fausse route, et que quelque chose ne fonctionne pas dans leur démarche et leur manière d’agir.

    Ils ne semblent malheureusement pas avoir trouvé les clés pour aller sur le bon chemin, en posant les bonnes questions.

    La crise que vit le Mali est avant tout la crise de son système étatique, qui a été trop affaibli et ne répond plus aux attentes des maliens. C’est par là qu’il faut commencer si on veut réparer le pays.

    Séga DIARRAH

    Président de BI-TON

  • Ne nous lamentons pas, organisons-nous

    Le titre de ce billet est repris de la phrase que prononça Joe Hill, syndicaliste américain d’origine suédoise, en 1915 devant le peloton qui allait l’exécuter : « Don’t mourn, organize ! / Ne vous lamentez-pas, organisez-vous ! »

    Le gouvernement du Mali ne contrôle plus rien, c’est la France qui décide.

    Nous savons maintenant contre quel pouvoir lutter, même si nous devons dans le même temps trouver le moyen de réduire l’impact de la corruption et de la mauvaise gouvernance au Mali.

    Un front social, oui, c’est ce qu’il faut construire. Commençons d’abord par reprendre le problème à la base : comment on s’organise ?

    La société civile et les partis de l’opposition  appelaient à manifester massivement le 15 novembre 2019.

    C’est sans doute bien plus sur la préparation de cette journée de lutte que les énergies militantes auraient du se concentrer. Tout indiquait que la mobilisation allait être compliquée : l’atonie des réactions dans la rue après les massacres d’ Indelimane, comme dans la semaine qui a suivi et précédé était prévisible.

    Depuis plusieurs années, la banalisation de la mort de nos soldats se constate aussi par la difficulté de plus en plus grande à construire un mouvement souverainiste, capable de s’exprimer dans des structures militantes ou dans des rassemblements, des débats, des manifestations, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas continuer à y travailler.

    Forcément, dans ce contexte, le 15 novembre 2019  n’a pas été à la hauteur du vendredi 05 Avril 2019 (mais personne ne croyait à cette éventualité).

    Mais il n’a pas non plus réussi à imposer la question de la présence des forces internationales  sur le devant de la scène – ce qui aurait du être l’objectif du « peuple d’en bas » (comme on dit) et qu’aurait peut-être permis une plus forte mobilisation.

    Et pourtant…

    Des manifestations, des contestations il y en avait pourtant dans les rues de Bamako,  et d’autres sont d’ores et déjà appelées.

    Mais c’est bien encore une fois le manque de leadership qui a polarisé : certain.e.s s’y sont résigné.e.s, d’autres y ont cru, particulièrement celles et ceux engagé.e.s.

    Quoi qu’il en soit il serait contre-productif d’attendre une fois de plus les prochaines élections : c’est toujours maintenant qu’il faut réagir.

    Dans plusieurs grandes villes, des manifestations ont été organisées. À l’image du 15 novembre, elles n’ont pas mobilisé forcément largement (c’est en centaine, au mieux, que se comptaient les manifestant.e.s en région), mais il était important qu’elles se tiennent.

    Pour autant, si un front souverainiste devait se constituer, ce qui est éminemment souhaitable, il ne pourrait se limiter à quelques jeunes à Bamako et environs. C’est bien plus profondément qu’il faudrait aller le chercher et l’ancrer, dans des pratiques au coeur desquelles l’auto-organisation doit prendre toute sa place.

    Questionner la représentativité des assemblées que nous animons, de même que l’audience réelle de nos initiatives, on ne peut pas l’écarter d’un revers de la main en se disant que l’action prime.

