• Mali : un moteur à bout de souffle

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    Le président du Haut conseil Islamique du Mali Mahamoud Dicko se porte bien en ce moment : tout le monde est contre l’homosexualité au Mali. Et tout est prétexte pour accabler le président Ibrahim Boubacar Keita.

    L’introduction d’un chapitre sur la tolérence envers les homosexuels dans le manuel scolaire en cours d’élaboration est tombée pile poil.

    Pourtant, est-ce la faute à IBK si tout va mal ?

    Jusque-là, il s’était prêté à des rôles avantageux. Il lui manquait celui de bouc émissaire. C’est chose faite. On l’a, le bouc émissaire de ces vingt dernières années, grâce au détonateur de sujet sur l’homosexualité, en attendant le fusible qui tarde à partir.

     

    Rien ne lui est  épargné. Ce qu’on veut, c’est comme dans la fable : sa peau. Et on ne fait pas dans la dentelle. Les mêmes qui lui léchaient la main sont ceux-là qui sortent le plus les dents. Les mêmes qui avaient eu le pouvoir, et se le sont laissé prendre.

    IBK est légitime

    Pourtant, il n’est pas venu illégalement.

    Personne ne forçait les Maliens à le choisir. Ni Soumaila Cissé de faire un tabac historique.

    Reconnaissons-le : IBK a été élu, pas idéalement mais démocratiquement.

    Il faudrait plutôt interroger ceux qui l’ont porté sur le trône, à qui il déplaît, à présent, souverainement et qui entendent bien le lui faire sentir. Il y a surtout ceux qui n’ont pas voté.

    Or, rien ne justifie le slogan « tous pourris » pour s’abstenir de voter.

    L’abstention suscite le râle après le vote et la reconnaissance de l’abstention comme un vote. Ce mécanisme ne crée donc pas les conditions d’une vie démocratique normale avec le jeu des forces d’opposition nécessaires.

     

    Le but recherché serait de créer une insurrection

    l’opposition entre la rue et Koulouba est inévitable, avec ses manœuvres politiciennes ; le peuple qui n’est pas l’élite ; les grands qui ne sont pas les petits. Mais prenons garde à faire croire aux ‘Maliens qu’il va y avoir un lendemain meilleur après le départ de IBK.

    Que la résolution des problèmes est automatique. Qu’on peut parler au chef en venant au Palais au débotté. Et qu’on peut en partir aussi sec. Tout le monde profite de ce climat sauf IBK à qui on règle son compte.

    N’en jetez plus !

    Le procès du Roi Lion est donc vite fait. On lui met tout sur le dos : l’introduction de l’homosexualité à l’école, l’insécurité, la mauvaise gouvernance; la crise de confiance dans les politiciens, ses paroles malheureuses ; l’absence de ténors dans sa majorité, des élus locaux qui ne lui sont pas favorables, des députés pas ancrés dans le pays ; de grosses ficelles électoralistes ; un peuple affamé, un climat insurrectionnel comme en 1991. N’en jetez plus ! on est à bout d’un système politique. C’est cette violence qui n’est pas due à l’introduction de l’homosexualité à l’école qu’il faut anticiper d’un pied plus que ferme.

    C’est le Mali qui est à bout de souffle

    La vérité c’est que le Mali,  est un moteur à bout de souffle.

    On veut vivre normalement chez soi, à l’ancienne. Et cela semble impossible. Il n’y a pas de travail ; quand il y en a, les conditions sont difficiles.

    Les ministres de IBK, dépourvus d’expérience, nous saoulent de paroles, de chiffres, de clichés sur la politique de leur chef.

    Leur discours est inaudible et lassant. Ça, c’est une réalité.

    S’il y a trois choses à incriminer, c’est le climat hystérique des élections Maliennes,  où l’on drogue le peuple de promesses fallacieuses et de shows.

    C’est le refus de dialogue du président Keita.

    C’est le chômage, et des créations d’emploi peu visibles.

    L’introduction de l’homosexualité dans le manuel scolaire est la goutte d’huile de trop sur le feu. On le comprend. le Président IBK aurait dû anticiper : on peut encore éteindre l’incendie. Mais si la colère est un levier politique fort, il ne faut pas non plus faire miroiter des alouettes aux Maliens. Où est le programme opposable des autres partis ?

