• Mali : On peut être utile sans être ministre

    SEGALe grand cirque de la composition du gouvernement se poursuit. Que d’appétits, que de démonstrations d’une « volonté de servir » ses concitoyens qui ne pourrait s’épancher qu’en étant ministre.

    Pour avoir vu pendant un certain temps le fonctionnement du gouvernement et les pouvoirs dévolus aux ministres, je me demande ce qu’ils recherchent à part leur petite gloire personnelle.

    Un ministre a un peu plus de pouvoir (quoiqu’avec IBK, ce n’est pas certain), mais le choix n’est pas d’être ministre ou rien.

    On peut être utile sans être élu, on peut faire de la politique active sans approcher un parti politique, sans avoir le moindre mandat politique.

     

    L’engagement associatif est une possibilité formidable de faire avancer ses idées, ses convictions, bien plus que l’entrée en « politique » où on est trop souvent accaparé par la gestion du quotidien et les impératifs de la représentation.

    C’est l’éternel dilemme que de choisir entre le pouvoir (être celui qui signe) et l’influence (être celui qui rédige le document que le détenteur du pouvoir signera). Bien souvent, il vaut mieux être du coté de l’influence pour faire avancer les choses, mais il y en a qui ont un tel besoin de lumières et de projecteurs.

    Comme les papillons, ils vont souvent se griller sur la lampe, débarassant ainsi le plancher et laissant la place aux vrais militants, ceux qui placent leurs idées avant leur ego.

    Séga DIARRAH

  • Moussa Mara l’opportuniste

    diarrah.com

    Le personnage de Moussa Mara m’a toujours un peu dérangé.

    Il fait peur par son ambition avouée et assumée de requin tueur, qui écarte impitoyablement tous ceux qui sont en travers de son chemin. Il me dérange surtout par son coté opportuniste.

    Il donne régulièrement à entendre ce que les citoyens attendent : Ils veulent de la religion, on fait des meeting dans les lieux de cultes, il faut un peu d’humanisme, on se balade dans le pays pour rencontrer les chefs traditionnels.

    Dans tous les domaines, il colle ainsi à l’opinion, en fonction des préoccupations du moment, du public qui est dans la salle. Et le drame, c’est que Moussa Mara est très bon dans son jeu. Quand vous l’avez en face de vous, il est terriblement convainquant et vous ne pouvez que saluer l’artiste, quand vous n’êtes pas directement convaincu.

    Mais bien malins sont ceux qui connaissent le fond de sa pensée et ses intentions véritables. C’est un champion de l’écran de fumée (comme la plupart de nos hommes politiques nationaux).

    Mara, c’est ATT avec 10 ans de moins. Quelques convictions sur des points précis accompagnées d’une immense souplesse vis à vis des demandes de l’électorat, avec pour fin unique la conquête du pouvoir en vue de satisfaire un égo démesuré.

     Reste une inconnue chez Mara, sa capacité à exercer le pouvoir une fois en place. Espérons qu’il ferait mieux que ses prédécesseurs, car pour lui, la conquête du pouvoir est une fin en soi.

    Une fois Nommé à la primature, il commençait à préparer la prochaine échéance, dans une logique clanique qui l’emportait souvent sur l’exercice de sa mission. C’etait d’ailleurs là son drame, continuer à se comporter en candidat.

    Cela nous a donné 11 mois d’immobilisme et d’eau tiède, où le gouvernail de l’Etat oscillait en fonction des désirs de l’opinion, de la pression des médias et des lobbys (la visite de kidal en est un exemple). Surtout, ne pas commettre d’impair qui compromettrait la prochaine élection !

    Aujourd’hui, il joue à l’équilibriste, pendant que ses généraux participent à la marche du NON avec le collectif AN Tè, A Bana, il publie une lettre sur son blog pour défendre la révision de la constitution.

    Je n’ai franchement pas envie de reprendre encore 10 ans de cette classe politique et de son mode de fonctionnement.

     

    J’attends autre chose de la politique et je pense que ma génération partage mon attente.

     

    Elle ne pourra pas se satisfaire longtemps de ce qui est actuellement proposé.