    C’est pour ça qu’il faut plus et mieux partager, confronter nos stratégies de mobilisation pour faire face à l’urgence, contrer le gouvernement et défaire durablement les « ennemis de l’intérieur ». Pour cela, et pour aussi espérer voir émerger ce front souverainiste, il faut – au moins – trois choses :

     

    trouver des espaces de convergences et/ou d’alliance : ça a été le cas lors de la Marche pour le départ de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga. C’est une priorité… tout du moins ça devrait l’être plus et pour plus de monde. Il est clair que, ces convergences ne doivent pas pour l’heure intégrer quelque organisation religieuse ou parti politique que ce soit. Et même si bien évidement il n’y a pas de « recettes » à reproduire en toutes circonstances et en tous lieux à l’identique, nous avons tout intérêt à chercher à rassembler toutes celles et tous ceux qui luttent aujourd’hui pour le depart des forces internationales.

     

    – parce qu’on ne peut pas en faire l’impasse, il faut aussi mener le débat démocratique sur cette question dans les organisations constituées sans chercher à les contourner. Ces organisations du mouvement social, associations et syndicats de lutte, ne sont pas réductibles à des « appareils ».

    Dire que ce ne sont que des sortes de « superstructures bureaucratisées et corrompues » dont il n’y a rien à sauver n’est pas vrai. Elles représentent, ne serait-ce que pour les seuls syndicats, des centaines de milliers de femmes et d’hommes qui s’y reconnaissent, s’y engagent, les construisent.

    Ce sont elles et eux qui font vivre et mettent en œuvre concrètement les solidarités et les résistances quotidiennes qui seront le seul ciment possible d’un véritable front social.

     

    – enfin, renforcer nos outils de lutte et de résistance dans la durée et éviter le « zapping » militant, faute de quoi tout « front de libération » ne serait que mouvement pour le mouvement.

     

    Convaincre de se syndiquer, de rejoindre une association de lutte, un collectif, organiser des temps d’échanges – pour agir – sur les lieux de travail, dans nos villes et quartiers, c’est une nécessité.

    Et s’il le faut, actualiser les formes de nos outils, leurs pratiques, leurs structurations pour s’adapter aux coordonnées contemporaines, « parler » plus largement qu’ils ne parlent aujourd’hui. Ce dernier point mérite d’être développé (autant qu’on peut le faire dans un billet de blog).

     

    Reconstruire oui, mais reconstruire quoi ?

     

    Les appels à reconstruire « le Mali » se multiplient. On a vu nombre de tribunes dire qu’il fallait « chasser la France du Mali ».

    Soit.

    Mais dans la plupart de ces textes la citoyenneté est le grand absent. Pourtant se limiter à chasser les forces étrangères sans un collectif soudé, c’est ouvrir la porte à toutes les éventualités. Et rien ne sera possible, pour personne, si les maliens souverainistes des rues ne se renforcent pas, s’ils ne portent pas, par eux-mêmes, un imaginaire collectif.

    Faire le choix délibéré de se  subordonner à des intérêts Russes, se serait d’appauvrir et de  dessécher l’imaginaire collectif, et faire courir un grave danger à toutes celles et tous ceux qui veulent changer la société malienne.

    Les stratégies peuvent varier. On pourrait se dire qu’il suffit de s’en remettre aux affinités et aux amitiés pour que, « naturellement », une alternative émerge au gré d’une succession de manifestations de plus en plus rapprochées.

    On peut aussi en douter fortement. Parce qu’une telle proposition fait l’impasse sur le nœud qu’est l’engagement partisan dans la vie de la plupart d’entre nous, et dont bien peu – même si on peut le regretter – ont la possibilité de s’émanciper.

     

    Conséquence de cela, dans presque toutes les contributions qui parlent de « reconstruction du Mali» il y a quasi-systématiquement le même angle mort sur ce qu’il faut faire après un départ forcé des forces étrangères du Mali.

    Pas ou peu de commentaires, de réflexions…

    Reconstruire l’action collective c’est déjà partir de là : la réalité de la présence des forces étrangères au Mali.

    Et tout ça commence par s’engager dans  le collectif, les associations,  dans notre ville, notre quartier.

     

    Séga DIARRAH

    https://diarrah.org

    Président du Collectif BI-TON