     

    Le ministre de l’éducation doit faire une déclaration publique pour essayer d’éteindre ce feu. Le Mali en a connu d’autres, des crises, sans qu’on ait besoin  de faire sauter le fusible et de faire péter les plombs partout.

     

    La situation n’est pas nouvelle ni inédite. Mais gare aux artificiers pour tout enflammer.

    Séga DIARRAH

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  • La loi d’ « entente nationale », chronique d’un naufrage annoncé

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    Les députés viennent d’entamer l’examen d’une proposition de loi dite d’ « entente nationale », voulue par le Président Ibrahim Boubacar keita et écrite par les services du ministère de la paix et de la réconciliation nationale, pour accélérer le processus de paix et la mise en oeuvre de l’accord pour la Paix.

    Ce texte réunit à peu près tous les ingrédients pour donner, à l’arrivée, un naufrage politique.

    Les concepteurs de ce projet n’ont visiblement pas pris la mesure de l’ampleur du problème.

    Pardonnez les criminels  et indemniser les victimes ne peuvent être efficaces pour ramener la paix sans  la justice.

    Pardonnez les bourreaux, ça ne date pas d’hier, c’est même vieux comme la politique. Le problème se pose sérieusement quand tout cela se passe sans la justice, sans l’accord des victimes, mais plutôt sous l’impulsion des « ordres venus  » d’ailleurs.

    Le cœur du sujet, c’est donc la confiance des citoyens dans le processus de paix en cours.

    Le complotisme prospère car il y a un terreau de défiance. Avant de chercher à traiter les symptômes, il faut commencer par comprendre ses racines profondes. Je ne suis pas totalement sûr que ce travail ait été fait dans les sphères du pouvoir. Quand on se trompe de cible, on ne risque pas d’avoir de grands résultats…

     

    Juridiquement, le texte est complètement boiteux. Il prétend ramener la paix  à travers « l’exonération des poursuites pénales engagées ou envisagées contre les personnes ayant commis ou ayant été complices (…) de crimes ou délits (…) survenus dans le cadre des événements liés à la crise née en 2012 ». La disposition devrait s’appliquer à ceux qui ont cessé les hostilités depuis la signature de l’accord de paix, en juin 2015, mais pas seulement. L’article 15 du projet de loi élargit l’exonération des poursuites à toute personne déposant les armes dans un délai maximum de six mois à compter de l’entrée en vigueur du texte.

     

    Le texte prévoit une exclusion des personnes qui seraient reconnues coupables de crime de guerre et de crime contre l’humanité. Mais comment identifier ces derniers si les poursuites judiciaires sont abandonnées ? Il s’agira en réalité de délivrer une amnistie sans fondement.

     

     Du vrai travail de Gribouille.

    Les porteurs du texte se sont également montrés incapables de construire un consensus politique autour de ce texte, alors que c’est absolument indispensable sur un sujet aussi sensible que la paix et la réconciliation nationale.

    Aucune concertation digne de ce nom de la part du ministère pour la paix et la réconciliation nationale, pas d’étude d’impact. Cela relève d’un manque élémentaire de sens politique, qui se ressent dans les réactions des organisations Maliennes de défense des droits de l’homme ainsi que les associations des victimes.

    Elles rejettent le texte et demandent son retrait.

    Mis à part des thuriféraires du premier ministre pendant la session de l’espace d’interpellation Démocratique (EID), il y a bien peu de gens pour défendre le texte dans les médias, bien au contraire.

     

    Je n’ai guère de doutes sur le fait, qu’en bout de course, cette loi sera attaquée devant les tribunaux. Sur un texte politiquement contesté et juridiquement mal écrit, la justice Malienne n’aura pas de mal à se présenter en défenseur des libertés, et taillant allègrement dans cette loi.

     

    Et si cela ne suffit pas, derrière, il sera fait recours à la rue.