    Séga DIARRAH

    diarrah.com

  • Mali /Remaniement ministériel : Voici la fiche de poste des Ministres

    Un Ministre au Mali est un poste en vue, exposé, lourd et complexe.

    Un Ministre est avant tout un politique. Il n’a pas à avoir une légitimité technique, et parfois, c’est même mieux qu’il n’ait pas de liens antérieurs à sa nomination avec les milieux liés à son ministère.

    Il y a des choses qu’un ministre Malien doit faire lui-même, d’autres qu’il peut déléguer, tout en gardant la validation, et d’autres où doit laisser les acteurs agir, quitte a sanctionner ex post. Un ministre n’est pas un petit despote, qui décide selon ses caprices, évoque les sujets selon son bon vouloir.

    Un médecin ne fait pas nécessairement un bon ministre de la Santé. Cela ne veut pas dire qu’il faut rester ignorant des sujets. Une fois nommé, il faut bosser pour savoir de quoi on parle, mais toujours éviter de se faire transformer en porte-parole de son administration..

    Le ministre est là pour faire appliquer des choix politiques généraux, définis au niveau du gouvernement, en les déclinant dans son secteur et en les adaptant aux réalités. Il est l’agent du gouvernement dans son ministère, et pas l’agent de son ministère au conseil des ministres.

    Le Ministre a plusieurs rôles importants, qu’il doit assumer seul. Il doit déjà savoir s’entourer. On voit tout de suite un bon ministre à la composition de son cabinet. Un mauvais aussi. In fine, si l’entourage est mauvais, c’est la responsabilité du ministre et de lui seul. C’est très important, car c’est à cet entourage, le cabinet qu’il va déléguer. Autre rôle essentiel, la communication. C’est le Ministre qui s’exprime officiellement, et lui seul.

    Par contre, beaucoup de choses peuvent être déléguées, principalement ce qui concerne le fond. Beaucoup de décisions techniques sont prises sans que le ministre en ait la moindre connaissance. Et heureusement, car sinon, il ne ferait que signer des parapheurs et lire des notes. Les choses qui font consensus dans l’administration, ou qui arrivent à se régler par des arbitrages internes ne remontent même pas au cabinet. C’est ce qui pose problème et provoque des conflits qui remonte au ministre. Ou alors ce qui est très politique ou très emmerdant, les décisions dont personne ne veut assumer la responsabilité.Le Ministre doit accepter cela, que des décisions soient prises par d’autres et qu’elles soient respectées, même si le ministre n’aurait pas fait exactement comme ça.

    Dans le même temps, le ministre doit quand même être au courant de tout ce qui peut poser problème, et donc avoir un entourage aux aguets, qui sait où trouver l’information et comment la lire, sans être submergé par le flot d’information.

    Un bon ministre pour le Mali est celui qui sait s’entourer, qui potasse ses dossiers et les maitrisent.

    Il ne se fait pas capturer par ses fournisseurs qui lui reversent les 10%, sa famille, ses amis et son administration et sait dégager des orientations politiques claires.

    Il sait déléguer et ne cherche pas à se mêler de tout, notamment des détails. Il respecte les frontières, du moins formellement, et il ne rentre pas en conflit avec les dirigeants d’une entreprise publique.

    Séga DIARRAH

  • L’élection du président du conseil régional au suffrage universel direct est une avancée pour la démocratie locale

    Conformément à la législation en vigueur, le Conseil régional est élu au suffrage Indirect par divers collèges électoraux à la suite des élections communales.

    Le président du Conseil régional est élu par et parmi les membres du Conseil, son élection se déroule en même temps que celle des vice‐présidents dudit conseil.

    Du point de vue de ses compétences, la caractéristique principale du Conseil régional réside dans le fait que disposant du pouvoir délibératif, il se trouve privé de la capacité d’exécuter ses décisions.

    Ainsi, si les textes régissant la décentralisation au Mali précisent que les collectivités locales «élisent des assemblées chargées de gérer démocratiquement leurs affaires», ils affirment que «les gouverneurs exécutent les délibérations des assemblées régionales dans les conditions déterminées par la loi».