    La question d’ « entente nationale » inquiète beaucoup de monde, et la Communauté internationale  avait déjà  fait plancher des experts, avant de choisir, prudemment, de ne rien faire, laissant le gouvernement le soin de montrer qu’il est capable de traiter seul le problème.

     

    Si jamais cette » auto-régulation » entre Maliens ne fonctionne pas, et que la lourde machine de la médiation de la crise ne se met  pas en branle pour faire raisonner le gouvernement, on aura l’air malins, au Mali, si jamais les victimes choisissent une autre voie que la notre pour se faire justice…

     

    Séga DIARRAH

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  • Le Mali, un navire à la dérive

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    Une série de faits divers récents met en lumière la crise politique et sociale d’un Mali dont les habitants ont perdu confiance en l’élite dirigeante.

     

    Il se passe quelque chose au Mali qui, comme on le dit de manière informelle, ne sent pas bon.

    Rien ne présage d’une explosion sociale ou d’une situation insurrectionnelle mais un enchaînement de faits divers perturbants révèle des malaises et tensions qu’il serait extrêmement imprudent de négliger.

     

    Récemment, une rumeur affligeante de stupidité s’est emparée de la toile : Le guide spirituel de la puissante association religieuse Ancardine aurait encaissé cent millions FCFA (152 379,02 euros) en 2013 pour appeler à voter pour le candidat Soumaila Cissé.  Cette information serait qualifiée de discussion de « grin » comptoir si elle ne venait pas du député Mahamadou Hawa Gassama, et confirmée par un certain Gakou, le seul témoin de la transaction cité par les deux parties. 

     

    Cherif Ousmane Madani Haidara ne reconnait pas les faits, cependant les sorties contradictoires de ses soutiens ont fini par convaincre les Maliens que le  « guide » n’est pas si « clean » qu’il ne le prétend.

     

    Depuis plus d’une semaine, il est vilipendé  sur les réseaux sociaux et les radios du Pays. Cependant, Ancardine est un rempart contre la montée de l’islam radical au Mali, si elle tombe, l’islam rigoureux en profitera pour prendre le contrôle de la foi dans le sud du Mali. 

     

    En 2012, pendant la destruction des mausolées de Tombouctou, Cherif Ousmane Haidara etait le seul à condamner la destruction du patrimoine culturel au nom de l’islam.

      

    A l’instar des organisations de la société civile, les partis de l’opposition avaient envisagés de manifester à Bamako pour diverses raisons dans les jours à venir. 

    Sous prétexte de l’état d’urgence en vigueur au Mali depuis 2 ans, le gouverneur de Bamako a publié un arrêté interdisant tout regroupement « politique et associatif »  dans la capitale.  Cette interdiction intervient au terme d’un mois de septembre/octobre exceptionnel où l’on a vu tous les Maliens crier au recul de la démocratie. D’abord les journalistes contre les arrestations arbitraires, ensuite les organisations des droits de l’homme contre la loi d’entente (d’impunité) nationale, les partis politiques contre le prolongement du mandat des députés, sans compter les différentes grèves des corps intermédiaires  etc. Un défi évident aux autorités Maliennes.

     

    Malgré les annonces du gouvernement et les quelques rares initiatives d’apaisement, les Maliens  sont désenchantés et supportent de moins en moins de se voir mal-gouvernés.

     

    Les élus et les ministres donnent l’image d’élites déboussolées se contentant d’observer le réel sans agir. Les problèmes s’accumulent et l’on attend que le Président Ibrahm Boubacar keita  (IBK) fasse un discours à la nation pour que les élus et le gouvernement daignent enfin prêter une oreille attentive aux doléances de la population.

     

    le Mali ne peut laisser la communauté internationale indifférente.

    Elle doit bien sûr l’aider mais comment assister un pays où la classe politique ne semble pas vouloir exercer ses responsabilités ?

    La question de fond est politique et concerne les Maliens au premier chef.

    Il nous revient de nous s’en emparer et au plus vite.

    Personne ne pourra le faire pour nous, surtout pas un haut fonctionnaire Français ou ONUSIEN , quelle que soit la taille de son chéquier.

    Il y a des problèmes que seule la politique sait résoudre.

     

    Séga DIARRAH

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  • Découpage administratif au Mali : déshabiller Fousseyni pour habiller Lassana

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    Au Mali la question des régions et de leur nombre  suscite des débats à tous les niveaux.

     Michel Debré, l’artisan de la 5ième république Française écrivait dans son livre qui le rendit célèbre (La mort de l’Etat républicain 1947) que tout le problème d’un découpage administratif réside dans son efficacité, laquelle dépend très directement de l’étendue des collectivités territoriales.

    A l’époque l’assemblée constituante avait découpé la France en 83 départements en fonction du temps nécessaire pour se rendre à cheval d’un chef lieu de la circonscription à un autre.  Méfiant à l’égard d’un nombre élevé de régions, Debré  préconisait un redécoupage en 47 grands départements tout en réduisant le nombre des régions. 

    Si la nécessité de création de nouvelles régions et cercles par l’ancien président Malien Amadou Toumani Touré (ATT) à l’occasion du 46ème anniversaire de l’accession du Mali à l’indépendance avait pour objectif de mieux « rapprocher l’administration des administrés » et corriger certains dysfonctionnements dont la nécessité est difficilement contestable, on notera que dans le contexte actuel, des régions nombreuses présentent tellement de risques qu’il est important de se poser la question sur l’urgence de cette reforme.

     

    En effet,  Michel Debré évoquait en 1947 la possibilité d’une montée des autonomismes, voire de tendances séparatistes avec un nombre élevé de régions: dans l’hypothèse où seraient créées des régions significatives et où renaîtraient par conséquent « les petits parlements de Bretagne, Languedoc ou d’Alsace, la grande qualité de la France, son unité indiscutée, risque(rait) d’être atteinte sans retour ».

     

    Si elle instituait des collectivités suffisamment vastes et puissantes, la régionalisation pourrait selon lui entraîner le glissement progressif vers une fédéralisation – alors que le risque serait nul avec des départements mêmes élargis, et faible avec des régions de petite taille. 

     

    Dans la pratique, il serait plus efficace de créer de nouveaux cercles afin de « rapprocher l’administration des administrés ».

     

    Cependant, si Michel Debré éprouve alors une telle crainte, c’est au vu de la situation politique générale de la France de l’époque à savoir celle d’un État républicain moribond, exténué par une instabilité politique, et par conséquent incapable d’empêcher d’éventuelles dérives. En revanche, il reconnait que le problème ne se poserait plus «  à l’intérieur d’une constitution présidentielle » – ni a fortiori, d’une « monarchie républicaine », comme celle qu’il contribuera à établir quelques années plus tard, avec la constitution de la Ve république Française.

    La question qu’on doit se poser est de savoir si le Mali d’aujourd’hui est menacé et vie une instabilité politique ou est plutôt une monarchie républicaine ?  

    Et en définitive, Debré conseille de renforcer la décentralisation en augmentant  éventuellement le nombre de département (Cercles) et penses que   le seul véritable obstacle à une telle réforme est celui qu’il fustigeait déjà du temps de Vincent Auriol : c’est celui qui résulte de l’immobilisme, du « conservatisme » des élites locales, de la crainte « de déranger un certain nombre d’habitudes ou d’intérêts » particuliers. Et le cas échéant, de la timidité d’un pouvoir qui n’ose pas imposer ses propres projets, même lorsqu’ils sont manifestement conformes au bien commun.

    En réalité  le redécoupage administratif proposé par ATT n’était pas une innovation. Il s’agit juste d’ériger des cercles en région c’est à dire  déshabiller Fousseyni pour habiller Lassana.

     

    Aucun rapport avec une véritable décentralisation qui vise un développement harmonieux du territoire. Les regroupements, parce qu’ils sont uniquement administratifs ,(communes ,cercles…) créeront de nouvelles féodalités .

     

    Le fédéralisme n’est pas possible au Mali car Il est contraire à notre histoire , notre culture, nos mentalités…

    La nation Malienne s’est construite sur toujours plus de centralisation que nous avions hérité de la colonisation.
    Revenir en arrière comme à la période des empires, c’est diviser les Maliens.

     

    Séga Diarrah

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