    On retrouve des dispositions similaires dans la loi relative à l’organisation de la région qui, tout en énonçant que «les affaires de la région sont librement gérées par un conseil démocratiquement élu», confère néanmoins en application de la Constitution, l’exécutif au gouverneur du chef‐lieu de la région. Elle le fait dans le cadre de la définition de rapports assez particuliers entre la présidence du Conseil régional et l’autorité qui représente l’Etat dans la région.

    Dans ce sens, l’exécution des délibérations du Conseil régional est du ressort du gouverneur du chef‐lieu de la région. Ce dernier prend toutes les mesures nécessaires à cet effet après avoir recueilli l’avis du président du Conseil régional.

    Dans le cadre de la régionalisation au Mali, l’émergence de conseils démocratiques constitue l’un des objectifs majeurs.

    Dans cet esprit, quelle serait la composition du conseil régional ?

    Comment seraitil élu pour revêtir la pleine légitimité démocratique ?

    Et quel nouveau fonctionnement du conseil l’habiliterait à gérer au mieux les affaires de la région ?

     

    voici quelques propositions :

     

    Le mode d’élection des membres du conseil régional sera le suffrage universel direct selon l’accord de paix inter-malien que je trouve innovent pour les raisons suivantes :

     

    • Conférer aux assemblées régionales, appelées à bénéficier dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord de paix une certaine prééminence, une légitimité au moins égale à celle des assemblées communales dont les membres sont élus au suffrage universel direct.
    • Etablir des liens de proximité entre les élus et les citoyens de manière à stimuler une prise de conscience régionale chez les seconds et à soumettre les premiers au contrôle des électeurs.
    • Rendre possible l’organisation concomitante des élections régionales et communales, ce qui est de nature à éviter la démobilisation de l’électorat et à réduire l’abstentionnisme.

     

    • Le statut du Président du conseil régional (notamment son rôle et ses attributions) gagnerait également à être reconsidéré pour répondre aux exigences d’une régionalisation avancée.

     

    Concernant cette question, l’idée est de trouver, en l’absence d’une élection directe du président, peu envisageable pour le moment a cause des réticences d’une partie de la classe politique Malienne, des mécanismes et des procédures qui permettraient d’asseoir un tant soit peu, dans le cadre du respect des résultats du suffrage, l’autorité du président sur le Bureau appelé à le seconder.

     

    Pour cela, il conviendrait :

    • De maintenir l’élection du Président par le conseil régional,
    • De prévoir deux élections non simultanées, d’abord l’élection du président du conseil, suivie de l’élection des autres membres du bureau pour contribuer ainsi à mettre en exergue l’importance particulière du rôle du président.

    A la différence de la situation actuelle, le Président du conseil régional exercera la fonction exécutive et disposerait également de l’ordonnancement des dépenses.

    Ce nouveau statut d’essence démocratique répond aux objectifs suivants :

    • Concrétiser l’idée de la régionalisation avancée et élargie qui implique l’octroi, aux instances élues, d’attributions nécessaires à la prise en charge de la gestion locale.
    • Accompagner la nouvelle légitimité résultant de l’élection directe.
    • Aligner le statut du Président du Conseil régional sur celui du Président du conseil communal. Dans ce sens, le premier exercera, à titre d’exemple, les attributions suivantes :
    1. Exécuter le budget ainsi que les délibérations du conseil régional et établir le compte administratif
    2. Procéder aux actes de location, de vente, d’acquisition, d’échange et de toute autre transaction portant sur les biens du domaine privé régional,
    3. Conclure les conventions de coopération, de partenariat et de jumelage.

     

    Toutefois, il y a lieu de préciser que pour l’exécution de ses décisions, le conseil régional serait doté de deux structures, la première répondrait aux critères d’une administration classique alors que la seconde serait une instance technique d’aide à la décision (nouvelle version de l’Agence Nationale d’Investissement des Collectivités Territoriales ANICT ?) qui veillerait à la bonne exécution des projets d’investissement du conseil régional.

     

    Séga DIARRAH

    Président de la RADE